Premiers au Québec, Sébastien Alix et Caroline Poirier, de la Ferme Croque-Saisons de Lingwick, utilisent un tracteur électrique des plus fonctionnels pour effectuer leurs travaux de sarclage sur leurs espaces biologiques cultivés certifiés par «Québec vrai». Le Farmall Cub de 1956, au moteur hors d'usage, a retrouvé une nouvelle vie telle celle du Phoenix qui renaît de ses cendres.
Il a fallu quelque 4 000 $ et près de 80 heures d'ouvrage pour transformer l'antiquité désaffectée en un outil très performant. Et bien du jus de «jarnigouène», de la part de son concepteur, qui a su profiter des notions de mécanique de quelques voisins et amis autodidactes...
Il est unique maintenant, ce tracteur, du fait qu'il utilise le vilebrequin qui actionne les pistons plutôt que l'arbre de transmission pour avancer. «De cette façon, explique Sébastien, qui se défend d'être un «crack» en mécanique, je conserve le système hydraulique qui me sert à lever ou abaisser le sarcleur en fonction de mes travaux. J'évite aussi de donner des secousses trop brusques à la transmission qui pourrait se briser... »
La transformation a dû être réfléchie sérieusement. Sébastien a d'abord enlevé la tête du moteur pour extraire les pistons devenus inutiles. Il a conservé l'arbre moteur, pièce maîtresse du nouveau système d'entraînement, et son lien avec la transmission. Il s'est fait plier une épaisse feuille de métal qu'il a fixée pour qu'elle remplace la tête et qu'elle supporte le moteur électrique qui développe quelque 10 ch. Une chaîne le relie au vilebrequin qui a été modifié pour y ajouter une roue dentée qui assure la transmission du pouvoir. Il a adapté la distance entre les pneus en fonction de la largeur de ses planches (surfaces semées).
Pour fournir à l'engin la puissance nécessaire, Sébastien s'est procuré 4 batteries marines 12 volts Deep cycle de 285 ampères/heure qui ont une durée de vie variant de 6 à 10 ans. Bien que coûteux, il les a préférées aux autres, question force et longévité. Ainsi équipé, il profite d'une autonomie de 4 à 6 h pour sarcler ses rangs. «C'est amplement suffisant pour mes besoins», rappelle-t-il.
Ce qui gruge le plus d'énergie et qui vide rapidement les batteries, c'est de monter les pentes. J'organise mes planches en fonction de l'inclinaison du terrain. Comme elles sont lourdes, je n'ai plus besoin de mettre de calcium liquide dans mes pneus. L'entretien est léger puisqu'il n'y a plus de changements d'huile à effectuer. Un simple graissage des pièces mobiles et une lubrification régulière de la chaîne de transmission suffisent. «Et l'avantage suprême, plus d'essence à acheter, lance-t-il gaiement. Les économies réalisées vont me permettre d'amortir rapidement mon investissement», ajoute-t-il.
L'acquisition de ce tracteur relève du conte. Cherchant un engin automoteur léger, il en déniche un qui semble intéressant. Sur place, il constate qu'il ne fait pas l'affaire et qu'en même temps un antiquaire veut l'acheter. Après quelques discussions, un échange est conclu, qui avantage les deux intéressés: le Farmall Cub avec un sarcloir et 50 $ contre l'autre qui n'avait pas d'outils...
Pour sa part, Caroline se réjouit de l'usage qu'ils feront de ce nouvel outil. La corvée de désherbage s'en trouve allégée, pour eux qui cultivent, pour l'instant, 5 acres de terrain dont 3 en engrais verts pour régénérer les sols. Trois serres leur permettent de produire des pousses qu'ils piqueront bientôt en terre.
Le couple s'est installé sur leur ferme en 2007. Forts de leur formation agricole à l'Université McGill, et de deux ans d'expérience chez des producteurs biologiques, ces deux jardiniers offrent des paniers de légumes à la population environnante. Ils souhaitent vendre plus à Weedon et dans les environs. En été, ils tiennent kiosque aux marchés publics de Lac-Mégantic et Lingwick.
En plus de leur production végétale, ils élèvent une soixantaine de brebis et quelque 110 agneaux annuellement qu'ils proposent directement aux consommateurs, en demi ou entier. Ces animaux, abattus à l'Abattoir Rousseau, sont découpés en fonction des besoins du client et emballés sous vide.
Pour voir le tracteur en action et recevoir des informations plus détaillées, consultez le site www.croque-saisons.com/environnement.html
Photo :
Caroline Poirier et Sébastien Alix tout fiers de leur tracteur électrique.