par Pierre HÉBERT
Sylvie Custeau, étudiante au Centre de services éducatifs populaires (CSEP), et Lucie Bergeron, ancienne étudiante et membre du conseil d'administration de l'organisme, partagent quelque chose en commun. Outre le fait de savoir lire, elles ont acquis beaucoup plus que des connaissances de base, elles ont appris à avoir confiance en elles, à développer l'estime de soi et être mieux outillées pour aller de l'avant.
Si elles manquaient de confiance au moment de mettre les pieds dans le local du CSEP, il en est autrement aujourd'hui. En entrevue, ces femmes ont un discours cohérent, bien articulé et déterminé dans leurs affirmations. L'hésitation ne semble plus faire partie de leur vocabulaire et elles dégagent, dans leur façon d'être, un quelque chose qui ne laisse pas indifférent.
Arrivée l'année dernière au sein du groupe et toujours en formation, Lucie Custeau admet sans détour «je suis ici pour apprendre à lire et à écrire. Ce que j'ai apprécié, quand je suis arrivée, c'est qu'il n'y a pas de jugement. Personne ne va rire de toi et les autres s'entraident». Lucie Bergeron, qui a fait appel aux services de l'organisme pour améliorer notamment sa lecture, dans le but d'aider ses enfants aux devoirs, s'est laissée prendre par le goût du savoir à un point tel qu'elle a poursuivi sa formation jusqu'à compléter son cinquième secondaire à l'éducation des adultes. L'expérience du CSEP a joué un rôle important dans la vie de Mme Bergeron. Celle qui a suivi la formation, il y a maintenant 17 ans, a toujours gardé un lien avec l'organisme, même qu'elle fait partie du conseil d'administration du CSEP.
Mme Bergeron surveille de près ce qui se passe au CSEP et ne se gêne pas pour suivre des formations ponctuelles au besoin. «Je vais commencer un cours d'initiation à l'informatique; j'ai hâte», de lancer avec enthousiasme la mère de quatre enfants.
Confiance
Le fait de savoir lire apporte une grande liberté, estiment nos participantes. Mme Custeau raconte les différentes difficultés rencontrées lorsqu'elle allait au restaurant et ne pouvait lire le menu. Pour s'en sauver, elle raconte qu'elle disait «je vais prendre la même chose que toi» et se retrouvait à l'occasion avec de méchantes surprises. Lorsque je prenais la route, on me disait surveille les indications et sort à tel endroit. Je demandais le numéro de sortie parce que je ne pouvais pas lire le panneau». «C'est gênant au début, de dire aux autres que tu n'es pas capable de lire», de lancer Mme Custeau. De son côté, Mme Bergeron mentionne comment elle se tenait discrète particulièrement lors de réunions de famille se croyant, à tort, moins brillante que les autres parce qu'elle éprouvait de la difficulté à lire et comprendre ce qu'ils disaient.
Cheminement
Bien que l'atmosphère de travail soit agréable, que les participants soient tous traités équitablement, il n'en demeure pas moins qu'il faut y mettre l'effort. Âgée de 48 ans, Mme Custeau avoue «j'ai trouvé ça dur les premières fois. On finissait à 3 h 30 et quand j'arrivais chez moi, j'avais le goût de me coucher. Mme Bergeron admet «j'étais très agressive quand je ne réussissais pas». Mais toutes deux se regardent d'un regard complice et mentionnent que le résultat vaut largement l'effort.
Édith Cournoyer et Robert Cyr mentionnent avoir volontairement mis de leurs valeurs dans le cadre de formation, c'est-à-dire, le respect de l'autre, la politesse, l'entraide et autres. «Lorsque les gens se présentent ici, nous savons qu'ils vivent une détresse et on les rencontre immédiatement. Ici, il n'y a pas de secrétariat. Lorsqu'on entre, on est directement dans la classe et on voit comment ça se passe», d'expliquer Mme Cournoyer.
Lorsque les gens se présentent, les intervenants font une entrevue afin de déterminer le niveau du participant et préparent une formation sur mesure. Le processus d'apprentissage s'effectue sous différentes formes, en groupe, par exemple lors d'une dictée qui fera suite à un échange dans le cadre de la correction, de travaux en sous-groupes selon les niveaux et individuellement sur des projets plus personnels. Les participants travailleront même avec les ordinateurs pour l'écriture et le calcul. La formation s'étale sur un horaire de 18 heures semaine et peut durer sur une période de six à 24 mois selon les participants, explique l'intervenante. Outre l'acquisition de compétences de base, Mme Cournoyer et M. Cyr mentionnent qu'au terme de la formation, les participants auront développé un raisonnement, un sens critique et la capacité de travailler en équipe. «La formation stimule les gens à se poser des questions et à se faire confiance».
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À l'avant de gauche à droite, Sylvie Custeau et Lucie Bergeron. À l'arrière, Édith Cournoyer et Robert Cyr.