Société Arts & culture Sports Chroniqueurs Concours Annonces Classées

  LE PAPOTIN / Chroniques

Chronique histoire


20 avril 2011
 Imprimer   Envoyer 

par Jacques Robert

Les vieilles gares du Québec Central (1re partie)


Cet article complète la série de chroniques racontant l'histoire du Québec Central.


Nos vieilles gares

Elles nous font rêver de voyages et de contrées lointaines... de l'amoureux que l'on attend fébrilement sur le quai... Pour les plus âgés, elles évoquent de doux souvenirs: le sifflet de la locomotive au départ de la gare, le « tchou-tchou » de l'engin, le bureau du télégraphe, la salle des bagages... et, bien sûr, les belles dames coiffées de jolis chapeaux assises dans la salle qui leur est réservée, à côté de la salle enfumée des messieurs.  

Les vieilles gares nous rappellent une époque d'effervescence où, à mesure que le chemin de fer prenait de l'expansion, se développaient les industries et les chantiers forestiers, se colonisaient les régions éloignées. Lieu de départ et d'arrivée, la gare symbolisait l'ouverture sur l'extérieur. C'est de là qu'on partait pour aller visiter un cousin lointain, et c'est là qu'arrivait des États la tante Émilie en visite pour le temps des Fêtes. C'est à la gare que l'on envoyait les télégrammes et que parvenait le courrier, là qu'on échangeait les dernières nouvelles... C'est aussi à la gare qu'on attendait la table de cuisine commandée par catalogue chez Eaton ou la paire de patins qui venait de chez Dupuis Frères ... (Extrait d'un très beau texte de Sylvie Ruel, Exporail musée ferroviaire canadien, Saint-Constant)

* * *


Voici un petit historique des premières gares du Québec Central, situées entre Sherbrooke et Lac Weedon (Saint-Gérard).

Newington (millage 1,3)

Ci-dessous: photo du premier pont de la Compagnie Québec Central sur la rivière Saint-François à Sherbrooke construit en 1874. Au loin, on voit la cheminée des installations de la compagnie servant à l'entretien des wagons et des locomotives. Photo prise en mars 1901. (LAMHS COLLECTION, P729-304)


La guerre de 1870 entre la France et l'Allemagne ruina le bétail et l'agriculture et entraîna ainsi une pénurie de denrées dans les pays d'Europe.

Un écossais du nom de J. Lawson Johnston, cherchant des sources d'approvisionnement pour remplir ses commandes négociées avec la France, arrêta son choix sur nos beaux Cantons. Il s'installa à Sherbrooke avec William Clark et Canadian Meat Packing CO., usine installée aux limites de la ville, près de la voie ferrée du Québec Central. Johnston baptisa ce site du nom de Newington, nom d'une banlieue située près de sa ville natale en Écosse. Le conseil de ville leur accorda un boni de 8 000 $ et une exemption de taxes de 20 ans. Cette industrie produira également le thé de bœuf, connu plus tard sous le nom de Bovril. C'est la première industrie du genre au Canada. La compagnie prospéra très rapidement au point de mettre en conserve, chaque semaine, des centaines d'animaux amenés là dans des wagons à bestiaux. Il est très probable que plusieurs de ces bêtes provenaient de Dudswell.

En 1876, le feu ravagea les installations de la compagnie. Malgré une aide financière de la ville de Sherbrooke, l'usine ne fut jamais reconstruite parce que l'on avait été incapable de trouver un procédé adéquat pour empêcher la viande de se gâter en chemin. Les terrains de la compagnie tombèrent dans les mains de la ville puis finalement dans celles de la Cie Québec Central qui y construisit un atelier pour l'entretien de ses locomotives et de ses wagons. Malheureusement, la crise économique de 1939 mettait fin à la vie de l'usine Newington. L'entretien de son matériel roulant fut déménagé à Montréal aux "Angus Shops".

