C'est dans le but d'aider les divers intervenants du Centre de santé et de services sociaux (CSSS), de La Relève et des Étincelles de Bonheur, à percevoir les indices de la violence conjugale et de suggérer aux femmes et aux enfants, ces victimes «collatérales», de consulter les organismes susceptibles de leur venir en aide que La Passerelle et La Méridienne organisaient récemment une conférence.
Criminalisée depuis 1983 et décrite en 1995 par le gouvernement du Québec, la violence conjugale se caractérise par une série d'actes répétitifs, en progression ascendante, qui se manifestent par des agressions physiques, verbales, psychologiques, économiques et sexuelles. L'homme veut la dominer. Les conjoints actuels ou passés se retrouvent dans tous les types de relations maritales ou extra-conjugales et amoureuses, de la prime adolescence à la vieillesse.
«Aucune femme n'est à l'abri de ce fléau. Les victimes ne sont pas responsables de ce qu'elles subissent ni leurs enfants d'ailleurs. En outre, la véhémence du comportement du conjoint laisse toujours des séquelles sur ces personnes. Culpabilité, honte, peur sont leur lot quotidien», explique Andrée.
Le cycle de la violence doit être vu sous deux aspects, celui de l'agresseur qui veut dominer sa conjointe et la victime écrasée. Il profite du premier prétexte pour sévir contre elle. La femme perçoit tout de suite le danger. Selon les cas, les coups pleuvront, les insultes voleront bas. Elles sont terrorisées face à ces comportements qu'elles ne peuvent pas contrôler. Elles courberont l'échine et tenteront de protéger les enfants. La crise passée, l'homme violent fera reposer la faute sur les autres ou sa compagne. Elle essaiera alors de justifier les agissements de «son homme». Arrive la «réconciliation». Il devient plus tendre. Il va jusqu'à s'excuser. La femme aurait le goût de croire que cette accalmie sera définitive. Elle sait cependant qu'il y aura d'autres agressions.
«Les femmes ne se rendent pas directement à La Passerelle ou à La Méridienne en cas d'agressivité, elles vont longtemps se taire», expliquent les animatrices. Ce sera lors de consultations pour des motifs différents d'une dénonciation que les intervenantes du milieu de la santé et des services socio-économiques pourront déceler la violence à la maison.
Des indices tels l'épuisement, la mésestime de soi, un stress anormal, de la difficulté à verbaliser une situation témoignent souvent des drames vécus par ces femmes. Le fait d'exprimer de la peur, de la retrouver isolée socialement, de constater une consommation abusive d'alcool ou de drogues, d'entendre des propos suicidaires devrait les alerter. Des ecchymoses, des fractures, des brûlures, des avortements spontanés à la suite d'une chute, une perte de libido, des vaginites à répétitions et bien d'autres éléments doivent être pris au sérieux par les amies, les professionnelles, et autres.
«Ce que nous proposons ici, c'est une position féministe», affirme Andrée. Elle se justifie. «Dans des cas de violence conjugale, c'est la santé et même la vie de la femme qui est en cause. Nous voulons la protéger et non tenter de réconcilier le couple. » Entrebâillant une porte, elle fait mention du projet pilote «Accord Mauricie» pour les hommes qui souhaiteraient briser ce cercle de violence.