par Pierre HÉBERT
Le Centre de services éducatifs populaires du Haut-Saint-François (CSEP) célébrera bientôt son 25e anniversaire. Un quart de siècle à oeuvrer auprès d'une clientèle pour le moins discrète, pour ne pas dire effacée. Éprouver de la difficulté à lire, écrire et même compter ne sont pas des choses dont on se vante habituellement. Robert Cyr, fondateur de l'organisme, Édith Cournoyer et les membres de l'équipe travaillent quotidiennement à inculquer des notions de base qui donnent le goût à la clientèle d'aller plus loin et développer une confiance en son potentiel personnel.
Il fallait être convaincu, il y a maintenant 25 ans, de croire qu'il serait possible de mettre sur pied un service d'éducation populaire susceptible d'aider les gens de tout âge à réapprendre, pour ainsi dire, à lire, à écrire, à compter et de pouvoir en vivre. «Ouf, ce n'était pas facile. Ç'a été vraiment dur», de soupirer d'un regard complice, Robert Cyr et Édith Cournoyer. Originaire de Montréal, Robert Cyr avait travaillé à Sherbrooke. «Je ne voulais pas retourner à Sherbrooke. Je cherchais un projet de société et j'avais lu sur l'alphabétisation. J'avais le goût de voir ce qu'on pouvait faire. J'ai rencontré Daniel Hains, travailleur communautaire au CLSC. Il a cru en moi et j'ai commencé un projet de recherche sur la valorisation Alpha. Je voulais voir le profil et les besoins des gens et quelle sorte d'intervention serait souhaitée. Le projet de recherche m'avait interpellé et je me disais: il faut être capable d'offrir quelque chose. Ça m'avait bouleversé de voir les problèmes rencontrés par la clientèle concernée».
Traversée du désert
À partir de ce moment, Robert Cyr et Édith Cournoyer ont entrepris la traversée du désert pour rejoindre et convaincre les gens de participer au programme d'alphabétisation. «On mettait des affiches, parlait à notre réseau de connaissances; on a même fait du porte-à-porte, mais en milieu rural, ce n'est pas évident parce que tout le monde se connaît». Dépourvus de local, nos missionnaires de l'alphabétisation s'installaient où on voulait bien leur procurer un espace. «Ce n'était pas facile, il fallait traîner un tableau, des dictionnaires, tout le matériel. On allait même chercher des gens chez eux», d'exprimer en soupirant Mme Cournoyer. «On se faisait prêter des locaux que ce soit à l'école Cookshire Elementary School, par les Chevaliers de Colomb, le Centre culturel d'East Angus et un peu plus tard par la Polyvalente Louis-St-Laurent».
«Tout était à faire. On était précurseurs. On apprenait et développait des outils. On ne se posait pas de questions; on sentait qu'il y avait un besoin». Nos apôtres prenaient les moyens pour satisfaire la demande et oeuvraient par conviction. Ils se rappellent d'avoir même contracté des prêts personnels afin de poursuivre la formation en attendant que soit versée la subvention annoncée par le gouvernement.
Reconnu en 1984 par le ministère comme groupe d'alphabétisation, l'organisme pouvait dès lors compter sur une aide financière du gouvernement, modeste, mais récurrente. Au fil du temps, l'organisme a fait ses classes, développé des ententes à l'époque avec la Commission scolaire de Sherbrooke et autres intervenants. Le CSEP a également développé différents programmes que ce soit l'alpha familial, l'aide aux devoirs et leçons, l'écriture simple, le réseau d'échanges des connaissances. «Tout ça va dans la démarche éducative populaire de donner aux citoyens afin qu'ils puissent avoir une meilleure emprise sur leur vie. On a développé des outils», de mentionner les intervenants.
Le développement et la survie du CSEP se sont révélés une lutte de tous les instants. Même si l'organisme s'apprête à célébrer son 25e anniversaire, il dispose d'un local depuis à peine neuf ans. «La possibilité d'avoir notre local nous a permis de mieux nous structurer, de faciliter notre fonctionnement et d'être plus accessibles. Ça a facilité le contact avec les gens. Depuis près de cinq ans, le CSEP a maintenant pignon sur rue au 90, Angus Nord à East Angus. Grâce à de l'aide financière de différents programmes dont le Pacte rural, l'organisme a été en mesure de développer à même son local un parc informatique. «Ici, nous avons de l'espace, nous pouvons accueillir plus de personnes et nous sommes en mesure d'offrir des cours d'initiation à l'informatique. On peut aussi offrir plus d'heures de formation», d'expliquer les intervenants.
Un quart de siècle plus tard, ceux qui avaient pris leur bâton du pèlerin obtiennent aujourd'hui et depuis plusieurs années déjà la reconnaissance du milieu. Souvent on juge, à tort ou à raison, de l'efficacité d'un service par son taux de réussite. Or, la réussite de cet organisme ne se mesure pas en diplômes accordés, car aucun bout de papier n'est remis. Elle se mesure par l'acquisition des compétences qui ont permis aux jeunes et moins jeunes à aller plus loin dans la vie, par la confiance en soi que la démarche apporte. Souvent à l'écart de la population active, la clientèle du CSEP devient un actif pour la collectivité et prend sa place.