par Gilles Larivière
Pluie d'oiseaux morts et sizerins flammés bien en vie
Avant de jeter un regard sur le sizerin flammé, il convient de revenir sur le phénomène troublant qui s'est produit durant les premiers jours de la nouvelle année 2011 : la pluie d'oiseaux morts en Arkansas.
Si vous avez suivi les actualités du début janvier, vous avez sûrement entendu parler de cet événement quelque peu surréaliste qui s'est produit au même moment que la mort d'une multitude de poissons, à quelques centaines de kilomètres de distance. Les jours suivants, on faisait part de la mort d'oiseaux en Louisiane, au Kentucky et même en Suède, mais à une échelle réduite. Par la suite, un résidant de Saint-Augustin, dans la région de Québec, signalait les décès successifs d'au moins 80 pigeons autour de ses bâtiments agricoles. Ces incidents nous suggèrent le pire : une épidémie de grippe aviaire, le virus du Nil, une mystérieuse maladie, sans oublier les possibilités de catastrophes écologiques causées par l'activité humaine. Les médias proposent des hypothèses comme: une violente tempête en haute altitude ou la peur causée par les feux d'artifices des célébrations du Nouvel An.
Le monde aviaire semblait mal commencer l'année; mais rien ne prouve que ces événements aient un lien. Pierre Gingras (écologiste, ornithologue, chroniqueur à La Presse et Radio-Canada), soutient que les morts massives d'oiseaux sont assez courantes chez les espèces grégaires qui se rassemblent en grand nombre. Hors, les espèces touchées en Arkansas, en majorité des carouges à épaulettes ainsi que quelques quiscales et étourneaux sansonnets, sont parmi celles qui se tiennent en groupes importants. Se basant sur l'opinion du responsable du Laboratoire d'ornithologie de l'Université Cornell, M. Gingras pense qu'il ne serait donc pas étonnant que ces 2 000 à 5 000 oiseaux aient été victimes du mauvais temps. Il rapporte même que durant les deux dernières décennies, on a observé des hécatombes qui ont fait jusqu'à 200 000 victimes.
En ce qui concerne les décès de pigeons de la région du Québec, on n'exclut pas un acte criminel visant à éliminer une espèce que plusieurs considèrent comme nuisible. En date du 12 janvier, on attend les analyses de laboratoires effectuées sur les oiseaux de l'Arkansas et on ne saura peut-être jamais si les autres événements sont reliés. J'attends qu'on me rassure. Hanté par le mystère, je serai à l'affût de nouveaux développements.
Heureusement, la passion de l'ornithologie procure aussi de l'exaltation et du plaisir. Après la visite furtive d'un couple de cardinaux rouges et de gros becs errants, les sizerins flammés qui fréquentent assidûment mes mangeoires, ont bien mérité que je m'intéresse à eux. J'ai remarqué leur présence à la fin de décembre. Ils étaient une dizaine à vider systématiquement la mangeoire de graines de chardon. Petits, les ailes et le dos brun grisâtre, j'ai cru d'abord que c'étaient des chardonnerets jaunes en plumage hivernal ou encore les tarins des pins qui ont l'habitude d'apparaître à cette période. Mais à la lunette d'approche, j'ai pu voir la petite tache frontale rouge qui leur vaut le nom sizerin flammé.
Cet oiseau fait partie de la famille des fringillidés comme le tarin des pins, le chardonneret jaune et le canari. Il est présent dans tout l'hémisphère nord. Notre sizerin flammé passe l'été au nord, dans la toundra du Nouveau-Québec et descend vers nos régions durant l'hiver, à peu près tous les deux ans. Il se tient en groupe souvent très nombreux. Jusqu'à maintenant, ils sont une vingtaine à occuper les lieux; rien de comparable au 18 mars 2009, alors que plusieurs centaines se sont rués sur les graines de tournesol qui jonchaient le sol à la fonte des neiges. Ils sont très actifs et défendent ardemment leur nourriture. Par sa petite taille (13cm), son dos et ses ailes brun-gris, il est similaire au tarin des pins, mais la partie frontale de sa tête est ornée d'une tache rouge qui brille sous les rayons du soleil. Il a un petit bec conique jaune qui contraste avec son menton noir. Il a la poitrine gris clair, teintée de rose chez le mâle, et des stries brun foncé bordent ses flancs. Le chant du sizerin flammé est un mélange de trilles et de bourdonnements. Ses cris d'appel sont des tchit-tchit et un souyîît étiré. En observant bien les individus des groupes de sizerins, vous aurez peut-être la chance de voir un sizerin blanchâtre: une variété plus pâle qui origine du Groenland et des îles environnantes.
Lorsque les graines de fleurs sauvages et cultivées sont couvertes de neige, on aperçoit davantage les sizerins flammés aux mangeoires. Tant qu'ils y auront accès, on pourra les voir exercer des torsions sur les tiges séchées pour en détacher les graines qu'ils préfèrent consommer au sol. Lorsqu'ils ne trouvent pas la tranquillité pour se nourrir, ils emmagasinent les graines dans une poche ventrale pour aller les manger dans un lieu plus sûr. Leur régime alimentaire se compose surtout de bourgeons (de bouleaux, d'aulnes, de conifères), de graines de fleurs et de conifères, ainsi que d'insectes. Les sizerins flammés s'approchent sans crainte des habitations pour fréquenter les mangeoires bien fournies de graines de tournesols et de chardons.
À la fin d'avril ces oiseaux nous quitteront pour nicher dans les régions du nord. La couvée comportera 4 à 7 oeufs bleus ou vert pâle avec des taches foncées. Le nid de brindilles et d'herbes sera installé dans un arbuste ou sur le sol. L'éclosion aura lieu au bout d'une dizaine de jours, les deux parents nourriront les petits et les oisillons quitteront le nid deux semaines plus tard.
Espérant que les sizerins nous envahissent quelques jours avant leur migration et que cette année soit remplie d'agréables miroises, je termine en vous rappelant de préparer vos nichoirs, car il sera bientôt le temps de les installer.
larivigi@hotmail.com