C'est définitif, il n'y aura pas d'Internet haute vitesse (IHV) par câble coaxial et fibre optique à La Patrie pour desservir les quelque 85 familles qui ne peuvent disposer de l'IHV par aucun autre moyen. Les gouvernements provincial et fédéral ainsi que le CRTC ont littéralement sabordé le projet de la Coopérative de solidarité des Appalaches (CSA) auquel avaient adhéré les Lapatriens, par la voix de leur conseil municipal.
Rappelons que La Patrie s'était associée avec la CSA pour implanter la fibre optique, solution qui, lors des études entreprises à l'époque, offrait un meilleur service global pour un coût par client équivalant ou moindre que celui de Bell ou Vidéotron pour le forfait câble, téléphonie IP et IHV.
Le sabordement de la CSA a coûté 4 551 $ à la municipalité de La Patrie qui s'était engagée par résolution à mettre 7 000 $ dans le projet. C'est un moindre mal quand on pense aux centaines de milliers de dollars investis par les Coops de Saint-Robert Bellarmin, de Piopolis et de Stratford. Et comme le souligne Jacques Bureau, président de la CSA, c'est plus de 2 000 heures de bénévolat qui ont été employées pour la rédaction du projet qui devait répondre à un cahier de charge très compliqué. Par contre, les sociétaires qui ont investi un 100 $ pour prendre une part sociale dans la CSA vont retrouver leur mise de fonds à partir de la mi-octobre.
Xplornet est un système décrié à cause de son coût élevé. «L'offre à 59,99 $/mois pour 1Mbps s'applique au forfait de base. Le matériel requis pour votre région sera déterminé par Xplornet. Des frais de matériel de 99 $ s'appliquent avec un contrat de 3 ans et de 2 ans. La vitesse réelle en ligne pourrait varier selon votre configuration technique, le trafic Internet, le serveur ou d'autres facteurs», avertit la compagnie sur son site. En plus, des limites sont imposées pour le téléchargement. Sa vitesse ne rencontre pas les normes fédérales (exigence de 1,5 Mbps minimale pour que ce soit considéré comme IHV). Enfin, ce système manque de fiabilité lors de tempêtes ou d'orages, affirme M. Bureau.
Malgré tout cela, le ministre conservateur, Tony Clement a imposé l'entreprise Barrett Xplore Inc. Cette dernière, originaire du Nouveau-Brunswick, va devenir aussi, par le biais de sa filiale Xplornet, le fournisseur de service IHV dans les MRC du Val-Saint-François, Memphrémagog, des Sources, du Granit, Drummond, Arthabaska et l'Amiante, au grand dam des populations concernées qui ne peuvent pas avoir accès à l'IHV autrement.
Christian Paradis, ministre des Ressources naturelles et député de Mégantic-L'Érable, n'a pas cru dans le mouvement coopératif. «J'ai entendu un commentaire voulant que certaines personnes avaient un projet de coop pour exécuter ces travaux. Je peux comprendre ça sauf que ce que l'on veut offrir, ce sont des services durables avec des prix compétitifs», avouait-il lors d'une entrevue avec Daniel Duplessis, rédacteur en chef du Courrier de Frontenac.
De son côté, Jacques Bureau, président de la CSA, écrivait dans l'Écho de Frontenac: «Laurent Lessard, ministre au MAMROT, permettait à une société du Nouveau-Brunswick de s'installer allègrement au Québec et d'offrir à ses gens une technologie déficiente dont le maximum de téléchargement est plus de 4 fois inférieur à celui de la fibre optique alors que son propre ministère exigeait un service de qualité analogue à celui des villes.
Pour l'instant, une conclusion s'impose ont affirmé plusieurs personnes qui participaient à l'assemblée de dissolution de la CSA. Les milieux ruraux n'ont pas la cote au sein des gouvernements provincial et fédéral puisque la décision de les doter d'une technologie peu efficace va nuire. Les télétravailleurs, malgré leur envie de quitter les centres urbains pour avoir une meilleure qualité de vie, hésiteront à investir en ruralité. Et les habitants de ces milieux devront payer entre 700 et 900 $ de plus par année, pour être branchés à une haute vitesse bancale. Enfin, ils en ont beaucoup contre le CRTC qui a autorisé Bell Canada à augmenter provisoirement, est-il spécifié, le taux pour accrocher le câble dans leurs poteaux. Le tarif est passé de quelque 0,80 $ à plus de 5,50 $ par poteau, faisant ainsi défoncer toutes les prévisions budgétaires faites avant cette annonce qui est arrivée plusieurs mois après.