par Jacques Robert
Incendie de l'hôtel Arlington de Marbleton
L'hôtel Arlington fut construite par M. Emerson Oliver Weston sur la rue des Érables à Marbleton. L'ouverture de ce "précieux bâtiment patrimonial perdu" eut lieu en juin 1925.
En avril 1957, son fils M. Clinton Bennett Weston, en était propriétaire et y habitait depuis 1948 avec son épouse Olive et ses deux filles, Priscilla Olive et Shirley Lottie Roberta.
Les clients de l'hôtel étaient un jeune couple et leur bébé, ainsi que M.M. Raymond Audy, Barthelémy Moreau et une dame âgée de 75 ans, Mme Clara Myrtle Tewkesbury, née Gilbert. Elle était la veuve de M. Warren John Tewkesbury décédé en 1951.
Dans la nuit du 15 au 16 avril, vers 4h00 du matin, un incendie se déclara dans l'édifice qui fut complètement détruit. Dès que les flammes furent maîtrisées, des recherches furent aussitôt entreprises pour retrouver d'éventuelles victimes. En effet, Mme Tewkesbury manquait à l'appel. On crut d'abord qu'elle avait quitté l'hôtel avant l'incendie.
Alors que plusieurs citoyens du village cherchaient dans les ruines, un autre groupe avait été formé par la police provinciale pour effectuer une battue générale dans la région à la recherche de la dame.
Après une dizaine d'heures de recherche, elle restait introuvable. On fit donc venir un tracteur de la Compagnie Dominion Lime Ltd pour fouiller les décombres. Après trois heures de recherche, on trouva des ossements que l'on croyait ceux du chien du propriétaire, Mr. Weston.
Des rumeurs des plus fantastiques se répandirent aussitôt, non seulement à Marbleton mais dans toutes les paroisses voisines.
De l'avis de la majorité de la population, les os auraient été ceux de Mme Tewkesbury. Les volontaires qui avaient travaillé au déblaiement des ruines partageaient la même opinion. Pour appuyer leurs affirmations, ils se basaient sur le fait que la vieille dame éprouvait beaucoup de difficulté à se déplacer et qu'ainsi elle était demeurée prisonnière des flammes. Toutefois, le coroner du district, le Dr T. Tremblay, de Disraeli, ne croyait pas que les ossements trouvés étaient ceux d'un humain.
Vu que tout avait été soigneusement examiné et que le corps de la victime restait toujours introuvable, on se perdait en conjectures. Où était-elle?
Le 17 avril, la police procéda à l'interrogation des principaux témoins, tous des survivants de l'incendie.
M. Moreau, qui avait reçu des brûlures à la tête et aux mains, déclara ce qui suit: « Lorsque je suis sorti de ma chambre, j'ai pensé un moment que mon heure était venue. J'ai dû littéralement foncer dans un mur de flammes, c'est ce qui explique mes blessures. Ma chambre était située presque vis-à-vis de celle de Mme Tewkesbury. Je ne puis dire si la porte de sa chambre était ouverte ou fermée. Cependant, comme je m'apprêtais à descendre l'escalier, je me suis buté contre une autre personne. Je n'ai pu l'identifier. Dès que nous fûmes sur la galerie, il était tout à fait impossible de revenir sur nos pas tant la marche des flammes était rapide ».
Le jeune Raymond Audy avait loué une chambre à l'hôtel. Il avait combattu les flammes et pris une part active aux recherches. Il déclara aux enquêteurs qu'il avait tout fait pour porter secours à Mme Tewkesbury. Il déclara: « Au moment même où, du haut d'une échelle, je défonçais la fenêtre de sa chambre, je fus repoussé par les flammes. J'ai trouvé les restes de la bête entremêlés dans les ressorts tordus d'un matelas, et d'après moi, il s'agissait du lit de la vieille. D'ailleurs, à quelques pieds de là, j'ai trouvé son réveille-matin et des outils de couture ». Il déclara également que dans l'après-midi qui avait précédé le drame, la dame s'était rendue voir un médecin avec l'aide de Mme Weston.
À ce stade-ci de l'enquête, on ne savait pas encore si les ossements trouvés étaient humains ou d'origine animale.
