par Lucille Dodier
Le grand ménage
Quand vient le temps du printemps, on se met à faire le grand ménage. C'est à croire que tout devient sale au même moment dans toutes les maisons!
On s'arme d'un arsenal de produits qui serviront à laver vitres, douche, bain, murs, planchers, meubles, stores, luminaires, congélateur, calorifères, armoires, vaisselle du dimanche sans oublier le gigantesque bol à punch reçu en cadeau de noces.
On passe l'aspirateur des deux côtés des matelas, on lave la literie de réserve, on envoie nettoyer les douillettes, les tentures et les habits de neige. On lave les vêtements d'hiver avant de les ranger dans les placards sans oublier les boules à mites.
On ressort le linge d'été, du moins celui qu'on veut garder ou qui peut encore nous rentrer sur le dos... L'hiver nous joue des tours et nous enveloppe parfois d'un surplus de gras.
On frotte de fond en comble pendant des semaines et, par culpabilité, on n'oublie surtout pas l'argenterie héritée de nos aïeuls. Tout y passe, de la cave au grenier, jusqu'à ce qu'on manque de détergent, que la brosse soit usée ou qu'on ait les doigts en sang.
Dire que, par principe, ma marraine, faisait son grand ménage chaque saison! Il faut que je vous avoue qu'elle n'avait pas d'enfant pour la déranger au moment de cette corvée.
Les vêtements
Autrefois, dans chaque maisonnée, le lundi était désigné comme la journée officielle du lavage.
Je viens d'une famille de 16 enfants et autrefois, les normes de propreté n'étaient pas comme maintenant. Par chance! Si chacun s'était changé chaque jour, ma mère aurait eu 224 bas à laver, 112 sous-vêtements, 112 pantalons, 112 chandails... sans compter les draps, les couches, les débarbouillettes, les linges à vaisselle et ce, chaque semaine. Imaginez-vous, un seul instant, la longueur de sa corde à linge: de Bishopton à sa Beauce natale!
De nos jours, on lave un jean mis pendant une heure et on finit par l'user plus à le laver qu'à le porter. Autrefois, on reprisait les overall brisés; maintenant, on achète même, à gros prix, des jeans troués.
Les cheveux
Quand j'étais jeune, on recommandait de se laver les cheveux une fois toutes les deux ou trois semaines pour ne pas les rendre trop secs1, ce que nous faisions religieusement. Avec le temps, la fréquence a bien changé. Plusieurs personnes se lavent les cheveux plus d'une fois par jour. C'est à faire dresser les cheveux sur la tête!
Les publicités de shampoings dans les revues et à la télé, s'adressent presque toujours aux femmes. Seraient-elles les seules à en avoir besoin? Pas certaine!
Les mains
C'est encore de rigueur de se laver les mains avant et après les repas et sans contredit, après être allé aux toilettes. On voit des personnes qui transportent en permanence du désinfectant Purell, au cas où... À quand la bouteille d'eau de Javel miniature?
La norme actuelle veut que l'on tousse ou éternue dans sa manche, plus question de se placer la main devant la bouche. Les microbes pourraient attaquer sans crier gare! Pourtant nos ancêtres ne sont pas morts d'avoir fait le baisemain à un souverain ou à une gente dame.
Le bain
Je me rappelle que toute la trâlée prenait un bain une fois par semaine, selon les recommandations du temps2. La quantité d'eau que nous pouvions utiliser était limitée car il fallait laisser de l'eau chaude pour les autres.
Il aurait été impensable de prendre une douche de 15 minutes comme bien des gens le font. À seize personnes, nous aurions dû faire couler l'eau pendant quatre heures et ce, chaque soir. Au bout d'une année, à ce rythme-là, il n'y aurait plus eu d'eau ni dans notre puits, ni dans le lac Miroir... ni dans la nappe phréatique!
Les coutumes ont bien changé, mais, faut-il pour cela, laver, laver et savonner jusqu'à devenir aseptisé?