LET de Bury
par Eliane THIBAULT
En juin dernier, la MRC du Haut-Saint-François annonçait en grande pompe la mise sur pied du Lieu d'enfouissement technique à Bury (LET). En plus de signaler que la Ville de Sherbrooke serait copropriétaire du site, la population a également appris que la capacité de tonnage serait augmentée à 40 000 tonnes par année. Alors que les élus présents à la conférence de presse dépeignaient cette nouvelle comme étant «le deal du siècle», d'autres émettent maintenant des doutes.
«Imaginez que vous décidiez d'acheter une maison sans d'abord l'avoir visitée et sans en avoir déterminé le prix». Voilà le parallèle que fait le maire de Newport, Claude Lecomte, lorsqu'il parle de son vote concernant l'entente prise entre Sherbrooke et la MRC pour le LET de Bury.
Selon Claude Lecomte, en vendant la moitié du LET à la Ville de Sherbrooke, la MRC se prive ainsi de
revenus considérables et du même coup, de revenus pour les municipalités. «La MRC avait une belle occasion pour se lancer en affaires et elle a eu peur», commente-t-il en ajoutant que le marché de l'enfouissement des déchets en est un prospère.
Quant à l'argument
concernant la capacité de tonnage, M. Lecomte avoue qu'il était nécessaire de
l'augmenter, «sinon, nous n'aurions jamais trouvé de clients». Par contre, ce
dernier ne semble pas
convaincu qu'il était
obligatoire d'inclure la Ville de Sherbrooke dans
l'administration du LET. «Si on regarde au sud de Montréal, le site de Bury est le seul. Nous aurions
facilement pu trouver des clients dans ce coin». Il
ajoute: «La MRC a vendu avant de connaître le plein potentiel de l'entreprise».
Le maire de Weedon, Jean-Claude Dumas, faisait partie du comité qui avait le mandat de négocier avec la Ville de Sherbrooke. Selon lui, l'aspect financier n'est aucunement mis en danger dans cette entente. «Lorsque la valeur du LET sera établie et que Sherbrooke nous en paiera la moitié, l'argent sera retourné aux municipalités», explique-t-il. De plus, il
souligne qu'il était
avantageux pour la MRC d'obtenir un partenariat avec Sherbrooke puisque cela
garantit leur participation. «S'ils avaient été clients, ils auraient pu mettre un terme à leur contrat n'importe quand», précise-t-il.
Une séance difficile
Certes, pour les élus, il s'agissait d'une décision importante à prendre et de ce fait, certains dénoncent la façon dont les négociations se sont passées et surtout, comment le vote du Conseil des maires s'est déroulé. Plusieurs affirment avoir été convoqués pour la séance et à leur arrivée, s'être vu
remettre le document où tous les détails de l'entente avec Sherbrooke étaient inscrits. «On nous a dit que nous
avions 1 heure et demie pour le lire et qu'ensuite, nous passerions au vote», affirme la mairesse de Lingwick, Céline Gagné. Quant à
Fabien Morin, maire d'Ascot Corner, il mentionne qu'il était tellement choqué de la situation, qu'il a préféré
quitter les lieux.
À ce sujet, M. Dumas précise que le Conseil des maires avait déjà voté afin de donner à la MRC le pouvoir de trouver des clients ou un partenaire. Selon lui, il était donc normal d'arriver avec une proposition déjà prête.
Lorsque les élus ont voulu savoir pourquoi ils ne
pouvaient avoir plus de temps pour étudier le dossier, Céline Gagné déclare que la MRC leur aurait répondu que ces négociations étaient
confidentielles. M. Lecomte déplore aussi cette situation. «En tant qu'élu, on est
capable d'étudier un dossier! Nous aussi sommes soumis aux règles de confidentialité». De son côté, M. Dumas considère plutôt «qu'à 14 autour d'une table, il est difficile que le tout reste confidentiel».
De plus, la mairesse de Lingwick souligne que
pendant les discussions qui ont précédé le vote, les
échanges n'étaient pas des plus cordiaux. «Il y a eu un
manque de respect incroyable de la part des maires pour le projet envers ceux qui étaient contre. Nous avions une
pression immense». D'ailleurs, à la suite de ces événements, la mairesse ajoute qu'elle n'a plus aucune confiance en la MRC. «J'avais des questions sur le plan environnemental et on me répondait que le LET, c'était de la business»,
ajoute-t-elle.
Du côté de Fabien Morin, ce dernier déplore qu'il n'y ait pas eu de consultations publiques, avant que
l'entente ne soit signée, mais où les citoyens auraient été au courant des détails connus actuellement. «Ç'aurait été intéressant de connaître
l'opinion de la population à ce sujet». Céline Gagné abonde dans le même sens alors qu'elle fait plutôt
mention d'un référendum.
Devant ces allégations, Jean-Claude Dumas n'a pas l'impression qu'aucun maire n'a été bousculé dans sa prise de décision. «Avant de voter, nous avons lu le document article par article, paragraphe par paragraphe et point par point. Nous avons demandé à chacun d'écrire leurs
questions et nous y avons toutes répondu à la fin». De ce fait, l'élu mentionne ne pas comprendre où il y aurait eu un manque de respect. «Certains s'élèvent contre tout. Si ça ne finit pas comme ils le veulent, ils sont frustrés», commente-
t-il.
Pour sa part, Claude
Lecomte raconte que
lorsqu'il a lu l'entente sur laquelle il devait voter en croyant que le projet passerait malgré tout, il a plutôt
préféré apporter des
modifications. «Au moins, on va bonifier l'entente», s'est-il dit en qualifiant le document comme étant «très
amateur».
Au-delà de l'entente
Où M. Lecomte semble manifester une certaine
amertume, c'est lorsqu'il aborde la place prise par la Ville de Sherbrooke depuis cette annonce. «On nous a dit de prendre notre décision rapidement, car Sherbrooke attendait une confirmation pour la conférence de
presse. C'est eux qui l'ont organisée et c'est leur logo qu'on voyait partout», déplore-t-il. À cela, il ajoute que dès qu'un dossier paraît bien, Sherbrooke se l'approprie. «Regardez ce qu'ils ont fait avec l'aéroport de
Sherbrooke», commente-t-il en ajoutant que dans toute cette histoire, «c'est
Sherbrooke qui sort
gagnant».
Jean-Claude Dumas
estime quant à lui que le
partenariat avec Sherbrooke est réussi. «Avec cette
entente, on a réglé le sort du LET pour les 20 prochaines années, sans avoir à faire du démarchage pour trouver des clients», affirme-t-il.
BV
«Avec cette entente, on a réglé le sort du LET pour les 20 prochaines années». Jean-Claude Dumas, maire de Weedon.