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CHRONIQUEURS /
Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 13 avril 2015

Allez hop, cascade!



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Des fois, tout converge. Tout tend à nous aider à prendre conscience de trucs qui se passent comme ça, autour de nous, pendant qu'on est occupés à regarder ailleurs.

Regarder ailleurs. C'est devenu une spécialité. Quand quelqu'un tombe, quand un système d'alarme de char sonne, quand un voisin a besoin d'aide, quand une main se tend, on a ce réflexe presque devenu inné de regarder ailleurs. Mais bon, là n'est pas tout à fait le propos du jour.

J'ai vu le film Le prix à payer. On y parle de ces façons (légales mais tellement immorales) qu'ont les grandes entreprises de mettre leur argent à l'abri de l'impôt à travers le monde. Le plus frustrant, c'est cette notion complètement dingue qu'on peut soustraire ses sous au système public et croire que la société va marcher longtemps ainsi. Notre système économique repose sur le commerce et une convention essentielle à ce système est qu'une partie de l'argent généré revient au bien public, amoindrissant ainsi certaines iniquités.  Mais quand on soustrait volontairement des milliards de dollars au bien commun, on dresse soi-même un mur dans lequel on fonce rapidement, en regardant ailleurs.

Dans ce cas-ci, regarder ailleurs, c'est garder les yeux rivés sur le tableau Excel des résultats financiers de mon entreprise, faisant tout au passage pour grossir le chiffre des profits. Le prix à payer, c'est ça.

L'exemple de Starbucks parle pas pire. On sait qu'une entreprise est imposée sur ses profits. Il suffit de ne pas en faire et le tour est joué! Mais ça, c'est poche. Alors Starbucks réduit au plancher les profits de ses milliers de succursales en chargeant, via une autre entité légale, des frais liés à la propriété intellectuelle du nom Starbucks. Chaque item est ciblé par une redevance à payer à cette compagnie qui, elle, est à l'abri dans un abri fiscal. Résultat? Le prix des redevances éclipse les profits locaux, les envoyant illico au paradis!

On parle souvent de l'amertume du café. Il faudrait aussi parler de l'amertume d'Apple, de Google et toutes ces grandes compagnies. Et pour être sûr que tout le monde regarde ailleurs, le site Internet de ces entreprises vante les mérites de leur implication sociale.

Frustrant, à la fin.  

Quelques jours après le visionnement du film, un ami m'aiguille sur les propos du maire de Sherbrooke qui vante l'industrie ou l'économie du savoir qui caractérise Sherbrooke. C'est beau, mais tout de suite un problème m'est apparu.

Nos universités et notre créativité favorisent l'implantation d'entreprises du savoir. Mais voilà, il n'y a pas d'effet cascade quand on parle de ces entreprises. J'entends par effet cascade que les retombées sont à peu près nulles une fois les salaires payés.

L'effet cascade, pour moi, c'est la conséquence d'un geste économique.

Par exemple, je suis organisateur d'un événement. Je suis soucieux de la vaste notion du développement durable. J'engage des musiciens qui achètent des instruments de marchands locaux. Je réserve un traiteur qui prend la majorité de ses ingrédients dans le marché local. Des producteurs vivent de cette activité, par ricochet. Et ainsi de suite pour tous les éléments de mon événement. Je retire un profit parce que j'ai bien géré, mais l'effet cascade est là et mon événement a été un élément positif dans la chaîne économique.

L'industrie du savoir, bien que pertinente, ne provoque pas vraiment cet effet cascade qui fait une différence. Son apport est, et demeure virtuel. Il fait vivre des gens, mais les autres retombées ne sont pas là. À tenir en compte, il me semble, quand on veut baser notre économie là-dessus.

Il nous appartient de chercher l'effet cascade dans nos transactions courantes. Quitte à payer un peu plus que ce que le Web peut offrir. Quand on y pense, bien des économies n'en sont pas.

L'effet cascade, c'est la conséquence exprimée dans un achat. Sans cascade, l'économie est stérile. Elle ne produit que de l'argent pour produire de l'argent. Nos gouvernements (provincial et fédéral) sont des religieux de l'économie. Ils considèrent l'économie comme une force autonome qu'il faut garder vivante. Comme l'accumulation du profit est la norme, ils choisissent de faire payer à la classe moyenne les iniquités des grandes entreprises. L'économie devient alors stérile et perd l'effet cascade qui la rend utile.

Mais ça, on semble s'en foutre.

 

Clin d'œil de la semaine

On peut forcer quelqu'un à regarder ailleurs, mais il cherchera toujours à voir ce qu'on veut lui cacher. Mieux vaut lui donner un IPhone. Il vivra tête penchée et ne regardera plus autour, garanti!  



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