Une question qui divise la population de Saint-Isidore-de-Clifton
Pour faire suite à l'initiative du conseil municipal de Saint-Isidore-de-Clifton, qui a demandé à la Commission de Toponymie du Québec de remplacer l'appellation Chemin du 10e rang par Chemin Perron, Huguette Breton-Fortier conteste cette démarche. Mme Breton-Fortier, maintenant domiciliée à Sherbrooke, y est née et elle s'est mariée avec un gars du rang.
«J'aimerais que justice soit faite», nous dit Mme Breton-Fortier. Cette décision témoigne d'un «manque de respect envers tous les citoyens...», écrit-elle dans un document relatant l'historique des familles Bégin et Perron. «Je demande au conseil municipal de retirer cette requête déposée auprès de la Commission de toponymie du Québec», clame Mme Breton-Fortier. «Mes ancêtres Bégin, ajoute-t-elle, font aussi partie des 12 premiers colons arrivés sur place, mais je ne demanderai pas qu'on change le nom de ce chemin pour autant.»
Selon elle, le Conseil n'a jamais consulté les gens du rang 10. Elle fonde ses dires sur le fait qu'elle a rencontré 99 personnes vivant dans le 10e rang ou y ayant vécu, et qui demeurent encore au village. De ces visites, elle a calculé que 80% des gens interrogés s'opposaient à ce changement.
Joint au téléphone, Gaétan Perron, directeur général de la municipalité, souligne que l'initiative de la demande de changement de nom du 10e rang en «chemin des Perron» provient d'un comité formé des familles Perron d'Amérique. À l'occasion du centenaire de la municipalité, ce comité voyait d'un bon œil le fait de faire reconnaître l'implication des membres de cette famille dans l'évolution de la municipalité. Le Conseil a appuyé la demande déposée à la Commission de toponymie du Québec.
M. Perron reconnaît l'ancienneté de la famille Bégin, de laquelle provient Mme Breton-Fortier, dans l'histoire du village. D'ailleurs, faisait-il remarquer, un descendant des Bégin demeure encore ici. D'autres familles colonisatrices auraient pu être choisies comme les Ruel, Vallée, Villeneuve, etc. Le comité des Perron d'Amérique a déposé sa demande en fonction des implications nombreuses de la famille : premier moulin à scie, présence constante au sein de nombreux organismes municipaux, et ainsi de suite. «Les Bégin aussi se sont impliqués, mais moins que les membres de notre famille», complétait-il.
Pour sa part, Danielle Turcotte, de la Commission de toponymie du Québec, a déposé à ses membres le dossier pour qu'il soit analysé en fonction de critères bien définis, dont quelques-uns ont été fixés lors de la conférence de l'Organisation des Nations-Unies en 1967. Mme Turcotte est très consciente que le traitement de tels dossiers est sujet à controverses. La décision que la Commission rendra officialisera ou non la modification demandée, peu importe la décision du conseil municipal.