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CHRONIQUEURS /
Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 17 juin 2013

Ballon rond et turban trop serré



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J'ai toujours eu un peu de misère avec l'expression : la société évolue, que veux-tu... Dans ma perception, évoluer veut dire aller vers mieux. Je constate depuis longtemps que tout est relatif.

Je me souviens avoir entendu le médecin de mon père lui dire que son cancer a encore évolué. Ouin... Ça pète une balloune perceptuelle, ça monsieur!

La société évolue, disais-je. La société... Elle en a large sur les épaules, la société. La société devrait faire ceci, la société crée des voleurs, des violeurs et des assassins. En fait, la société a les épaules tellement larges que tous les problèmes sont entassés dans son sac à dos.

Comme vous, j'ai suivi le dossier du port du turban sur un terrain de soccer. J'espère que les responsables de cette organisation sont plus à l'aise sur un terrain de soccer que sur le terrain de la différence culturelle et religieuse.

À partir du moment où, depuis une quarantaine d'années, les familles du Québec se reproduisent à raison d'un point quelque enfant par couple, il a bien fallu (pas que ce soit grave, mais il a fallu quand même) ouvrir toutes grandes les portes à l'immigration. Visiblement, nous n'étions, collectivement, pas prêts pour ça. Allions-nous croire que tous ces gens laisseraient, à l'aéroport, leurs traditions, leurs valeurs et leur religion?

Leur arrivée s'est faite graduellement. Assez, en tous les cas, pour ne pas perturber notre quotidien trop brusquement. Nous nous sommes aperçus du changement au gré d'événements sociaux et judiciaires.

Le grand dérapage de Soccer Québec en est un exemple. Ils ont réfléchi à une question technique avec une mauvaise foi évidente. Maintenir un tel climat alors que les avis nationaux et internationaux en lien avec la sécurité quant au port du turban étaient émis, ce n'est pas rigolo du tout.

La société change. Elle prend des couleurs, des saveurs et des tonalités nouvelles. Et cela bouscule notre petit terroir paisible. C'est là, à mon avis, qu'il faut se donner une perspective. Qu'il faut reculer un peu pour avoir une vue d'ensemble de meilleure qualité.

Pour moi, la chose est relativement simple. La société que représente le Québec est civile et est une société de droit. Pour que tout demeure simple, il faut faire la part des choses entre ce qui est personnel et ce qui est collectif.

Collectivement, la langue parlée est le français. Il nous appartient, donc, collectivement, d'en faire la promotion et de la maintenir vivante. Collectivement, aussi, nous avons adopté un code civil et un code criminel. Toutes et tous doivent s'y conformer.

La religion, là-dedans? Elle tombe systématiquement dans la catégorie personnelle. C'est, il me semble, la seule manière de pouvoir vivre dans un environnement multiculturel. Et quand la religion et ses accessoires ne cadrent pas avec la société civile, c'est cette dernière qui gagne.

Vues sous cet angle, les situations deviennent plus simples. Des exemples...

  • Est-ce que je peux porter mon turban si je suis un député provincial? Oui, sans problème. La religion est quelque chose de personnel et je ne vois pas d'entrave à la liberté des uns et des autres.

  • Dans la même logique, je peux avoir le visage complètement voilé ou porter le kirpan? Non. On vient de franchir la barrière du personnel au collectif. Nos règles générales de sécurité prévoient que toute action publique doit se faire à visage dévoilé et que le port d'une arme blanche est défendu.

  • Si je peux porter un signe religieux à l'Assemblée nationale (comme le turban), on peut donc laisser les croix catholiques sur les murs? Dans ma logique, non! Le port du turban est personnel, comme la croix qu'on porte sur une chaînette, dans le cou, est personnelle. Mais laisser une croix sur les murs d'un endroit collectif, c'est envoyer le message que l'institution que représente le parlement est catholique, alors qu'elle est civile.

Tout est question d'angle et de bonne volonté.

Je suis francophone et j'aime ma langue. Je souhaite qu'elle soit conservée. J'aime le concept selon lequel on préserve ses racines culturelles. Je peux comprendre que les immigrants pensent comme moi et qu'ils souhaitent vivre à leur manière. Ce que nous devons comprendre, c'est la différence entre ce qui est collectif et ce qui est personnel.

Si nous sommes plus tiraillés que d'autres, c'est à cause du fait que nous sommes déjà une goutte de francophones dans une mer d'anglophones en Amérique du Nord. Nous sommes déjà en mode plus ou moins défensifs quant à notre culture. On se sent donc plus menacés que nos voisions canadiens et américains.

Une chose est sûre : ce n'est pas en faisant une guerre de Dieux que nous gagnerons quoique ce soit. Et agir comme si on portait un turban trop serré non plus!

J'en entends me dire : « Donc, je peux porter un turban pour jouer au soccer? » «Oui. Un foulard, aussi, si vous le voulez! » « Donc, je peux porter une croix dans mon cou? Non! En fait, ce n'est pas la crois en soi le problème, c'est la chaîne qui est dangereuse si un adversaire l'accroche au passage. »

Ce qui est personnel, ce qui est collectif.

Clin d'œil de la semaine

J'écoute le maire de Saguenay, Jean Tremblay, emprisonné dans la petitesse de son esprit et je me rappelle cette boutade caustique entendue un jour : « À Jonquière, quand un couple divorce, est qu'ils demeurent frère et sœur quand même? »


Genevieve Hébert, députée de Saint-Francois
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