Le 22 avril, ces restes furent transportés à Montréal par le sergent-détective Blouin. Après des expertises effectuées en laboratoire, les autorités médicales déclarèrent, hors de tout doute, que les ossements étaient ceux d'une personne et d'un animal, peut-être un chien. La dame avait donc trouvé la mort lors de l'incendie.
Enquête du coroner
L'enquête du coroner eut lieu le 26 avril, vers huit heures, à la morgue de Bishopton, sous la présidence du Dr T. Tremblay, de Disraéli, coroner du district de Wolfe. Le sergent-détective Wilfrid Blouin, du bureau de la Sûreté provinciale à Thetford Mines était également présent.
Après avoir pris connaissance du rapport médico-légal du Dr J.-P. Valcourt, de Montréal, le Dr Maurice Richard d'East Angus en vint aux mêmes conclusions. Les ossements trouvés dans les ruines étaient bien, en partie, ceux d'un animal et ceux d'une personne humaine adulte et du sexe féminin. C'est à partir d'un os du côté gauche du bassin que le sexe avait pu être déterminé.
Le Dr Richard affirma dans sa déposition, que la victime était sa patiente depuis quelque temps. Il affirma également que la dame éprouvait de grandes difficultés à se mouvoir et pouvait à peine marcher ou monter un escalier sans assistance.
M. Barthélémy Moreau, 61 ans, mentionna que dans la nuit du 15 au 16, vers 4 heure du matin, il fut réveillé par M. Weston qui lui criait: « Lève-toi! l'hôtel est en feu! » Étant donné que les flammes lui interdisait l'escalier intérieur central, il dut évacuer l'hôtel par un escalier de sauvetage latéral. Dans sa fuite, il avait subi des brûlures à la tête et aux mains. Sa chambre - comme celles de tous les autres pensionnaires - se trouvait au deuxième étage. Elle donnait sur le corridor central, du côté opposé à la chambre de la vieille dame.
Le témoin déclara avoir vu la victime pendant le souper, le soir de l'incendie, et l'avoir vue descendre, après le repas, habillée comme pour sortir. De plus, il affirma qu'en quittant sa chambre, il n'avait pas entendu crier la victime. Il ne put préciser si sa porte était ouverte ou fermée.
L'hôtelier, M. Clinton B. Weston, 46 ans, déclara avoir effectué, vers 1h30, la tournée habituelle de ses feux et n'avoir rien remarqué d'anormal. S'étant couché vers 3h00 a.m., il avait été réveillé, environ une heure plus tard, par les aboiements de son chien. La fumée trop dense l'empêcha d'atteindre la chambre de Mme Tewkesbury qu'il voulait alerter comme tous les autres pensionnaires. Une fois dehors, il tenta, à l'aide d'une échelle, de pénétrer dans le couloir du deuxième étage après avoir brisé une fenêtre, mais il n'a pu s'engager dans le passage envahi par la fumée. L'hôtelier déclara avoir vu la victime pour la dernière fois vers 8h30, alors qu'elle revenait de chez le Dr Richard. Sa chambre, a-t-il expliqué, se trouvait à l'extrémité du corridor, un peu plus loin que celle de M. Moreau.
L'épouse de M. Weston corrobora son témoignage et ajouta avoir vu la victime vers minuit, puis vers 1h00 du matin. À ce moment là, précisa-t-elle, Mme Tewkesbury était vivante.
Les deux filles du couple, Priscilla, 15 ans, et Shirley, 11 ans, corroborèrent les dépositions de leurs parents sans rien y ajouter. Il en a été de même de M. Raymond Audit, 21 ans.
À l'exception du Dr Richard, tous les témoins entendus résidaient à l'hôtel.
M. et Mme Ernest Avory, un jeune couple dans la vingtaine qui étaient également clients de l'hôtel, furent dans l'impossibilité de se présenter à l'enquête. Le jury, se déclarant satisfait de la preuve, ne réclama pas d'ajournement pour les entendre. Il se retira pour revenir au bout de quelques minutes avec un verdict de mort accidentelle due aux flammes.
Le jury se composait de MM. Maurice Lemelin (fils d'Amédée) et Richard Thorneloe de Marbleton et de François Bélisle, Gordon Joyce et Paul Émile Bélisle de Bishopton.
Sources : La Tribune, 18, 23, 25, 26 et 27 avril 1957