Parties pour grimper le Kilimandjaro, le 16 septembre dernier, Isabelle Blais, Manon Côté et leurs vingt consoeurs sont revenues épuisées, mais comblées par leur expédition. Émotions vives, souvenirs impérissables et le sens du devoir accompli resteront gravés à vie comme récompenses de cette expédition. Elles se sont mesurées à leurs limites physiques, ont jonglé avec une kyrielle de sentiments et ont vécu en groupe le défi, s'épaulant mutuellement lors de creux d'énergie.
Elles ont escaladé les 5 895 mètres du plus haut sommet d'Afrique dans des conditions de froid et d'humidité intenses. Elles ont grimpé dans une atmosphère où l'oxygène suffisait à peine à leur garantir une goulée d'air satisfaisante, surtout au-delà des 3 000 mètres. La froidure ressentie équivalait à -30 o C. Leur sac de couchage s'est détrempé. Et ô malheur! la porte en toile de leur tente a été endommagée. Par chance que Mme Côté avait prévu le coup. Épingles à ressort, ruban adhésif et une chandelle ont pu venir à bout de ces incidents malencontreux.
Parties avec une charge d'une douzaine de kilos et trois litres d'eau, il leur a fallu sept jours pour accomplir le trajet à l'aller et au retour. Pour terminer les derniers 1 000 mètres, elles sont parties à 22 h 30 et ont marché toute la nuit. Une courte escale au sommet vers les 7 h 30 leur a permis de laisser exploser leur joie et d'immortaliser la scène en photos, et elles sont redescendues. Un périple de 24 h sans sommeil! Mme Blais se rappelait qu'elle a eu bien mal aux orteils en redescendant. Elle n'avait pas pris le temps de bien attacher ses bottines. Comme quoi, même des détails de ce genre peuvent gâcher une randonnée.
Mme Blais racontait que, lors de la quatrième journée d'ascension, le mal de l'air lui a donné l'impression de ne plus avoir d'énergie. «J'avais le moral à zéro, j'étais toute mêlée et super émotive». Elle voulait arrêter, mais, consciente de l'objectif de leur voyage, elle s'est reprise en main pour repartir. Mme Côté a subi les contrecoups d'une grippe qui s'est déclarée le cinquième jour. «J'ai attrapé le rhume en Afrique, se rappelait-elle, j'avais de la fièvre, et mes voies respiratoires étaient en piteux état dans cette atmosphère pauvre en oxygène. J'ai même eu des «feux sauvages». Elle a pu se soigner avec les moyens du bord qui se limitaient à un peu de sirop contre la toux.
Elles se sont considérées chanceuses de subir ces moindres malaises. Parmi leurs consœurs, certaines ont été affligées du mal de l'air pendant presque toute la durée de l'ascension. