Victime d'un accident automobile avec ses quatre enfants dont la plus vieille Hélène, âgée de 15 ans à l'époque, perdra la vie, accablée par le suicide de sa fille cadette Catherine, accident de noyade sur son terrain, décès de ses trois soeurs lors d'un accident de la route, victime d'attouchements et agression sexuelle à l'enfance et adolescence, voilà un cocktail d'événements malheureux qui ont affligé Francine Lacroix pour une bonne partie de sa vie.
Malgré ces événements, l'ex-enseignante de l'Université de Sherbrooke, domiciliée à Bury depuis plusieurs années maintenant, semble aujourd'hui sereine, éprouve une soif évidente de vivre et manifeste une grande confiance en la vie. Mais pour y arriver, Mme Lacroix a effectué sa traversée du désert qui l'a conduite dans un long cheminement d'introspection. C'est armé de sa plume qu'elle a apprivoisé ses sentiments, ses ressentiments, surmonté ses peurs et vaincu ses démons. C'est après deux ans et demi de grossesse difficile et douloureuse que l'auteure a finalement accouché du livre qui l'a conduite vers la lumière et le titre «Dire pour vivre Récit d'une renaissance» reflète bien la démarche qui lui a permis de prendre un nouveau départ.
C'est le 8 août 2008, lors du 21e anniversaire du décès de sa fille Hélène que Francine Lacroix a prix la décision d'entreprendre la grande aventure d'écrire un livre. «Je savais qu'un jour j'écrirais un livre. On porte ça en soi. C'était devenu comme une urgence. À un moment donné, c'était devenu une question de survie. Je n'arrivais plus à respirer avec tout ça, je sentais que ça m'écrasait. Je savais que personne ne pouvait m'apporter cette réconciliation avec moi-même. Il n'y avait que moi qui pouvais le faire. J'ai écrit dans un état de grandes déchirures intérieures, mais je voulais aller au bout de cette souffrance pour renaître», exprime-t-elle.
Au-delà des mots et tout au long de l'entrevue, les sentiments et émotions s'emparent sporadiquement de l'auteure comme pour prendre le pas sur le verbal et exprimer à leur tour la douleur et le besoin de s'extérioriser. Culpabilité, parce qu'elle était au volant lors de l'accident qui a coûté la vie de sa fille aînée, honte découlant de ces agressions et bien d'autres sentiments aussi dévastateurs les uns que les autres grugeaient sournoisement Mme Lacroix tel un cancer dont elle est guérie aujourd'hui.
Elle explique avoir favorisé une forme d'écriture en s'adressant à sa grande fille qui aurait aujourd'hui près de 40 ans. L'auteure mentionne qu'elle aurait été incapable d'écrire «cette masse de soufrance» sous une autre forme. «Par Hélène, je sentais un état d'intimité et une authenticité. C'était une façon de me réconcilier en parlant avec elle. Je voulais lui raconter tout pour qu'elle puisse m'accueillir. Je savais que lui parler à elle c'était comme parler à un grand journal». Si elle voulait se raconter au départ, Mme Lacroix était loin de se douter que cette mise à nu l'amènerait beaucoup plus loin que les événements mentionnés précédemment. La démarche la conduirait dans ses derniers retranchements pour ressortir des souvenirs et événements qu'elle avait reclus dans sa mémoire et qui remonteraient telle une bouée à la surface. C'est à partir de ces tristes événements notamment des attouchements sexuels qu'a pris naissance ce besoin insatiable de se surpasser, d'être la meilleure en tout. «Je voulais être valorisée parce que quelque part, je me sentais comme un déchet, une moins que rien». Dès ce moment, Francine Lacroix dit avoir commencé à porter des masques. Ceux-ci se sont accumulés au fil des événements tragiques à un tel point où l'auteure en avait perdu son identité propre. «J'étais en train de mourir à force de vouloir porter tout ça. Je devais revenir à son origine et j'ai retrouvé la plus belle partie de moi, la personne qui avait le goût de vivre. Je ne l'avais jamais perdu, mais il s'était dilué».
À travers les confidences qu'elle raconte à sa fille Hélène, Francine Lacroix aborde chaque événement, fait part des ses humeurs, ses sentiments et la tornade que cela suscitait auprès de la famille immédiate et même élargie. Elle parle également des problèmes familiaux notamment avec ses soeurs. Mais à travers toutes ces épreuves, il y a des petits moments de bonheur et l'un d'entre eux est d'avoir renoué avec sa fille biologique qu'elle avait donnée en adoption alors qu'elle amorçait sa carrière d'enseignante. Encore là, ce moment heureux a néanmoins créé un certain bouleversement auprès des enfants de Mme Lacroix, qui apprenaient l'existence d'une nouvelle soeur ayant vu le jour dans un contexte très particulier.
Si elle est satisfaite que son ouvrage puisse venir en aide à d'autres personnes, Francine Lacroix insiste pour dire «je l'ai fait pour moi. Si ça peut permettre aux gens d'avoir une approche de guérison et leur donner le pouvoir de changer des choses tant mieux». Libérée, l'auteure n'en a pas fini avec les livres, car elle projette d'en écrire un second lorsqu'elle aura lu le journal personnel de sa fille Catherine, particulièrement lors de son voyage en Inde, étape qui selon Mme Lacroix, a complètement bouleversé la vie de sa cadette.
Les personnes désireuses de rencontrer et échanger avec Mme Lacroix auront la chance de le faire, car elle participera au Salon du livre, qui se déroulera du 13 au 16 octobre prochains au Centre de foires de Sherbrooke.