Annie, intervenante à La Méridienne, et Andrée, intervenante et animatrice à La Passerelle, s'unissent pour faire des «12 jours d'action pour l'élimination de la violence envers les femmes», une mission de sensibilisation à ce phénomène encore trop présent. Durant ce temps de réflexion, ces organismes distribueront rubans blancs et bougies et nous invitent à participer aux activités préparées pour l'occasion. Depuis le 6 décembre 1989, ce ruban rappelle que 14 femmes ont été criblées de projectiles à l'école Polytechnique de Montréal.
Les activités débuteront le 29 novembre prochain. Au Centre de santé et de services sociaux (CSSS) d'East Angus, à 13 h 30, ces organismes offriront la conférence intitulée «S'informer, s'outiller : le cycle de la violence conjugale, c'est quoi». Le 30 suivant, à la même heure, au Centre communautaire de Weedon, le sujet de l'atelier-conférence portera sur «L'inceste, encore un sujet tabou». Enfin, le 6 décembre, se déroulera la Journée commémorative de la tuerie à la Polytechnique. «À 18 h, allumons nos bougies à la mémoire des 14 jeunes femmes assassinées» en sera le thème. «L'égalité n'est pas encore atteinte, rappelle Andrée de La Passerelle, mais on essaie de le faire croire. On essaie de banaliser cette animosité en invoquant des lois patriarcales et en continuant à propager des préjugés même dans le Haut-Saint-François», souligne-t-elle.
Annie et Andrée s'entendent pour parler de «ressac», décrit comme un mouvement de résistance des hommes à nier la brutalité dont beaucoup de femmes sont victimes. Aujourd'hui, à l'instar de celles qui vivent la violence ou qui travaillent à son éradication, les deux intervenantes reconnaissent que la gent masculine cherche à freiner et à discréditer cet état de fait et à semer des stéréotypes méprisants pour elle.
«Même le gouvernement Harper s'y met», rappellent-elles. Le député conservateur Brad Trost de Saskatchewan propose de «recriminaliser» l'avortement. La destruction du registre des armes à feu est considérée comme une aberration par ces groupes. Sur le site de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), sous l'onglet «nouvelles», on lit qu'en 1991, soit avant le recensement des armes, 85 d'entre elles ont péri, alors qu'en 2007, il y en a eu 26.
Poursuivant dans les statistiques, Martin Dufresne a recensé au Québec, 216 enfants et 757 femmes tués par des hommes depuis le 6 décembre 1989. En fonction des données puisées dans «La criminalité commise dans un contexte conjugal», 2009, ministère de la Sécurité publique, on a dénombré 18 180 infractions. 82 % des victimes sont des femmes et 18 % des hommes. Les agresseurs, à 45 % étaient les conjoints, 41 %, un ex-conjoint et 14 %, un ami intime.
Annie et Andrée évoquent les facteurs qui génèrent la violence. Le silence de la société fait en sorte que les crimes se perpétuent. Selon les préjugés patriarcaux, la femme doit contribuer au «bonheur du couple et de la famille». La pression de se taire écrase encore; «une femme qui divorce est une femme capricieuse», donnent en exemple les intervenantes. La banalisation de la violence se prolonge quand on rappelle que le criminel «était auparavant une bonne personne; on ne comprend pas ce qui lui est arrivé...» La terminologie employée dans les médias biaise les jugements. L'utilisation de «un drame familial» minimalise ce qui est un meurtre, etc. Les cas de jurisprudence tendent de plus en plus à réduire les droits des femmes et certaines décisions, comme celle prononcée dans le procès du Dr Turcotte, font croire à une forme d'impunité, malgré l'évidence des faits.
Reconnaître, briser le silence, se souvenir sont des choix pour dire «Non à la violence faite aux filles et aux femmes», rappelle le communiqué de presse remis par La Passerelle.
Nous apercevons l'affiche des 12 jours d'action pour l'élimination de la violence envers les femmes.