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Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 11 mai 2015

Cette fois, c’est trop, M. Harper



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Vous nous connaissez bien, M. Harper. Très bien, même.

Vous savez qu'on peut voter massivement pour le Bloc et élire Jean Charest en même temps. Vous avez bien compris que les Canadiens ne s'occupent pas de la chose politique comme il le faudrait. Vous avez bien saisi que ce qui compte, pour les quelques dizaines de millions de Canadiens, c'est le maintien de leur petit confort. Que dans la mesure où ils ne sont pas touchés trop trop, ils sont prêts à accepter les coupes budgétaires.

Vous avez aussi bien assimilé la notion de « message politique ». Je veux dire par là que vous savez très bien que le Canadien moyen prend deux ou trois minutes par jour pour lire les grands titres sur le journal ou le Web ou bien qu'il se contente d'une phrase (ou deux, pas plus) dite par un journaliste pour croire qu'il a bien compris tous les enjeux d'une situation.

Vous avez été élu, vous aussi, en vous autoqualifiant de personne responsable qui allait poser des gestes bons. Vous avez, mieux que quiconque, tiré profit de cette manœuvre presque hypnotique de répéter une phrase pendant trente jours pour être élu. Pour consolider vos chances, vous avez investi des centaines de milliers de dollars en publicité pour détruire la réputation de vos adversaires avec des campagnes de salissage savamment orchestrées.

Vous êtes un républicain au nord des États-Unis.

Il y a longtemps que je suis en rupture avec votre modèle de société. Mais vous êtes élu. Vous êtes un dirigeant à la poigne solide qui garde bien ses ministres en retrait de l'action publique et vous avez une façon particulière de manipuler l'information et le message.

Mais bon, vous êtes élu... Alors, j'essaie d'entretenir la notion de respect pour les institutions et les individus. Vous pouvez retourner à mes deux ou trois cents dernières chroniques, même mes coups de gueule demeurent respectueux.

Mais là, c'en est trop.

Au moment où les élections s'en viennent, vous foncez, tentant probablement de polariser vos troupes, dans le dossier d'Omar Khadr. Les tribunaux ne font plus le poids, dans la lignée de votre jugement idéologique à vous. Et vous en remettez. Le jupon de vos idéaux dépasse pas mal.

Omar Khadr a commis des gestes lourds de conséquences. J'en conviens très bien. Mais il y a un aspect circonstanciel à considérer, ce que vous ne faites pas. Je sais que vous honorez les prisons et méprisez la notion de réhabilitation, mais là, vous poussez trop loin.

Quand on vous demandé de vous prononcer sur la question de la remise en liberté provisoire de Khadr, vous avez calculé votre réponse : « Nos prières vont à la famille du soldat américain tué. »

L'homme d'État, visiblement révolté de ne pouvoir manipuler les tribunaux de son pays, a voulu rester calme publiquement, mais a souhaité, en même temps, porter un coup sous la ceinture. À l'intégrisme, vous répondez par l'intégrisme. Vous dirigez une société basée sur le droit et dont les citoyens sont multiconfessionnels et voilà que vous commencez en prenant votre Dieu à témoin.

C'en est trop.

Khadr n'est pas un être parfait. Pas plus que vous et moi. Il va peut-être faire un faux pas. Peut-être pas. Mais une chose demeure. Nous avons émis des règles et celles-ci devraient s'appliquer aux gens de toutes origines et croyances. C'est la vie en société qui en dépend.

Votre rêve du Canada à votre image et à votre ressemblance ne me convient pas. Et vous me représentez aussi, me dis-je...   

Clin d'œil de la semaine

 

Si c'est la barbe qui vous fait peur, M. Harper, ne regardez pas la jeunesse autour de vous. Il semble que ce soit à la mode pas mal! Ou bien le mal est poilu, allez savoir...

 



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