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CHRONIQUEURS / L'Agora
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau

Mercredi, 6 octobre 2021

Cachez ces mots que je ne veux pas voir…



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Mauvaise semaine au bureau pour nos chefs politiques. Cette dernière semaine, nous devions nous rappeler en toute solennité le décès d'une femme autochtone, membre de la communauté atikamekw, Joyce Echaquan, femme de 37 ans décédée à l'hôpital de Saint-Charles-Borromée de Joliette. Avant sa mort, elle a enregistré un Facebook Live dans lequel on entendait une infirmière et une préposée aux bénéficiaires tenir des propos dégradants à son endroit. La mort d'Echaquan est considérée par plusieurs comme le reflet du racisme anti-autochtone au Québec et au Canada. Il y a un monde entre la dignité des propos tenus par Carol Dubé, le mari veuf de Joyce Echaquan et le triste spectacle que nous ont offert les parlementaires de l'Assemblée nationale du Québec, François Legault en tête déguisée en Schtroumpf grognon, comme l'a illustré le talentueux caricaturiste du groupe Québecor, Ygreck dans l'édition du Journal de Québec vendredi dernier.

Tout ce cirque parce que le premier ministre Legault refuse de reconnaître la réalité du racisme de notre société envers les communautés des Premières Nations. Réflexions libres sur le refus de reconnaître les réalités.

Le triste spectacle de l'Assemblée nationale

Tout cela a débuté avec une simple question de la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, qui demandait au premier ministre Legault s'il s'engageait à reconnaître le principe de Joyce au nom de son gouvernement. Se faisant, Dominique Anglade qui se faisait le porte-parole de la communauté atikamekw a déclenché sans s'en douter l'un des pires spectacles de l'histoire récente du parlementarisme québécois. Au lieu de répondre à cette question, le premier ministre grognon, François Legault, s'est plutôt livré à une charge d'agressivité envers le député libéral de la circonscription de Jacques-Cartier, Gregory Kelley, qu'il a accusé de se livrer à de douteuses amalgames en faisant des rapprochements entre la mort de Joyce Echaquan et des lois comme celle de la laïcité ou le projet de loi 96 sur la langue française. Il est vrai que les propos de Gregory Kelley n'étaient pas des plus édifiants, convenons-en. Il n'en demeure pas moins que le premier ministre Legault ne s'est pas comporté avec la dignité de son poste surtout en cette journée où l'on voulait commémorer la mort indigne de Joyce Echaquan. L'indignité des circonstances de sa mort n'a échappé à personne et nous devons en avoir honte. Si le premier ministre Legault avait su trouver le ton juste il y a un an au moment de ce tragique événement, on ne peut en dire autant de son comportement de la semaine dernière. Le fait qu'il trône seul au firmament des sondages mesurant les intentions de vote ne devrait pas occulter les responsabilités qui incombent au premier ministre de tous les habitants du territoire québécois. Pour ma part, j'ai été scandalisé de son comportement et je n'ai pas l'habitude de me scandaliser facilement.

Le principe de Joyce

Pourquoi tous ces mots et cette acrimonie pour reconnaître le principe de Joyce ? C'est à peine compréhensible de constater que la reconnaissance du principe de Joyce suscite autant d'émotions à l'Assemblée nationale du Québec. Le principe de Joyce ce n'est pourtant pas la mer à boire. Qu'est-ce que ce principe et d'où cela vient-il ?

Le Principe de Joyce est une série de propositions énoncées sous la forme d'un mémoire par Paul-Émile Ottawa, chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, et Constant Awashish, grand chef de la Nation atikamekw, en novembre 2020. La déclaration se lit comme suit : « Le Principe de Joyce vise à garantir à tous les Autochtones un droit d'accès équitable, sans aucune discrimination, à tous les services sociaux et de santé, ainsi que le droit de jouir du meilleur état possible de santé physique, mentale, émotionnelle et spirituelle. Le Principe de Joyce requiert obligatoirement la reconnaissance et le respect des savoirs et connaissances traditionnelles et vivantes des autochtones en matière de santé. »

Au fond, on ne demande que le minimum aux autorités québécoises. Faire une prestation de services sociaux et de santé libres de toute discrimination aux membres des communautés autochtones et tenir compte de la culture des membres de la communauté autochtone dans la prestation des services. Cette reconnaissance devrait être facile à imaginer pour nous Québécoises et Québécois, car nous faisons les mêmes demandes au Canada anglais depuis des centaines d'années.

Par ailleurs, nous ne pouvions qu'être touchés par la dignité par laquelle les membres des communautés autochtones nous font part de leurs revendications. Nous poussons les hauts cris lorsqu'ils bloquent les voies ferrées, mais nous refusons de les entendre lorsqu'ils s'adressent à nous dans nos paramètres culturels. À preuve, le texte publié par le mari de Joyce Echaquan, Carol Dubé, dans les pages du quotidien La Presse+la semaine dernière. Il écrit : « Nous devons apprendre à vivre côte à côte et à accueillir les différences comme une richesse collective. Notre famille est atikamekw et fière de l'être. Notre histoire, notre culture et notre langue sont des joyaux qui devraient être embrassés par nous tous qui vivons ensemble au Québec. Au-delà de la politique, des paroles, c'est à chacun d'entre nous de mettre de côté nos divergences. »

Outre le fait que ce discours est digne, il ne fait que réclamer ce que les Québécois réclament au Canada depuis des décennies. Et que font les membres de l'Assemblée nationale du Québec devant tant de dignité, ils se chamaillent comme des enfants autour du sexe des anges ou cette fois des mots racisme systémique. Honte à nous !

Racisme systémique

Deux mots simples qui décrivent une réalité pourtant toute simple. Cette réalité est présente au Québec et tout particulièrement à l'égard des membres des communautés des Premières Nations notamment. Pourquoi alors s'obstiner à refuser l'évidence ? Ah oui je sais le gouvernement et les Mathieu Bock-Côté de ce monde craignent que la reconnaissance de cette réalité serve d'armes offensives contre les intérêts de la communauté nationale québécoise venant mettre ne péril ses choix de protéger la langue française. Ce n'est pas sérieux. Il faut savoir distinguer les choses. Reconnaître que nous sommes issus d'un passé colonial et que nos États ont été construits sur des bases raciales, sexistes et où la suprématie blanche était valorisée ne devrait pas nous empêcher de voir la réalité du 21e siècle avec lucidité. La question nationale québécoise et le racisme systémique du Canada à notre endroit est un fait lui aussi indéniable. Néanmoins, nous devrions faire preuve de grandeur d'esprit et reconnaître aux membres des communautés des Premières Nations ce que nous refuse le Canada anglais. Cela s'appelle faire preuve d'humanité et de bienveillance.

En attendant le grand chef du multiculturalisme canadien, Justin Trudeau prend des vacances à Tofino en Colombie-Britannique, François Legault joue au grognon et nous invite à jouer avec lui au jeu : cacher ces mots que je ne veux pas voir...


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