par Gilles Larivière
Le pygargue à tête blanche
Pour cette chronique je parlerai de ce magnifique oiseau qu'est le pygargue à tête blanche. Toutefois, je me permets une petite parenthèse.
Au début de la rédaction de cette chronique, j'ai aperçu du coin de l'œil un visiteur inhabituel à la mangeoire de graines de tournesol: un oiseau un peu plus gros qu'un junco ardoisé arborant un triangle rouge éclatant commençant à la base du cou et se terminant sur la poitrine. Baigné par la lumière dorée du soleil couchant, ce triangle coloré contrastait avec le ventre blanc, la tête noire et le reste du corps noir orné de lignes blanches sur les ailes et la queue. Le bec puissant, de couleur gris foncé, rappelait celui d'un gros bec errant. Cela ne faisait pas de doute, ce nouvel arrivé était un cardinal à poitrine rose. C'est la deuxième fois que je vois un oiseau de cette espèce autour de la maison, et il ne semble pas vouloir s'installer. En loisir ornithologique il y a toujours des surprises comme celle-là et il faut vraiment saisir l'instant où ça se produit. Dans l'exaltation du moment, j'ai même pensé changer de sujet de chronique, mais je suis revenu à choix de départ.
Appelé à tort l'aigle à tête blanche, ou l'aigle des mers, cet oiseau n'est pas un aigle mais un pygargue parce que son régime alimentaire se compose principalement de poisson. Sa puissance et sa prestance lui ont valu d'être choisi comme emblème des États-Unis. Le pygargue à tête blanche est essentiellement nord américain. On le retrouve en abondance sur la côte ouest; principalement en Colombie-Britannique et en Californie. Il est toutefois présent d'un océan à l'autre du Canada, jusqu'au sud des États-Unis. En 1970, au Québec comme sur la côte est du continent nord américain, le pygargue a frôlé l'extinction due à l'utilisation intensive de pesticides dans l'industrie agro-alimentaire. Aujourd'hui, il est considéré comme une espèce vulnérable qui est protégée par une législation spécifique. Ce rapace étend progressivement son aire de répartition, et ici à Dudswell, plusieurs personnes ont témoigné d'observations de pygargues dans les environs du lac Miroir.
Le pygargue à tête blanche, est le plus gros de nos oiseaux de proie. Il mesure de 70 à 95cm de longueur et l'envergure de ses ailes varie entre 1,70 et 2,40 mètres. Son poids est d'environ 4,5 kg. Le plumage de l'adulte, permet clairement son identification. Il a le corps brun, la tête et la queue blanches, tandis les yeux, le bec et les pattes sont jaunes. La femelle arbore le même plumage mais elle est plus grande et plus lourde que le mâle. Les juvéniles sont entièrement brun foncé à l'exception du dessous des ailes et du ventre qui sont plus ou moins marbrés de blanc. À ce stade, il est facile de les confondre avec le balbuzard pêcheur. Ce n'est qu'à 5 ou 6 ans que les jeunes auront leur livrée d'adulte.
Les larges ailes du pygargue lui permettent de planer à haute altitude pour repérer ses proies grâce à une acuité visuelle sept fois plus puissante que la nôtre. Il affectionne particulièrement le poisson qu'il agrippe au vol grâce à ses serres puissantes et ses pieds munis de petites pointes appelées spitules. Quand la pêche n'est pas bonne il se nourrira de canards et d'oies. Il mangera aussi des charognes d'animaux morts: poissons, ratons laveurs, cerf de Virginie. Il chassera les petits mammifères pour nourrir ses petits.
Le pygargue à tête blanche vit dans les forêts d'arbres matures, à proximité de l'eau: rivière à grand débit, lac, côtes maritimes et même près des grands réservoirs hydro-électriques. Les couples nicheurs sont ensemble pour la vie et sont fidèles à leur lieu de nidification. Ils construisent fréquemment leur nid sur celui de l'année précédente; ce qui contribue à en augmenter l'épaisseur au cours des ans. De tous les oiseaux d'Amérique du Nord, ce sont eux qui ont le plus gros nid. Le plus grand qu'on ait trouvé, mesure trois mètres de diamètre et atteignait une hauteur de six mètres.
La période d'accouplement débute au mois d'avril et de mai, par une parade nuptiale impressionnante. Les deux partenaires exécutent un ballet aérien composé de figures spectaculaires: tonneaux, vols piqués, et vrilles verticales que le mâle et la femelle réalisent agrippés l'un à l'autre par les pattes. C'est la femelle qui se charge en grande partie de la construction du nid situé à moins de 200 mètres de l'eau, à la cime d'un grand arbre ou sur une falaise. Ce nid est une grande plate-forme constituée de branches et d'herbes entremêlées, tapissé de mousse et de débris à l'intérieur. La couvée est constituée de deux œufs blancs qui écloront après 35 jours. C'est surtout la femelle qui assumera la tâche d'incubation. Le mâle s'activera davantage lors du nourrissage des oisillons. Après l'éclosion, les deux parents devront redoubler d'ardeur pour ramener des petites proies à leur progéniture. Les petits resteront au nid pendant 70 à 80 jours avant d'entreprendre leur longue vie active.
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