En 1940, le Ministère de la Voirie provinciale acheta les installations pour y établir un camp d'internement pour les prisonniers allemands jusqu'en 1945. Au cours de sa première année d'existence, le camp de Sherbrooke reçoit près de 700 internés. La plupart d'entre eux sont des civils d'origine allemande et qui ne font pas partie du mouvement nazi. Comme on les considère comme sans danger pour la société, les autorités gouvernementales leur rendent la liberté en 1942. La majorité de ces individus retournent en Europe, mais quelques-uns vont choisir de demeurer au Canada où la guerre ne fait pas rage. Une seconde vague de détenus vient rapidement combler le vide laissé par le départ de ces hommes. Cette fois, par contre, on accueille de véritables prisonniers de guerre, pour la plupart marins, marchands et officiers. «Ils ont de 20 à 40 ans et sont tous des nazis fanatiques».

Ascot Corner (millage 9,5)

Érigée en 1874, la gare d'Ascot Corner était située près de la traverse à niveau de la route menant à Stoke. Gare dite secondaire, ce bâtiment de deux étages abritait le logement du chef de gare, comme c'était la coutume à l'époque. Elle fut vendue par le CP vers 1969 et déménagée près de son site d'origine afin d'être convertie en résidence privée. Vers 1980, le bâtiment fut complètement détruit par un incendie.

Westbury (millage 16,94)

En 1874, les lots 13, 14 et 15 des rangs II et III du canton de Westbury furent achetés pour la construction du chemin de fer "Sherbrooke, Eastern Townships and Kennebec Railway" (Québec Central).

L'avènement du chemin de fer contribua grandement au développement et à la colonisation du canton de West­bury. En plus de transporter les colons, les trains ame­naient près des centres de colonisation, les animaux (en particulier, des chevaux venant de l'Ouest canadien), les instruments agricoles, le courrier et les effets divers.

À un endroit où le chemin de fer et le chemin Gosford (connu à l'époque comme le Chemin de Dudswell) au nord de la rivière Saint-François, le Québec Central aménagea des installations où le train pouvait s'arrêter, charger et décharger les marchandises, le courrier et les passagers. Aucune gare ne fut construite à cet endroit. Plus tard, la plupart de ces opérations furent transférées au nouveau village d'East Angus.

East Angus

Suivant les plans standards du Québec Central, une première gare est construite sur le site actuel de la gare d'East Angus en 1882 afin de desservir la population du canton de Westbury. Elle va contribuer à l'établissement de la William Angus Co., une usine de pâtes et papiers qui prendra rapidement de l'expansion et permettra éventuellement l'émergence d'East Angus (1882).

Déménagée en 1915 afin de servir de résidence au chef de gare, elle est remplacée par une gare plus moderne construite « en blocs de ciment moulé auxquels on a mélangé une ressource typique de la région, l'amiante » très utilisée à l'époque. 85% de l'amiante utilisée dans le monde était transportée par le Québec Central.

Elle comprend alors « deux salles d'attente, une pour le public en général et une pour les dames, un bureau et un logement pour le chef de gare ». Depuis, le recouvrement d'amiante a disparu et la gare a subi de nombreuses autres modifications. Néanmoins, en 1991, elle a été désignée gare ferroviaire patrimoniale et est devenue en juillet 2002 « un centre d'interprétation sur l'industrie du papier et sur l'influence du train dans le développement régional ».


Barrage de Westbury (millage 19,5)

En 1927, Sherbrooke, la reine des Cantons de l'Est, décide d'exploiter le potentiel hydro-électrique de cette section de la Saint-François. Depuis plusieurs années, Hydro-Sherbrooke alimente sa ville et la région immédiate avec la puissance de la centrale de Rock Forest et celle de Weedon acquise en 1917 et améliorée en 1920.

