par Gilles Larivière
Le merle américain
Le choix du merle américain comme sujet de chronique est plutôt banal, me direz-vous? Rares sont ceux qui ne peuvent l'identifier. Pourtant c'est un sujet qui s'impose par sa présence constante dans notre environnement et dans notre culture. Cet oiseau fait tellement partie de notre quotidien du début du printemps jusqu'à l'automne, qu'on oublie presque d'y porter attention. Il n'y a pas très longtemps, notre merle était même représenté au verso des billets de deux dollars. C'est un incontournable et il est important qu'on s'y intéresse. En ce qui me concerne, il fait partie du petit nombre d'oiseaux que je pouvais identifier durant mon enfance à Montréal. Mon père, un grand amoureux de la nature qui m'a sensibilisé au monde animal, les appelait des grives. D'autre part, certaines personnes leur donnaient le nom rouges-gorges. Comment s'y reconnaître à cette époque où la documentation n'était pas très courante?
Le merle américain n'a rien à voir avec le rouge-gorge européen qui est de plus petite taille. Ce nom lui a été attribué par les premiers colons inspirés par la similitude des couleurs entre les deux espèces. Mais papa n'avait pas tort, car le merle d'Amérique fait partie de la famille des grives. Mesurant 25cm de long, ce merle est le plus gros représentant de l'espèce. Il a la tête noire contrastant avec son bec jaune et le cerne blanc autour de ses yeux. Le dessus de son corps est gris, tandis que sa poitrine est d'un roux orangé. La femelle est semblable au mâle, mais ses couleurs sont moins éclatantes. Les jeunes dont le plumage est terne, se distinguent de leur mère par des taches noires sur la poitrine. Le répertoire vocal du merle d'Amérique est assez étendu. Il possède plusieurs cris de communication exprimant soit l'appel, la mise en garde ou la détresse. Toutefois, c'est son chant flûté, tchîrili tchiriop tchiriop, qui nous enchante matins et soirs durant l'été, à l'exception de la période accaparante du nourrissage des petits.
L'aire de dispersion des merles américains est tellement étendue que cela en fait l'oiseau le plus connu du continent. On le retrouve au nord du Canada, jusqu'en Alaska. Il se reproduit dans toute l'Amérique du Nord et même jusqu'au Mexique. Les oiseaux des régions du nord, tout comme dans la nôtre, migrent vers le sud à l'automne. Ils se déplacent en groupes de 20 à 250, parmi les quiscales et les étourneaux. L'hiver constitue une période de répit que les merles passent dans des aires de repos regroupant jusqu'à 250 000 individus d'espèces variées.
À l'origine, les merles étaient des oiseaux forestiers. Quoique plusieurs sujets vivent encore discrètement sous le couvert des grands arbres, le plus grand nombre s'est adapté à la présence humaine et peuplent le tour des habitations, les parcs et les espaces ouverts créés par l'étalement urbain. Les meilleurs moments pour observer le merle américain, sont les débuts et fins de journée lorsqu'il chante perché sur un grand arbre, ou après une forte pluie alors qu'il se nourrit de vers de terre. En été, les invertébrés comme les lombrics, les coléoptères et les chenilles constituent d'ailleurs son menu principal. Il complétera son régime avec des petits fruits comme les cerises et les raisins. Il raffole aussi des tomates. L'hiver, il deviendra presqu'exclusivement végétarien.
La période de reproduction commence en avril et au début de mai. Habituellement les mâles arrivent en premier, presque toujours dans sa région d'origine, pour prendre possession de son territoire. Les femelles suivront environ une semaine plus tard. Le couple se formera pour la durée de la saison de reproduction. À la période d'accouplement, le mâle fait sa cour en nourrissant la femelle et en chantant ses airs les plus mélodieux. C'est la femelle qui choisit l'emplacement du nid, préférablement sur une branche horizontale de conifère ou de feuillu, mais elle peut s'accommoder du sol ou d'une structure fabriquée par l'homme. Elle s'occupera de la construction du nid qu'elle façonnera en forme de coupe à l'aide de boue mêlée de brindilles, de ficelle, de morceaux de tissus et de papier. Le travail peut durer 2 à 5 jours et exigera jusqu'à 180 aller-retour par jour. Comme la femelle donne la forme concave de sa construction à l'aide de sa poitrine, on peut y observer des traces de boue. Elle couvera par la suite ses 3 ou 4 œufs, de couleur bleue, pendant une quinzaine de jours. Elle se permettra quelques sorties du nid pouvant durer jusqu'à 40 minutes. Lorsqu'il est dans les environs, le mâle fera le guet durant son absence. Il arrive même qu'il couve les œufs. Dès l'éclosion, les deux parents nourriront leurs petits. Afin qu'ils puissent être suffisamment gros et forts pour quitter le nid après 16 jours, il faudra leur fournir une quarantaine de becquées par jour. Les merles ont de 2 à 3 nichées par été. Il n'est donc pas rare que la femelle commence une nouvelle nichée avant que les petits aient quitté le nid. Dans ce cas, c'est le mâle qui prendra la charge des oisillons. Malheureusement, les jeunes n'ont que 25% de chance de vivre jusqu'à l'automne car ils sont victimes de nombreux prédateurs. S'ils ont la chance de se rendre à l'âge adulte, ils ont une espérance de vie de 2 ans.
Finalement, il est intéressant de voir que le merle d'Amérique n'est pas un oiseau si banal. Nous avons encore la possibilité de les observer en cette fin d'été car les regroupements migratoires vont bientôt commencer à se former. C'est l'occasion de constater les différences entre les mâles, les femelles et les immatures. Bonne fin d'été.
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