Société Arts & culture Sports Chroniqueurs Concours Annonces Classées

  CHRONIQUEURS / Juridique

Quelles protections légales ont les conjoints de fait en cas de séparation?

 Imprimer   Envoyer 
Photo : Actuellement, les conjoints de fait ne bénéficient pas de la même protection légale que les couples mariés en matière de séparation. - Me Karine Bourassa
Me Karine Bourassa Par Me Karine Bourassa
Jeudi 29 novembre 2018

Après seize ans de vie commune, deux enfants et un ex-conjoint devenu multimillionnaire, le juge Robert Mongeon a octroyé une compensation de près de 2,4 millions de dollars à une ex-conjointe de fait, au motif que la fortune de Monsieur provient essentiellement du rôle de Madame dans la maison familiale. Alors qu'aucune loi ne prévoit les droits des conjoints de fait lorsqu'arrive une séparation, ce jugement progressiste laisse-t-il entrevoir une amélioration de la protection des conjoints de fait en droit québécois?

Actuellement, les conjoints de fait ne bénéficient pas de la même protection légale que les couples mariés en matière de séparation. En 2013, la Cour Suprême a statué, dans l'affaire ultramédiatisée Éric c. Lola, que les couples non mariés ne peuvent espérer avoir droit à une pension alimentaire pour eux-mêmes ou encore avoir accès à une part du patrimoine familial.

Or, selon le juge Robert Mongeon, cet état de droit ne reflète pas du tout la réalité contemporaine. Dans le jugement rendu le 18 septembre 2018, il écrit que : « Sauf semble-t-il le Législateur, tous s'accordent à dire qu'en 2018 les conjoints de fait ont droit à une meilleure protection et à une plus grande reconnaissance de leurs droits de la part du système judiciaire. »

Au début de la vie commune des parties en 1996, les deux travaillent comme salariés, ce qui leur offre un revenu familial décent, mais sans extravagance. Au début des années 2000, Monsieur quitte son emploi pour fonder son entreprise, qui connait des débuts difficiles, au point où il a parfois des revenus inexistants. Pendant ce temps, Madame garde son emploi à temps plein pour pallier le déficit budgétaire, et s'occupe de manière exclusive de la maisonnée et du soin de leurs deux enfants en bas âge.

Quelques années plus tard, l'entreprise de Monsieur connait une véritable envolée grâce au développement d'un produit révolutionnaire et en 2007, celui-ci vend ses parts de l'entreprise pour la « modique » somme de 17 millions de dollars. Il diminue alors considérablement ses heures de travail afin de se consacrer à ses loisirs, tout en refusant que sa conjointe fasse de même. La preuve révèle que Monsieur craignait que Madame ne devienne financièrement dépendante de lui en cas de séparation. En 2012, les parties se séparent. Monsieur refuse catégoriquement de partager sa fortune et prétend que Madame n'a aucunement contribué à son succès.

L'absence de législation spécifique en matière de conjoints de fait ne veut pas dire l'absence de droits et de devoirs l'un envers l'autre. La théorie de l'enrichissement injustifié s'applique dans les cas où l'enrichissement de l'un provoque l'appauvrissement de l'autre. À cet égard, la jurisprudence est éloquente. La prestation de services domestiques, comme l'a fait Madame pendant des années, peut constituer un motif valable pour un recours en enrichissement injustifié. En l'espèce, le tribunal n'a eu aucune difficulté à conclure que c'est le travail domestique offert par Madame qui a permis à Monsieur d'accumuler une fortune de plusieurs millions de dollars, alors que Madame n'a pas augmenté son capital.

De manière générale, les tribunaux fixent les compensations financières applicables dans de telles situations notamment selon la longueur de l'union et les avantages reçus pendant celle-ci. Ainsi, le juge Mongeon accorde à Madame une somme de 3,5 millions de dollars. Toutes déductions effectuées, Madame a ainsi reçu une somme de près de 2,4 millions de dollars à titre d'enrichissement injustifié en compensation de son apport dans la maisonnée.

Le Québec est la seule province qui n'octroie pas de droits patrimoniaux aux conjoints de fait, malgré la popularité grandissante de ce modèle familial. À l'instar du juge Mongeon, la magistrature n'hésite plus à indemniser le conjoint, souvent la femme, qui a joué un rôle prédominant en tenant le foyer et en élevant les enfants, ayant subi une perte financière ou un manque à gagner. Bien qu'une augmentation de la protection des conjoints de fait soit souhaitable, la prise en charge de cette amélioration par les tribunaux risque de créer un état de droit hétéroclite et incohérent en la matière. Le gouvernement aurait tout à gagner de réformer le droit familial en matière de conjoints de fait et d'établir des règles claires pour le bénéfice de tous.

Me Elizabeth Poulin et Me Karine Bourassa
Fontaine Panneton Joncas Bourassa & Associés


  A LIRE AUSSI ...

La 44e édition du Novice-O-Rama débute à Sherbrooke

Jeudi 8 janvier 2026
La 44e édition du Novice-O-Rama débute à Sherbrooke
Construction de logement à Sherbrooke : près de 2 000 nouvelles unités autorisées en 2025

Mardi 27 janvier 2026
Construction de logement à Sherbrooke : près de 2 000 nouvelles unités autorisées en 2025
Sherbrooke souligne pour la première fois le Mois de l’histoire des Noirs

Mardi 3 février 2026
Sherbrooke souligne pour la première fois le Mois de l’histoire des Noirs
NOS RECOMMANDATIONS
Négligence envers un animal : une femme arrêtée à Sherbrooke, recherchée sous cinq mandats

Jeudi 5 février 2026
Négligence envers un animal : une femme arrêtée à Sherbrooke, recherchée sous cinq mandats
O’Chevreuil — Taverne du Centro : une nouvelle identité au cœur du centre-ville

Mercredi 4 février 2026
O’Chevreuil — Taverne du Centro : une nouvelle identité au cœur du centre-ville
Un soutien financier majeur pour le Canton de Potton

Lundi 2 février 2026
Un soutien financier majeur pour le Canton de Potton
PLUS... | CONSULTEZ LA SECTION COMPLÈTE...

 
Policier traîné par un véhicule lors d’une intervention à Sherbrooke Par Martin Bossé Mercredi, 4 février 2026
Policier traîné par un véhicule lors d’une intervention à Sherbrooke
Le Silo Épicerie Bio Vrac change de main à Sherbrooke Par Martin Bossé Mercredi, 4 février 2026
Le Silo Épicerie Bio Vrac change de main à Sherbrooke
Espèces aquatiques envahissantes : l’Estrie se dote d’une stratégie régionale de prévention Par Martin Bossé Mardi, 3 février 2026
Espèces aquatiques envahissantes : l’Estrie se dote d’une stratégie régionale de prévention
Nordia met à pied 77 salariés à Sherbrooke Par Martin Bossé Jeudi, 5 février 2026
Nordia met à pied 77 salariés à Sherbrooke
O’Chevreuil — Taverne du Centro : une nouvelle identité au cœur du centre-ville Par Martin Bossé Mercredi, 4 février 2026
O’Chevreuil — Taverne du Centro : une nouvelle identité au cœur du centre-ville
Une fin de saison serrée dans la Ligue régionale de hockey Par Martin Bossé Lundi, 2 février 2026
Une fin de saison serrée dans la Ligue régionale de hockey
ACHETEZ EstriePlus.com
bannières | concours | répertoire web | publireportage | texte de référencement | site web | vidéos | chroniqueur vedette
2026 © EstriePlus.com, tous droits réservés | Contactez-nous