Observations printanières: carpe diem
Lorsqu'on parle du loisir ornithologique, la locution latine Carpe diem (saisir le moment présent) est vraiment de mise. On a beau attendre la venue d'espèces spécifiques, il arrive bien souvent qu'on soit déçu. Je constate de plus en plus que dans le domaine de l'observation des oiseaux, il faut profiter de la conjoncture qui nous permet de découvrir la nature sous un angle nouveau. Ces derniers temps, j'ai opté pour cette approche. C'est ainsi que cette chronique vous fera part de quelques unes de mes observations printanières.
Il n'est pas nécessaire d'aller bien loin pour retrouver des oiseaux particuliers. Les observations dont je vais vous parler ont été faites autour de la maison et en face, de l'autre côté de la rue Principale, sur l'étang qui a pris vie depuis la réfection du barrage du coin des Érables dans le secteur Marbleton. Jusqu'à maintenant, je ne m'étais pas beaucoup intéressé aux canards, mais un beau matin d'avril, j'ai aperçu quelques spécimens que je n'avais jamais vus. Certains étaient noirs, avec une tête plutôt imposante ornée d'une tache blanche très distincte de chaque côté. L'examen à la lunette d'approche, m'a permis de voir une couleur brun roux sur les flancs. À l'aide de mes différents guides, j'ai vite identifié l'espèce: des harles couronnés mâles. C'est un canard de petite taille avec une huppe qu'il déploie parfois en éventail. C'est ce qui lui donne une tête imposante qui contraste avec le reste de son corps et son bec mince. Les oiseaux qui les accompagnaient, étaient des femelles dont les couleurs sont plus sombres et ne possédant pas de taches blanches. La voix du harle est composée de grognements et de croassements semblables à ceux d'une grenouille. C'est un migrateur qui passe l'hiver jusqu'au nord du Mexique. Son régime alimentaire est carnivore. On le voit souvent plonger sous l'eau pour attraper des petits poissons, des grenouilles, des crustacés, des mollusques et des insectes aquatiques. Dès que j'ai vu ces oiseaux, je me suis mis en quête de les photographier pour partager cette rencontre intéressante avec vous, mais j'ai vite constaté que la tâche ne serait pas facile. D'abord, parce que mon appareil photo n'est pas doté d'un objectif assez puissant. Ensuite, parce que les harles couronnés sont très farouches. J'ai essayé de les approcher à plusieurs reprises, mais à chaque fois, ils s'éloignaient au plus profond de l'étang ou s'engageaient parmi les joncs dans le ruisseau, quand ils ne s'envolaient pas tout simplement. Mon safari a duré plus d'une semaine sans donner de bons résultats. Les images produites ne correspondaient pas aux critères d'un bon document visuel : vue rapprochée du sujet, netteté des détails et éclairage adéquat. Je vous ai donc fait un dessin à titre de référence. 
En revanche, j'ai réussi à saisir l'image d'un couple de canards colvert (mallard en anglais). Plus gros que le harle couronné, le canard colvert est le plus commun au Québec. C'est un oiseau peu craintif et facile à apprivoiser. Il faut toutefois s'abstenir de le nourrir, pour éviter de contaminer nos plans d'eau de ses matières fécales. Le mâle en plumage nuptial est remarquable. Il a une tête d'un vert chatoyant qui contraste avec son bec jaune et son corps pâle. Son cri, un timide grincement, est moins spectaculaire. La femelle pour sa part est brune, mais son bec et ses pattes sont oranges. Par contre, elle claironne son coin-coin-coin familier avec fierté. On la verra bientôt parader en tête du cortège qu'elle formera avec ses canetons.
Ma dernière observation s'est produite, tout près de la maison, où j'ai aperçu un groupe de visiteurs qui s'affairaient à se gaver des graines tombées des mangeoires. À l'occasion, ils allaient se percher dans le lilas auquel sont accrochées les mangeoires ou allaient se cacher dans les spirées. De la taille d'un junco ardoisé, ils arboraient une calotte à 3 raies blanches séparées de noir. Le reste du corps était plutôt brun grisâtre, tandis que la poitrine était grise. Pas de doute, c'étaient des bruants à couronne blanche. La seule espèce qui lui ressemble, est le bruant à gorge blanche, mais ce dernier possède une tache jaune près du bec, une tache blanche sur la gorge et des ailes plus brunes. Au moment où vous lirez cette chronique, les bruants à couronne blanche ne seront probablement plus là, car ils préfèrent nidifier au nord, dans la taïga (bande forêt de conifères). Voilà l'exemple éloquent d'un moment fugitif qu'il faut saisir dans la pratique de la miroise.
Pour terminer, j'aimerais faire une correction à propos de ma dernière chronique. Dans l'énumération des espèces que j'ai observées l'hiver dernier, j'ai mentionné le roselin familier. Cet oiseau, quoique de plus en plus observé chez nous, part en migration durant l'hiver. Il serait très étonnant que j'ai pu en voir à cette période de l'année. C'est plutôt le roselin pourpré que j'ai observé. Il est d'ailleurs plus coloré. Merci à Madame Louise Corbeil, une fidèle lectrice, de m'avoir mis la puce à l'oreille. Bonne observation.
larivigi@hotmail.com