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CHRONIQUEURS / L'Agora
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau

Mercredi, 22 juillet 2020

À bas les masques!



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Je l'ai écrit souvent dans des chroniques précédentes. La crise actuelle de la pandémie du coronavirus, appelé communément la COVID-19, fait ressortir le pire et le meilleur de nous. Ces dernières semaines, alors que les chiffres témoignant de la progression de ce virus étaient au beau fixe, les autorités sanitaires du pays ont procédé à un lent déconfinement.

Même si nous en avions été avertis, le déconfinement sans le respect des règles de base aux mesures d'hygiène de base, se laver les mains régulièrement, se tenir à deux mètres de distance et se tousser dans le coude peut se traduire par une recrudescence de la présence du virus et de l'infection des populations. Le virus est toujours présent et il rôde parmi nous. Vérité élémentaire qui semble incomprise si l'on se fie aux résistances qui se manifestent contre le port du masque obligatoire dans les lieux clos et fermés. Réflexions libres sur les libertés contingentes...

Le port du masque...

Depuis samedi dernier, nous devons tous obligatoirement porter un couvre-visage dans les lieux publics et clos comme les commerces, les restaurants, les bars, les gyms. Cette nouvelle exigence de la santé publique a suscité de nombreux débats et des dérapages sur les réseaux sociaux au nom de nos libertés prises en otage par un pouvoir dictateur qui nous est subitement devenu étranger. Que de gros mots. On évoque preuves à l'appui de grands principes comme celui de nos droits et libertés qui seraient bafoués. On se calme. Nous sommes tous obligés par les lois à porter une ceinture de sécurité dans nos automobiles, faire la file dans les aéroports pour se soumettre à des fouilles en règle au nom de notre sécurité et personne n'a rien à redire.

Pire encore, porter un couvre-visage est un petit inconvénient à comparer au fait que nous avons été conscrits pendant les premiers mois de cette pandémie à nos maisons. Plusieurs ont dû abandonner leur travail comme nos artistes de l'art vivant et de nombreuses entreprises ont vu leurs activités arrêtées sans que personne évoque nos damnées libertés.
Pourtant, le port d'un couvre-visage n'est qu'une mesure qui s'ajoute aux petits moyens que nous avons pour empêcher ce virus de se propager. Alors, comment comprendre cette montée de l'intolérance envers un simple couvre-visage ?

La science et le droit sont du bord du port du couvre-visage

Pourtant, la science dit aujourd'hui, et le mot aujourd'hui est important, que porter un couvre-visage est un moyen supplémentaire qui empêche la propagation du virus. C'est ce qui explique que de nombreux médecins et épidémiologistes ont fait entendre leur voix pour demander aux autorités de rendre obligatoire le port d'un couvre-visage dans les lieux publics partout au Québec. Le transport en commun était déjà visé, il fallait étendre le port du couvre-visage aux lieux publics fermés et clos. Parmi ces médecins et épidémiologistes, on retrouvait le nom d'Amir Khadir, personnalité peu reconnue pour ses alliances avec les pouvoirs du côté obscur de la force.

Même sur le plan légal, la mise à contribution des droits et libertés ne résistent pas à l'analyse des spécialistes de la question. Le célèbre avocat, Me Julius Grey, a témoigné du fait qu'exiger le port d'un couvre-visage était conforme à la limitation raisonnable des droits individuels au nom de la sauvegarde de la vie.

La science et le droit sont du côté des autorités sanitaires et pourtant cela n'a pas empêché d'assister à un véritable dérapage de ce débat sur le port d'un couvre-visage. Pourquoi ?

Le grand dérapage

La principale cause de ce dérapage est selon toute vraisemblance, j'utilise cet adjectif, car je ne suis pas psychologue, ni psychiatre, est attribuable au ras le bol des gens devant la pandémie et ses conséquences dans nos vies. Depuis plusieurs mois déjà, nos vies ont été prises en otage par cette pandémie et cela n'est pas sans effet sur notre moral collectif. Il ne faut pas non plus sous-estimer la présence dans notre aire culturelle des conséquences des frasques des Trump et des Bolsonaro qui depuis le tout début nient l'importance de cette pandémie. Ils la comparent à une grosse grippe. Ni plus ni moins. Certains vont jusqu'à colliger des statistiques pour démontrer que ce virus ne tue pas plus que la grippe. Du grand n'importe quoi finalement.

Il faut aussi prendre en compte les effets délétères des réseaux sociaux. Depuis l'avènement de ces plates-formes d'expression où toutes et tous se transforment en experts sur toutes les questions, on y voit apparaître des théories aussi loufoques les unes que les autres. Parmi les plus spectaculaires, cette idée que la terre est plate ou encore l'existence d'un complot des puissants pour s'emparer de nos vies.

Ces théories propagées par des gens parfois bien intentionnés, d'autres fois pas, ne sont pas neutres dans notre univers idéologique. Ils sont souvent propagés par des réseaux de droites et d'extrême droite pour qui les théories du complot ne sont qu'un angle par lequel on peut attaquer la démocratie vivante de nos sociétés en prenant appui sur ses contradictions. Il faut dire qu'à la gauche on retrouve aussi ce genre d'excès, mais sur d'autres sujets. J'aurai l'occasion d'y revenir dans de prochaines chroniques.

Porter le masque

En définitive, être obligé de se couvrir le visage comme mesure additionnelle pour empêcher la propagation du virus est un effort supplémentaire utile et essentiel pour protéger les autres et par voie de conséquence ceux que l'on aime. S'opposer au port d'un couvre-visage est un vain combat et surtout cela n'a rien à voir avec nos droits et nos libertés qui seraient à risque dans le Québec contemporain. Certes, les consignes évoluent et la science apprend à mieux connaître ce virus. De nombreux opposants ne manquent pas une occasion de rappeler que le directeur de la santé publique du Québec, Horacio Arruda, était contre le port du masque au début de la pandémie. Il faut dire que la virulence de ses arguments de l'époque ne fait rien pour aider à convaincre de la pertinence de la mesure aujourd'hui.

Quoi qu'il en soit, je préfère croire les consignes du Dr Horacio Arruda, même si son opinion a évolué, que ceux qui affirment en se drapant dans la souveraineté du peuple que la pandémie est chose du passé et qu'il faudrait ne rien faire. Je donne un exemple de ce discours inconséquent : « En mars 2020, au début de la crise, Arruda nous disait que le masque était nocif et inutile. Maintenant que tout est clairement fini, il faut porter le masque ? Le plan est clairement de nous pousser une loi 61 dans la gorge où ils gouverneront par décret (avec l'aide des médias) et donneront des contrats aux amis sans appel d'offres, en toute impunité. Ce qu'ils veulent, c'est la dictature et que nous soyons . Oui, il faut donner une chance au troisième rempart (sic) qu'est la justice. Toutefois, l'heure de faire valoir nos droits constitutionnels par la désobéissance civile organisée et pacifique est proche. N'oubliez pas que c'est nous les patrons. Nous le PEUPLE. »

Ce sont de tels propos qui sont à la source du grand dérapage que nous vivons actuellement. Quoi que l'on puisse en dire, il faut porter un couvre-visage, mais en même temps il faut démasquer ces gens qui ont des intentions non déclarées. À ceux-ci, il faut dire À bas les masques...


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