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  LE PAPOTIN / Chroniques

Chronique histoire


15 décembre 2010
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Chronique histoire
par Jacques Robert

 

John Bishop fils, fondateur de Dudswell

Son père, John Bishop père, était l'arrière arrière-petit-fils de James Bishop, arrivé à Boston en 1634, fuyant vraisemblablement les persécutions de l'Église anglicane d'Angleterre. James Bishop était très impliqué dans la gouverne des colonies du Connecticut naissant et en particulier dans celle de New Haven. Il fut successivement, secrétaire des colonies, secrétaire à la cour, assistant juge, sergent dans la milice de New Haven et finalement lieutenant gouverneur du Connecticut de 1681 à 1683 et député-gouverneur de 1683 à 1691. En 1650, il épousa Mary Curtiss (Lewin).

John Bishop père est né à New Haven, Connecticut, le 31 décembre 1730. Il épousa Rachel Ruggles le 1er janvier 1751 et ils s'installèrent dans la région de New Milford, au Connecticut où ils élevèrent leurs 10 enfants, dont John Bishop fils, né le 27 février 1757. Il semble que John Bishop père servit de guide pour l'armée britannique pendant la guerre de Sept ans ou guerre de la conquête de la Nouvelle-France. Il connaissait donc très bien les sentiers indiens qui menaient vers le nord, donc vers Montréal, Québec et les Cantons de l'Est. Il effectua plusieurs voyages au Canada à la fin de la guerre dans le cadre des échanges de prisonniers. Beaucoup plus tard, en 1803, il vint à Dudswell visiter son fils Napthali et est décédé peu de temps après son retour à Monkton.

Lorsque les terres du Vermont furent ouvertes à la colonisation au début des années 1770, John Bishop père fut un des premiers colons à s'établir dans la région qui devint plus tard le conté d'Addison et plus précisément le village de Monkton. Dès le début, les terres du territoire du futur Vermont, nouvellement concédées, étaient revendiquées à la fois par la colonie de New York et celle du New Hampshire. Le gouverneur de ce dernier état avait le premier concédé, à son profit, 128 cantons (townships) à l'ouest de la rivière Connecticut. Le gouverneur de New York, voyant l'argent qu'il pourrait retirer de pareilles concessions revendiqua le Vermont et demanda au roi George III de le confirmer dans ses droits. Ce dernier, sans trop étudier le dossier, décréta le 20 juillet 1764 que toutes les terres à l'ouest de la rivière Connecticut devaient être remises sous l'autorité de l'État de New York et cela pour le bien des colons déjà établis.

Le gouverneur de New York décréta aussitôt que tous les propriétaires détenant une concession du New Hampshire étaient hors-la-loi et qu'ils devaient payer leurs terres, une 2e fois, à l'État de New York, c'est-à-dire à lui-même. Ceux qui étaient incapables de payer étaient tout simplement évincés de leur terre. Pour défendre leurs droits et leurs propriétés, les Vermontois formèrent une milice, les Green Mountain Boys. Cette milice, dont John Bishop père et son fils John Bishop faisaient partie, fut placée sous les ordres d'Ethan Allan, qui était propriétaire avec sa famille de 77 000 acres de terre. Il y eut des escarmouches entre les Green Mountain Boys et les deux états concessionnaires. La tête d'Ethan Allan fut mise à prix. Puis il y eut un début de négociations.

Lorsque la guerre d'Indépendance américaine éclata à la toute fin de 1774, le litige fut mis en veilleuse et cette milice fut intégrée à l'armée républicaine. Dès le printemps de 1775, le Colonel Benedict Arnorld fut chargé par le comité de sécurité du Massachusetts, de se mettre à la tête des Green Mountain Boys et d'attaquer les forts britanniques de Ticonderoga (l'ancien fort français connu sous le nom de Fort Carillon) et de Crown Point situés à l'ouest sur le lac Champlain. Sa rencontre avec Ethan Allan, à Castleton au début de mai 1775, fut très orageuse et ce dernier refusa catégoriquement de laisser ses Boys aller au combat sous les ordres d'un autre que lui. Benedict Arnold baissa pavillon et ce n'est qu'à titre d'observateur qu'il vit, tôt le matin du 10 mai 1775, Allan et ses 100 Green Mountain Boys s'emparer du fort Ticonderoga avec toutes les armes et munitions et cela sans aucune effusion de sang. Le fort Crown Point subit le même sort quelques heures plus tard. Allan et ses Boys, hier considérés comme des traîtres et des renégats, étaient devenus des héros.

Dès lors, les deux chefs furent une fois de plus à couteaux tirés, en partie à cause des tentatives renouvelées d'Arnold pour prendre seul le commandement et en partie à cause de ses efforts pour mettre fin au pillage de la part des hommes d'Allen. Exaspérées par toute cette affaire, les autorités du Massachusetts envoyèrent un comité dans la région, avec instructions de transmettre le commandement au colonel Benjamin Hinman et d'enquêter sur la compétence et la conduite d'Arnold. La réponse de ce dernier ne se fit pas attendre. Déclarant qu'il ne céderait le premier rang à quiconque et que les instructions du comité étaient une censure tout à fait ignoble contre lui-même et le corps d'armée qu'il commandait, il résigna sa commission le 24 juin et rentra au Massachusetts. Quelques semaines plus tard, il recruta quelques hommes, 1 200 environ, pour aller attaquer la ville de Québec par la rivière Kenebec et la rivière Chaudière. Toute une entreprise.

