par Lucille Dodier
Qui n'a jamais fait la sourde oreille devant les recommandations de sa mère? La mienne, elle, connaissant les bienfaits des bananes, insistait toujours pour qu'on en apporte une comme collation quand nous partions en autobus pour Sherbrooke. Alors, on déguerpissait au plus vite sans l'écouter. Rusée comme un renard, elle allait, en catimini, en placer une dans notre sacoche ou notre poche de manteau. Au moment de payer notre billet, quel embarras de découvrir la fameuse banane devant les autres passagers!
En février dernier, lors de vacances au Honduras, j'en ai profité pour aller visiter une plantation de bananes afin d'en savoir plus sur ce fruit sucré, riche en potassium.
Quelle surprise d'apercevoir des sacs de plastique dans les bananiers! On m'informe qu'ils sont essentiels pour protéger les fruits contre les insectes gourmands, pour les préserver de la chaleur intense et pour maintenir un taux d'humidité nécessaire à leur croissance.
Par curiosité, je me suis approchée d'un bananier et j'ai soulevé le pétale d'une fleur mauve d'environ 18 pouces puis plusieurs autres pour y découvrir de petites fleurs allongées côte à côte. En y regardant de plus près, j'ai pu me rendre compte que c'était de minuscules bananes vertes. 
Si les bananes poussent vers le haut, c'est peut-être parce qu'elles veulent, tout comme moi, profiter des rayons ardents du soleil? À maturité, chaque régime (jusqu'à 200 fruits verts) est retiré de son arbre et suspendu à un crochet formant ainsi un convoi de 4 000 bananes qu'un homme doit tirer jusqu'à l'usine. Un épuisant travail de 42°C, de surcroît!
Rendues à destination, les bananes sont vaporisées pour détruire les insectes et prévenir les maladies (champignons). Par la suite, on enlève les régimes et on garde les faux troncs pour engraisser le sol.
On dirige les groupes de bananes vers de gros bassins d'eau. Là, elles se prélassent, insouciantes, dans un grand spa sans se douter de ce qui les attend...
Des employées, les retirent de l'eau par paquet, les divisent en mains, les mesurent, et, si elles ne sont pas conformes (trop petites, trop longues ou trop incurvées) elles sont déclassées car indignes de figurer au menu des futurs acheteurs.
Puis, c'est la pesée (une boîte doit contenir 42 kg),l'étiquetage,l'empaquetage et le transport vers le port pour l'exportation. Il faut figurer environ deux semaines avant d'arriver chez nous.
Si les humains descendent du singe, pourquoi certains ont-ils besoin d'un couteau quand ils veulent manger une banane?