Chronique oiseau
par Gilles Larivière
Le geai bleu
L'oiseau qui fait l'objet de cette chronique, possède une réputation plutôt mitigée. Souvent admiré, il est aussi détesté. Il est beau et utile à certains points de vue, mais c'est un volatile agressif et souvent criard. Abondant à l'est de l'Amérique du Nord, du sud du Canada jusqu'au Golfe du Mexique, le geai bleu est un sujet incontournable. Comme il est possible de trouver des geais bleus en toutes saisons, il est assez facile de les observer.
Le geai bleu fait partie de la famille des corvidés qui comprend, entre autres, les pies et les corneilles. On le retrouve dans les endroits où poussent de grands arbres: en forêt, aussi bien que dans les parcs urbains et les banlieues. Le geai bleu est un superbe oiseau d'environ 30cm de long. Le dessus du corps bleu, sa queue ainsi que ses ailes bleues tachetées de noir et de blanc rendent son identification facile. Sa tête est ornée d'une huppe qu'il hérisse au gré de ses humeurs. Il la relève dès que son attention est sollicitée ou qu'il se sent menacé. Il est difficile de différencier le mâle de la femelle, sauf en période de nidification, alors que la femelle a une plaque nue sur le ventre pour que les œufs entrent en contact direct avec la chaleur de cette surface irriguée par de nombreux petits vaisseaux sanguins. Cette plaque est appelée incubatrice. Les juvéniles sont de couleur plus terne et ont une silhouette moins élancée. On a remarqué, sans vraiment comprendre pourquoi, que ces jeunes oiseaux ont tendance à amasser les petits objets colorés et métalliques qu'ils trouvent.
Le geai bleu est omnivore. Il est autant végétarien que carnivore. Son régime alimentaire se compose de glands, de noix, de fruits, d'insectes et, malheureusement, d'œufs et de poussins des autres espèces. Il fréquente tous les types de mangeoires, mais préfère celles à plateau. Il adore les arachides et le beurre d'arachide. S'il trouve de la nourriture à son goût, le geai bleu n'hésitera pas à chasser les autres oiseaux pour inviter ses congénères au festin. Ils seront plus nombreux en hiver, car ils se regroupent en plus grandes bandes. Par contre, si vous souhaitez les garder dans votre environnement, il faudra les observer discrètement à distance, car ils sont méfiants. Le geai bleu a l'habitude de faire des provisions de nourriture en cachant des graines de tournesol, des noix et des glands en les enfouissant dans le sol. Comme sa méthode est assez aléatoire, il ne retrouvera pas tout ce qu'il a caché. Il devient ainsi un planteur d'arbres.
Le geai bleu est très bavard et même criard à l'occasion, sauf en période de nidification où il devient très prudent. Sa voix est très variée. Il émet un djéé djéé dissonant et retentissant comme cri d'alarme. On entend à une bonne distance son toucloul fluté et liquide qu'il produit régulièrement. Il a, semble-t-il, un chant plus doux et mélodieux en période d'accouplement. Cet oiseau est aussi un bon imitateur. Il imite à merveille le cri de rapaces comme les buses et les éperviers.
La période d'accouplement des geais bleus, commence dès le mois de février. On comprend pourquoi on les voit si actifs durant l'hiver. Ces oiseaux forment un couple pour la vie. Un bon engagement, si on considère qu'ils vivent jusqu'à 18 ans. Durant la saison des amours, on verra les célibataires se rassembler en petits groupes où il n'y aurait qu'une femelle, selon certains ornithologues. Celle-ci choisirait son partenaire de vie parmi les jeunes mâles qui devront parader devant elle en émettant des cris. Les deux partenaires bâtiront le nid ensemble dans un arbre ou un grand arbuste. L'assemblage de brindilles, d'écorces, de feuilles, d'herbes et d'autres végétaux sera construit, sur une branche près du tronc. La construction qui a la forme d'une coupe ouverte sera finie avec de la boue, tapissée de fines radicelles et de plumes. Le mâle nourrira la femelle pendant qu'elle couvera ses trois à six œufs. De temps à autre, il prendra la relève. Les deux parents nourriront leurs petits qui les suivront durant un mois ou deux après avoir quitté le nid. Les geais bleus détestent les rapaces. En période de reproduction cette aversion innée se manifeste doublement. Ils harcèleront les buses, les hiboux et les grands rapaces en criant et en les pourchassant. Ils n'hésiteront pas à foncer sur nous, si nous approchons trop près de leur nid.
Voilà qui résume les particularités importantes de cet oiseau. Je termine sur cette affirmation contradictoire: les geais bleus ne sont pas bleus. Selon les Carnets d'histoire naturelle du musée canadien de la nature, les pigments bleus n'existent pas dans le plumage des oiseaux. Le bleu que l'œil perçoit, est le reflet de la lumière réfléchie par des structures internes des plumes. À contre jour, étant donné que la lumière ne frappe pas directement l'oiseau, son plumage apparaît plutôt brunâtre.
Bonne miroise, pour les jours propices à l'observation des oiseaux que nous amène l'hiver.
larivigi@hotmail.com