La demande étant de plus en plus forte, la compagnie décide de construire un nouveau barrage sur la rivière Saint-François, cela beaucoup plus près, c'est-à-dire au bassin de Westbury, au bout du chemin du Bassin Nord. Pour acheminer l'énergie nouvelle vers Sherbrooke, elle se servira de la ligne à 49 Kv, Sherbrooke-Weedon, déjà en service depuis 1920. Évidemment, pour amener son personnel, les matériaux et la machinerie sur le site de la nouvelle centrale, elle profite de la voie ferrée qui passe à proximité. Afin de bien servir ce client inattendu, le Québec Central y construit un entrepôt et aussi une voie d'évitement. Il n'y eut jamais de gare comme telle.

C'est après deux années de travaux, soit le 29 septembre 1929, que l'évêque de Sherbrooke, Mgr Gagnon, se rendit sur les lieux, à bord d'un train spécial, pour bénir la nouvelle centrale. Cette dernière est toujours opérationnelle après 82 ans de service.

Petit fait cocasse: la seule maison du bassin de Westbury alimentée par l'électricité du barrage, est celle des employés responsables de l'opération et de l'entretien des installations. Ce n'est qu'à la fin des années 30, que le canton de Westbury sera finalement alimenté en électricité par la Southern Canada Power de Shawinigan.

(À suivre)


  A LIRE AUSSI ...

Le Velenosi Il Brecciarolo Rosso Piceno Superiore

Vendredi 5 juin 2026
Le Velenosi Il Brecciarolo Rosso Piceno Superiore
Comment se tenir au courant des événements locaux dans la région de l'Estrie

Mardi 19 mai 2026
Comment se tenir au courant des événements locaux dans la région de l'Estrie
Trois millions de dollars pour le Centre 24-Juin à Sherbrooke

Mercredi 20 mai 2026
Trois millions de dollars pour le Centre 24-Juin à Sherbrooke
NOS RECOMMANDATIONS
Les câlins souverainistes

Mercredi 3 juin 2026
Les câlins souverainistes
Sherbrooke t’en bouche un coin : entrevue avec le chef Simon Proulx

Mardi 2 juin 2026
Sherbrooke t’en bouche un coin : entrevue avec le chef Simon Proulx
MISE À JOUR Fraude de 10 000 $ : suspect recherché

Jeudi 4 juin 2026
MISE À JOUR Fraude de 10 000 $ : suspect recherché
PLUS... | CONSULTEZ LA SECTION COMPLÈTE...

 
Daniel Nadeau
Mercredi, 10 juin 2026
Des libéraux requinqués

François Fouquet
Lundi, 8 juin 2026
L’urgence, la résistance et Félix Leclerc

Chat GPT, Le sommelier du journal Estrieplus
Vendredi, 5 juin 2026
Le Velenosi Il Brecciarolo Rosso Piceno Superiore

Sherbrooke t’en bouche un coin : entrevue avec le chef Simon Proulx Par Martin Bossé Mardi, 2 juin 2026
Sherbrooke t’en bouche un coin : entrevue avec le chef Simon Proulx
Les câlins souverainistes Par Daniel Nadeau Mercredi, 3 juin 2026
Les câlins souverainistes
Été 2026 : « Magog s’anime ! » Par Martin Bossé Vendredi, 5 juin 2026
Été 2026 : « Magog s’anime ! »
Intervention policière à l’école La Ruche de Magog Par Martin Bossé Mercredi, 3 juin 2026
Intervention policière à l’école La Ruche de Magog
Austin : tensions autour d’un déboisement massif Par Martin Bossé Mercredi, 3 juin 2026
Austin : tensions autour d’un déboisement massif
Autoroute 10 à Sherbrooke : un conducteur roulait à 218 km/h Par Martin Bossé Lundi, 8 juin 2026
Autoroute 10 à Sherbrooke : un conducteur roulait à 218 km/h
ACHETEZ EstriePlus.com
bannières | concours | répertoire web | publireportage | texte de référencement | site web | vidéos | chroniqueur vedette
2026 © EstriePlus.com, tous droits réservés | Contactez-nous