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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

En mode burkini

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La fièvre estivale nous gagne. Entre un pitbull et les Jeux de Rio, il y a avait un peu de place pour le burkini. Bon, le bikini prend moins de place encore, mais là n'est pas la question.

Si vous avez échappé la chose au passage, plusieurs politiciens ont réclamé une réglementation dont le but serait d'interdire le port du burkini dans les lieux publics (piscine et plage, essentiellement). Le burkini, c'est un genre de maillot de bain qui est, en fait, un vêtement long qui ne laisse découvrir que les pieds, les mains et le visage. Un coup d'œil sur le Web nous dit qu'il y en a plusieurs modèles aux couleurs souvent vives et souvent, aussi, des modèles pas mal moulants. Mais là n'est pas la question non plus.

Voilà pour le topo.

Mon premier réflexe a été de dire « le burkini? Ouin, pis? » Allons-nous vraiment définir les paramètres du bon goût vestimentaire sur les plages? Qui s'oppose tant? Des fabricants de crème solaire?

Mais là, on me rappelle à l'ordre.

« Tut, tut, tut ! Là n'est pas la question, mon cher! La question réelle se situe dans le message : le burkini est imposé aux femmes musulmanes et constitue un signe impressionnant de la mainmise de l'homme sur la femme. C'est rétrograde et le fait qu'on tolère fait de nous des complices d'une situation inacceptable. On ne peut pas tolérer que, même en public, on véhicule ce type de message. Nous sommes dans un pays où la femme devrait être libre de ses actes. »

Ah, bon. En fait, je suis bien d'accord avec le principe de la liberté d'action, tous sexes confondus. Toujours en tenant compte que la liberté de l'un se termine quand celle de l'autre commence. On vit en société. Par exemple, un couple qui se baignerait nu sur une plage publique risque de heurter pas mal de monde. On est mieux d'interdire la chose ou de l'encadrer dans des endroits spécifiques.

Mettons qu'on interdit le burkini. Et mettons que je suis une femme. Et mettons que je décide de me baigner avec un « wetsuit » et un casque de bain. Je risque la prison?

« Bien, non, là, tu es de mauvaise foi. On parle du burkini et du message qu'il transporte. »

Parlons mauvaise foi, tiens. Une personne se baigne dans un maillot conventionnel, mais arbore trois ou quatre gros tatouages. Chacun de ces tatouages envoie un message. Qu'on le veuille ou non. C'est d'ailleurs en grande partie pour cela qu'on se fait tatouer. Il faudrait légiférer contre le port visible du tatouage?

Et parlons-en de cette liberté qui nous est si chère? Vous vous sentez vraiment libre de vous baigner si vous n'êtes pas bien épilée, madame? Vous vous sentez libre, madame, monsieur, de porter encore ce maillot d'il y a longtemps et dont les couleurs ne marchent plus? Et dont l'échancrure est d'une autre époque? Pourquoi, si notre liberté est si totale, les gens passent-ils autant de temps à essayer des maillots avant de les acheter?

Et si c'était pour satisfaire les diktats de la mode? Vous y avez pensé? Cette mode qui fait que la place publique est un espace de séduction massive où il faut paraître à notre mieux? Notre mieux étant décidé par l'oeil de designers qui ont tout intérêt à modifier les critères de la mode pour assurer que l'économie tourne bien... Je reprends et modifie la phrase d'en haut: «Le type de maillot est imposé aux femmes et aux hommes et constitue un signe impressionnant de la mainmise de la mode sur l'homme et la femme.» Alors, on interdit la mode?

Mon point est le suivant : si c'est au nom d'un message de domination de l'homme sur la femme qu'on agit, bien attaquons-nous à la source et assurons-nous d'abord que l'éducation de tous véhicule des valeurs d'équité et de respect.

On ne réglera rien à la plage. On veut attaquer le message? Soit. Attaquons le message. Pas le messager.

Clin d'œil de la semaine
Sur une affiche : Plage pudique. Baignade à vos risques.


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