Depuis le suicide de la jeune Marjorie Raymond, l'intimidation dans les écoles est devenu un sujet d'actualité au Québec et plusieurs marches ont été organisées un peu partout dans la province au cours des dernières semaines pour dénoncer ce fléau. Ce fut également le cas à Sherbrooke où une vingtaine de marcheurs ont bravé le froid samedi matin, Fanny Royer, était l'une de ceux-ci.
Pour elle, l'intimidation a fait partie de sa vie scolaire du début à la fin. « Je me souviens que je me faisais écoeurer à la garderie. Par la suite, je me suis fait intimider tout au long de mon primaire. Ma mère a fait des pieds et des mains pour que ça arrête, elle est allée rencontrer les professeurs, le directeur pour se faire répondre « Vous connaissez votre fille, vous savez comment elle est ». Je me faisais achaler sans arrêt, j'ai eu deux ans de répit quand j'ai changé d'école au primaire et parce que j'étais la plus vieille, mais ça a recommencé au secondaire. On me bousculait, on me traitait de toute sorte de noms, on me lançait de la gomme, des « pic-pics » dans les cheveux, on a tiré ma brassière, levé ma jupe, etc. », raconte Fannie.
Dans son cas, intimidation et école étaient devenues des synonymes, si bien qu'elle a finalement décidé d'abandonner ses études. « J'aimais aller à l'école, mais je n'aimais pas me faire écoeurer. Je disais à ma mère que je ne voulais pas y retourner, j'avais peur d'y aller. C'était vraiment intense, j'en ai parlé au directeur qui m'a dit qu'il ne pouvait rien faire, que c'était à moi de régler les choses. Alors j'ai commencé à m'absenter et puis finalement, j'ai lâché l'école avant de terminer mon secondaire », dit-elle.
Aujourd'hui, ne possédant pas de diplôme d'études secondaires, les portes du marché du travail se sont fermées pour Fannie qui doit vivre de l'aide sociale et pourtant, elle ne regrette pas sa décision. « Si on me demandait aujourd'hui de retourner à l'école, j'aurais encore peur, je ne serais pas capable de me rasseoir sur un banc d'école. J'aurais bien aimé devenir vétérinaire, mais j'ai trop peur que ça recommence. Depuis que je ne vais plus à l'école, je ne me fais plus écoeurer, je commence à croire en moi pour la première fois de ma vie et même si je n'ai pas de diplôme et que je suis sur l'aide sociale, je me sens quand même plus respectée qu'à l'école », nous confie Fannie.
Une marche pour faire changer les choses
Bien que la problématique de l'intimidation touche surtout les jeunes, c'est plutôt une adulte, Nathalie Boutin, préposée aux bénéficiaires au CSSS-IUGS qui était le visage derrière le rassemblement de samedi. « Je connais personnellement des gens proches de moi qui sont victimes d'intimidation, c'est pour cette raison que cette cause me tient à cœur », explique-t-elle.
Malheureusement, notamment en raison du froid et du « timing » qui n'était peut-être pas idéal, seulement une vingtaine des 300 personnes attendues se sont présentées à cette marche qui débutait du Marché de la gare pour se rendre jusqu'à l'école secondaire de la Montée (Leber). Sans vouloir trop en dire, Mme Boutin nous a confié qu'il y avait une raison pour laquelle cette école a été ciblée comme point d'arrivée. « Disons que je sais qu'il y a eu plusieurs cas à cette école, il y a un manque d'encadrement et un manque de personnel au niveau de l'intimidation. Il y a des caméras pourtant, mais la direction a l'air de trouver que c'est de l'enfantillage... », mentionne-t-elle.
Pourquoi intimider?
Kacy Pépin est intervenante à la Maison des jeunes Azimut Nord, elle nous explique quelles sont les motivations des intimidateurs et quelles sont les pistes de solution à ce problème. « Souvent, les jeunes qui intimident ont des problèmes de confiance en soi et certains sont également victimes eux-mêmes de violence à la maison. Intimider leur procure un sentiment de pouvoir. La crainte des autres donne aussi à l'intimidateur l'impression d'être respecté, ils ne font pas la différence entre le respect et la crainte. De notre côté, nous travaillons en prévention. On essaie de prendre ce sujet de manière plus positive. Au lieu de parler d'intimidation de façon négative, il faut promouvoir le respect, donner des outils aux jeunes pour qu'ils développent leur confiance en soi de la bonne manière », explique Mme Pépin.
Dans le cadre de sa tournée des maisons de jeunes en 2011-2012, le regroupement des maisons des jeunes du Québec (RMJQ) tiendra des ateliers de discussion sur l'intimidation. Des jeunes et travailleurs en maisons de jeunes prendront le temps de réfléchir sur les actions à entreprendre pour contrer ce phénomène social. La tournée du RMJQ sera dans la régiondes Cantons-de-l'Est le 24 février prochain.