À 93 ans, le docteur Curtis Lowry se raconte. Brillant et possédant une mémoire fameuse, il livre à la cinquantaine de personnes réunies pour l'assemblée générale annuelle du Musée Eaton Corner Museum, quelques pages de sa biographie. Né en 1913, il fréquente l'école jusqu'à obtenir, en 1939, son diplôme d'enseignant de l'Université Bishop's, de Lennoxville. Il enseigne, par la suite, aux études post secondaires pendant quelques années.
Il décide un peu plus tard d'aller en médecine à l'Université Laval de Québec. En 1948, il est le nouveau praticien qui consacrera sa vie à soigner les patients de la région.
Pour se faire, il se déplaçait vers les personnes malades ou accidentées pour leur porter secours. Et les accouchements se faisaient surtout à la maison. Des incidents de parcours, il en a vécu des drôles et des moins comiques. «Lors d'un appel à secourir un accidenté, se racontait-il, un ami du blessé demanda si on avait fait venir le «doc». Non lui répondit l'autre, j'ai fait venir Curt». Cet incident illustrait bien, selon lui, la familiarité qu'il avait développée avec son entourage.
Il ne l'a pas toujours eu facile, la vie! «Si je ne fume pas, ni ne bois d'alcool, c'est que j'ai toujours été trop pauvre pour m'en acheter», se plaît-il à rappeler. Le docteur Lowry en a connu des changements dans la pratique de la médecine. «L'électricité a été un des plus grands apports pour améliorer la santé des gens. L'eau chaude a permis une meilleure hygiène corporelle. Avec le mouvement hippie et la libération des mœurs, sont apparus des besoins de soigner différents. L'amour libre n'apportait pas que du bon et les drogues pouvaient avoir des effets nocifs. Avec la contraception, une autre étape fut franchie dans l'évolution des soins à prodiguer.
Pour le docteur Lowry, la carte d'assurance maladie a été la bienvenue. Tous avaient droit à des services de santé sans craindre de s'endetter. «Nous les médecins, nous n'étions pas toujours payés, avant l'arrivée de la «carte soleil», mais je considérais que moi, je vivais à l'aise même si beaucoup de patients me devaient de l'argent. Je pouvais comparer mes gains avec les faibles revenus de la classe ouvrière qui peinait à joindre les deux bouts».
Un seul sujet l'a profondément choqué dans sa carrière. Ce fut la grève des médecins en octobre 1970. Pour ce médecin de campagne, soigner était une vocation. Et le serment d'Hippocrate devait être respecté à la lettre. Il a cessé la pratique de la médecine en 2003 après 55 ans au service des gens.
Le docteur Lowry a mérité quelques distinctions dans sa vie. En 1964, entre autres, il a reçu le «Family practice award» du Québec, ce qui lui a valu la possibilité de participer à des stages de perfectionnement. Dernièrement, il fut nommé «Outstanding Townshipper for his devotion to the service of the sick and his commitment to improving the quality of life in our region». (Grand parmi les Cantonniers pour son implication au service des malades et ses démarches pour améliorer la qualité de vie dans notre région).