À l'automne de 1775, les Green Mountain Boys furent intégrés à l'armée du général Montgomery qui avait reçu l'ordre d'attaquer Montréal
pendant que Benedict Arnold attaquerait Québec. Le 25 septembre 1775, arrivé près de Montréal, Allan décida de passer seul, avec 80 Boys, à l'attaque d'un groupe de Britanniques et d'indiens postés à l'ouest de la ville. Cette fois, la chance n'était pas au rendez-vous. Treize de ses Boys furent tués et sa petite armée fut mise en déroute. Lui-même fut fait prisonnier et envoyé dans une geôle d'Angleterre. Trois ans plus tard, il sera ramené à New York et échangé le 6 mai 1778 contre un officier britannique. Entre-temps, l'armée américaine réussira à prendre Montréal à la fin de l'année 1775. Aussitôt, la plupart des Green Mountain Boys retournèrent au Vermont, leur engagement étant terminé. Le reste de l'armée américaine, après l'échec de la prise de la 14e colonie Britannique (Canada), sera de retour à Crown Point le 12 juillet 1776.

John Bishop fils participa-t-il à ces différentes campagnes? Il est très probable que oui. Mais des recherches plus poussées seraient nécessaires pour répondre avec certitude à cette question. Une chose est certaine, c'est qu'en novembre 1778, il est à Monkton lorsqu'une puissante armée formée de Britanniques, de Loyalistes, de Canadiens et d'Indiens attaque le comté d'Addison. La milice locale est battue et les fermes sont détruites et incendiées. Les animaux, veaux, vaches, cochons et chevaux sont tués. John Bishop fils, 21 ans, son père, son frère Timothy, 17 ans, leur voisin Ebenezer Stearns et 34 autres hommes et garçons sont faits prisonniers et amenés au Canada. Ils seront jetés en prison le 6 décembre 1778 à leur arrivée à Québec .

Lors de cette attaque, Rachel Ruggle, mère de John Bishop fils, défendit furieusement sa cabane. En effet, alors qu'un groupe d'Indiens s'apprêtait à la brûler, elle leur lança un baquet d'eau bouillante à la figure. Devant cette furie, ils détalèrent à toutes jambes, non pas parce qu'ils eurent peur, mais bien parce qu'ils avaient affaire à une femme courageuse. Selon la loi des Amérindiens, le courage d'une personne était sacré et gagnait ainsi le droit de vivre.

Rachel Ruggle et son fils Elijah, préparèrent le reste de la famille à passer l'hiver le plus long et le plus dur qu'ils auront sans nul doute jamais connu. Elijah, âgé de 15 ans, avait évité d'être amené comme prisonnier en simulant une infirmité à une jambe. Il aida à nourrir sa famille pendant tout l'hiver en chassant avec un vieux fusil qu'il avait réussi à dissimuler à l'envahisseur. Au printemps, Rachel ramena sa famille à Castleton où ils demeurèrent jusqu'au retour des hommes, à la fin des hostilités. Pendant tout ce temps, elle aurait été cuisinière au Fort Ann.

À Québec, durant le même hiver, plusieurs prisonniers moururent des suites de mauvais traitements, de la nourriture trop souvent insuffisante et de mauvaise qualité et du climat humide et froid des infâmes prisons de Québec. Au printemps suivant, plusieurs prisonniers s'évadèrent. Certains réussirent à rejoindre la Nouvelle-Angleterre après mille misères mais la plupart furent repris ou moururent dans leur fuite.

Les Bishop semblent s'être résignés à leur sort car ils survécurent, sauf Timothy qui mourut, peu de temps après son retour au Vermont, semble-t-il, des suites de mauvaises conditions de détentions.

John Bishop fils, avait décidé de profiter de son séjour forcé pour améliorer au maximum ses connaissances du milieu afin de pouvoir affronter plus facilement les dangers que sa situation lui faisait courir à lui, à son père et à son frère. Il eut une bonne conduite et sa collaboration avec les autorités de la prison lui valut de se faire des amis et d'obtenir ainsi quelques faveurs particulières. Par exemple, on lui donna accès à des livres et il fut en mesure de parfaire son éducation. De plus, il fut aidé dans l'étude des mathématiques pour lesquelles il avait un goût particulier. Il entreprit d'étudier les sciences de l'arpentage et décida d'embrasser la profession d'arpenteur probablement sur les conseils de ses "amis" britanniques. Sa bonne conduite fit probablement en sorte que les conditions de détention de son père et de son frère furent légèrement améliorées.

Après la signature du Traité de Paris le 3 septembre 1783, traité qui mettait fin à la guerre d'Indépendance américaine, John Bishop fils, son père et son frère Timothy ainsi que leur voisin Ebenezer Stearns furent échangés comme prisonniers à Whitehall, New York à la fin de la même année. Après cinq longues années d'internement, ils furent accueillis en héros, retrouvèrent leurs familles à Castleton et repartirent aussitôt pour le comté d'Addison au Vermont, terre dévastée par la guerre ...

 

Sur ce monument, situé au coin des routes 112 et 255, on peut y lire:
TO COMMEMORATE THE
SETTLEMENT OF DUDSWELL
BY JOHN BISHOP
AND OTHERS IN 1800
ERECTED AD 1900
Sur le socle du bas est inscrit:
22-07-2000
WE REMEMBER
NOUS NOUS SOUVENONS


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