«Vends-tu ta maison sans en connaître la valeur?», critique Jacques Blais, premier magistrat de La Patrie, signifiant par là que la transaction de vente du site d'enfouissement de Bury se serait conclue sans en connaître le juste prix et dans une précipitation non justifiée.
La polémique déclenchée et appuyée par d'autres maires, repose sur le fait que, lors d'un atelier de travail tenu le 3 février dernier, certains d'entre eux ont fait inscrire une proposition demandant un deuxième avis si la valeur fixée par Raymond Chabot Grant Thornton ne leur semblait pas réaliste. «Ceux qui étaient présents à cette rencontre ne devaient pas prendre de décision, sans ramener à la table des maires, les fruits des discussions afin que tous se prononcent sur une proposition définitive, ce qui n'a pas été fait», raconte Thérèse Ménard-Théroux, mairesse de Newport. «La décision d'accepter la vente a été précipitée sous prétexte qu'il y aurait des fuites, alors qu'on venait juste d'apprendre le prix», ajoutait-elle.
Interrogée sur ce sujet, Nicole Robert, préfet de la MRC, répondait que, lors d'une assemblée spéciale de la table des maires convoquée en juin dernier, la Régie, formée de représentants de la MRC et de la ville de Sherbrooke, avait reçu le mandat de procéder aux transactions. La rencontre du 3 février en était une d'information seulement et non de décision.
Le poids des voix dans la prise de décision est revenu sur le tapis. «Nous n'avons pas de pouvoir, explique Nathalie Bresse, mairesse d'Ascot Corner. Elle ajoute que les villes ont toujours la majorité». En accord avec Mme Bresse, Mme Ménard-Théroux ajoute qu'elle entend de nombreux commentaires de citoyens qui ne sont pas d'accord et dont on ne tient pas compte.
Pour quelques maires dissidents, il est clair que les calculs faits par la firme Raymond Chabot Grant Thornton sont basés sur le rendement et non en fonction de la juste valeur marchande (JVM) telle que spécifiée sur leur devis. «Vendre en fonction d'un apport de 40 000 tonnes/an, en fixant les prix progressifs qui varient de 60 $/t jusqu'en 2012 à 65 $/t à partir de 2013, avec une majoration de 3 % par la suite, ressemble à une vente basée sur le rendement», clame M. Blais. «Il faut voir que le site acheté par Arthabaska a coûté 52 M$. Quelle était la JVM du nôtre?», s'interroge-t-il. Céline Gagné, mairesse de Lingwick, s'est dite agacée par le calcul du passif et son utilisation dans le prix de vente. «On aurait dû avoir plus de temps pour questionner la firme», ajoute-t-elle.
Autre irritant, souligne M. Blais, appuyé en cela d'autres maires. La MRC aurait dû garder 51 % des parts. «En vendant la moitié du site et la moitié de la gestion à Sherbrooke, ceux qui ont conclu la transaction ont dilapidé les acquis pour vivre». Robert Roy, maire de East Angus, pour sa part, s'inquiète de l'augmentation du transport qui circulera sur la rue St-François. «Déjà, les maisons qui sont en bordure de la route se font asperger, qu'est-ce que ça sera quand les camions déplaceront plus de 100 000 tonnes? Nous avons entrepris des discussions avec le ministère des Transports pour élargir la route et mettre un terre-plein entre la chaussée et les habitations.
«40 ans, c'est court!, s'exclame Mme Bresse. Combien en coûtera-t-il pour recréer un autre LET? Je trouve que c'est laisser à nos enfants une lourde dette et que la décision a été prise trop rapidement».