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Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 8 février 2016

Donner au suivant... pour vrai



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« Donnez au suivant ». Le phénomène télévisuel se poursuit. Et, si je compare avec d'autres "télés censées être réalité", celle-ci se démarque par les valeurs qu'elle transporte.

C'est toujours beau à la télé. Disons d'abord que je ne doute aucunement de la lourdeur de ce que chacun des participants vit. Disons que certains sont plus éprouvés que d'autres. C'est comme ça depuis toujours et ça ne changera pas. Là n'est pas la question.

Ce qui est beau à la télé, c'est le fait de visualiser ce que donne la solidarité. Le montage est bien fait. Il met en haute définition un geste qui, pris à part, ne ferait pas les frais d'une émission de télé.

Le coup de main du voisin qui vient peinturer pendant quelques heures, le marchand qui accepte de ne pas prendre son profit habituel ou qui sollicite ses fournisseurs pour offrir quelque chose à titre gracieux (en retour d'un logo publié à heure de grande écoute, quand même), la réunification de plusieurs amis de la personne aidée, tout cela contribue à tirer une larme. Une larme qui sème en nous la petite lumière du « tout est possible quand on s'y met ».

Dit autrement, l'émission fait du bien.

Mais qu'en est-il quand les caméras ne sont pas là? Qu'arrive-t-il quand on se retrouve là, les deux pieds dans le quotidien de nos vies? La petite lumière du « tout est possible quand on s'y met » brille-t-elle assez fort pour éclairer nos actions?

Ben, là, je peux quand même pas reconstruire la maison de mon voisin qui vient d'avoir un accident qui le confinera à un fauteuil roulant, quand même!

Je sais bien...

La solidarité que la télé montre sur nos écrans télé devenus géants est presque trop belle. Trop grande. Presque inaccessible. Bâtie pour le spectacle télé, en quelque sorte.

Il devient donc plus difficile de se satisfaire d'un petit geste posé quand la reconnaissance ne vient pas avec. Comme si seul le geste qui provoque un frisson à autrui avec de la valeur. Comme si un geste avait de la valeur que, si et seulement si, il était publiquement reconnu.

Cette semaine, j'ai eu une discussion avec des gens sur un sujet qui nous touche tous, un jour ou l'autre. Est-ce que je vais, ou non, saluer (peut-être une dernière fois), un ami qui reçoit des soins palliatifs. Les réponses varient beaucoup.

  • Je ne suis pas confortable, mais j'y vais quand même. Je ne me pose pas trop de questions, dit l'un. 
  • Ouin, mais toi, t'es ben faite pour ça, réplique l'autre. T'sais, dans la vie, faut apprendre à connaître nos forces. Moi, c'est pas une des miennes. J'aurais plus de chances de gaffer que d'aider. Je sais que mes amis savent que je les aime. Je pense que, comme moi, ils se concentrent sur les bons moments qu'on a vécus. Je préfère ne pas tout gâcher. 
Il est étonnant de réaliser comment il est difficile d'être confronté à la solidarité.

Dans une ère de performance et dans laquelle il y a des dizaines de blogues qui nous invitent à « se connaître soi-même », les échappatoires semblent aisées.

Assise dans le lit de son unité de soins palliatifs, la personne malade attend. Elle se demande pourquoi ses amis avec qui elle a vécu tant de beaux moments ne viennent pas la saluer. Au fond, elle comprend leur malaise. Elle l'a vécu aussi.

La maladie isole souvent les personnes. En fait, la maladie vient souvent transformer une personne en « malade ». Elle change son statut social. Ce qui isole la personne, au final.

C'est malaisant de visiter une personne en fin de vie. On ne sait pas trop comment on va dire les choses. Le scénario ne s'imprime pas dans notre cerveau et on invoque toutes sortes de raisons pour éviter d'avoir à réagir sans scénario précis.

Quoi dire?

Rien, en fait. Il suffit d'y aller. D'être là. Il n'est pas très utile de commenter la situation. Tout le monde la connaît bien, rendu là. Il suffit d'être là. De prendre la main d'une personne qui se sent isolée. Juste ça. Le reste coulera de source.

Juste pour que, pendant un moment, le malade redevienne une personne. La personne qui a partagé tant de moments de notre vie.

Il suffit d'y aller une fois. Après, on comprend qu'on n'a pas besoin de télé HD pour donner au suivant.

Clin d'œil de la semaine
La reconnaissance, c'est la paie du bénévole. Ben, non... un bénévole, par définition, n'est pas payé...


Genevieve Hébert, députée de Saint-Francois
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