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François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 5 septembre 2016

Hannikhä et les autres



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Hannikhä est née il n'y a pas si longtemps dans un village éloigné des zones urbaines. Hannikhä est une petite fille unique. J'en sais très peu sur son histoire. Mais je sais qu'elle me ramène un peu à la mienne.

Mon adolescence s'est déroulée dans les années '70. Une effervescence somme toute assez heureuse animait le fond social et politique de cette époque. Les événements d'octobre 1970 ont laissé un ombrage intense, mais de courte durée et les années suivantes ont été chargées de grandes réformes qui, pour la plupart, existent toujours.

N'allez pas croire que j'associe les changements positifs aux événements d'octobre. À mon avis, les changements sont beaucoup plus liés à la Révolution tranquille des années '60, moment où l'état public a pris ses distances de l'église.

Mais bon. Là n'est pas le propos.

Dans ma période adolescente, il y avait une pression sociale. Plus que pour la génération d'avant, probablement, mais moins que pour celle d'après, visiblement. Une pression plus ou moins ressentie qui faisait en sorte qu'il fallait, pour être accepté d'un groupe, d'une collectivité, être comme les autres.

Si notre coupe de cheveux ne couvrait pas complètement les oreilles, on était « out ». Ou dans l'armée, c'était selon. La pression de posséder des trucs s'installait déjà. Peu de mes amis du temps n'ont pas eu de sac Adidas à poignée pour transporter leurs choses. Un beau sac en vinyle marine et rouge.

Dans ces années-là, le slogan de CHLT-radio était « Tout le monde le fait, fais-le donc! » Je me souviens que papa dénonçait le propos de ce slogan.

Il me semble que, plus on a avancé dans le temps, plus cette nécessité de copier l'autre est devenue grande.

Et je crains que la pression atteigne un paroxysme. Via les médias sociaux, nos ados dévoilent leur vie en temps réel. Et les commentaires viennent rapidement, parfois et souvent vachement, mus par le courage que transmet le clavier à celle ou celui qui écrit.

Le combat des parents devient intense. Je ne permets pas à mon enfant de se brancher sur ces médias, je l'isole. Je ne veux pas ça. Mais je ne veux pas que sa vie devienne virtuelle.

Un exemple : plutôt que vivre à plein le spectacle auquel j'assiste et de le raconter à mes amis ensuite, je me concentre sur le film que je fais avec mon téléphone intelligent. Je le montrerai ensuite. Pourquoi au juste? Sais pas trop. Peut-être pour affirmer ma différence... ou démontrer que je fais comme tout le monde. Les frontières entre ces états d'esprit finissent par se confondre.

Même l'information qu'on consomme par les médias est décidée par un algorithme qui choisit les sujets en fonction de ce que tu penses. Par exemple, si on demande à Google une information sur l'achat d'un item, Facebook prend le relais et propose des publicités de ce type d'item presque en temps réel. C'est pas beau, ça? C'est relativement bénin quand il s'agit de consommation, mais plus malin quand il s'agit d'information. Je redirige des articles sur l'environnement, l'algorithme choisira des titres pro-environnementaux. C'est bien beau, mais quand on dit qu'un esprit informé est un esprit qui considère les deux côtés d'une médaille, on a un problème qui s'installe. Si tout nous conforte dans nos opinions, la table est mise pour l'intolérance. Tiens, c'est plus grave, subitement.

Hannikhä et ses parents, dans leurs terres, vivent la même situation. Les mêmes dilemmes. Ils vivent en banlieue de Sherbrooke. À 20 minutes. Ce sont des Côté. Anika s'écrit Hannikhä pour assurer son unicité dans le monde. Je doute que l'arme soit suffisante pour mener cette bataille...

Clin d'œil de la semaine
N'hésite pas, sois toi-même, vis à l'algorithme de ta vie...


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