A l'heure où stagne dans la grisaille l'industrie forestière, l'entreprise Bois Ditton réussit à tirer habilement leur épingle du jeu en développant un créneau spécialisé. «Chez Bois Ditton de La Patrie, le bois pré-huilé et celui torréfié nous font démarquer de la concurrence», affirme Philippe Pilon, directeur du magasin et de la salle d'exposition. Il ajoute: «Écologiques, faciles d'entretien et surtout durables, les bois traités aux huiles naturelles et ceux torréfiés conjuguent belle apparence et prestige. C'est notre spécialité. C'est ce qui nous démarque d'autres usines de transformation du bois».
Rencontré dans le vaste magasin d'exposition de l'entreprise, M. Pilon explique les étapes qui mènent à leurs produits finis. L'usine achète sous forme de planches brutes les 10 essences d'arbre qui seront utilisées en fonction de la demande. Une gamme de 13 teintes d'huile vont leur conférer charme et chaleur. Ou encore, la torréfaction, autre spécialité assure, en plus de l'esthétique, une stabilité exceptionnelle des matériaux ainsi traités. Ces pins, mélèzes, érables, chênes et autres proviennent du Québec, du Nouveau-Brunswick. Celui qui arrive des États-Unis est scié dans notre province pour éviter d'avoir à faire avec les douanes. De plus, les entreprises Bois Ditton contribuent à faire tourner les scieries locales.
À l'usine, les planches brutes sont façonnées aux dimensions requises, aplanies, moulurées, bouvetées en fonction de l'usage. Que ce soit des matériaux de revêtements extérieurs, lambris, moulure, marches d'escalier, etc., ces produits subissent au choix une dernière transformation. Certains passeront par le traitement aux huiles colorées. D'autres seront expédiées vers un entrepreneur spécialisé qui va torréfier le bois, comme on le fait pour le café.
«Torréfier le bois, c'est lui retirer toute son eau lors d'un traitement de chauffe à quelque 250 °C, sans oxygène, pendant environ 12 heures», explique M. Pilon. «À l'usine, on le fait sécher à 6° d'humidité et on l'expédie chez le sous-traitant qui en réduit le taux à un seul degré», ajoute-t-il. Ce bois va rester stable parce qu'il ne réagira plus aux contraintes d'humidité normale. Il est utilisé dans les salles de bain, sur des dalles de béton radiant principalement. Autre avantage de la torréfaction, c'est qu'on peut en faire des planches jusqu'à 5 pouces de largeur, et en moyenne, 6 pieds de long ce qui est bien différent des planchers habituels. À la salle de démonstration, on en voit beaucoup qui ont 8 pieds.
«On est habitué de voir des planchers de bois franc faits avec de courtes planches. De plus, elles sont étroites parce que l'humidité, même faible qu'elles contiennent, les font travailler selon les taux saisonniers dans la maison. Ça nuit beaucoup à l'apparence. Le bois torréfié ne bougera pas, parce qu'il est comme cuit. La torréfaction colore aussi les planches», complète M. Pilon.
Le préhuilage constitue un autre traitement qui démarque les Bois Ditton. Après être sortis façonnés, selon les besoins du marché, les planches, clins, lambris, etc., sont enduits d'huiles naturelles à base, entre autres de lin, tournesol, tung. Ils sont polis jusqu'à saturation du bois. Une fois séché, ce produit aux tons riches et variés s'entretient comme un charme et possède un fini durable. Au bout de quelques années, certains endroits très fréquentés sont usés! Qu'à cela ne tienne, un léger ajout d'huile et un simple polissage redonnent aux planchers leur apparence première.
Julie Gosselin, épouse de Philippe, participe activement aux tâches de l'entreprise. Avocate de profession, elle voit à l'administration, l'organisation de la boutique, l'aspect juridique et aux ressources humaines. D'ailleurs, à ce sujet, Mme Pilon, dans le cadre d'un programme d'insertion au travail, venait d'embaucher un jeune homme dont elle supervisait la formation. En tout, 29 employés, dont 6 au magasin, travaillent à produire les matériaux finis qui font l'orgueil de l'entreprise.
À peine arrivé du Salon Habitat Ville et Banlieue, qui se tenait au Stade olympique, Philippe Pilon, directeur du magasin des Bois Ditton, se préparait pour l'exposition de Victoriaville, sa 5e depuis le 20 janvier. Il lui reste encore à planifier celle de Repentigny qui clora le circuit. «La réponse de la clientèle est excellente, malgré ces temps où l'économie tarde à se redresser. Mais notre spécificité est gage d'avenir», conclut-il.
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Philippe Pilon et sa conjointe Julie Gosselin posent devant une partie des modèles de planches préhuilées et de bois torréfié qu'ils offrent à leur clientèle.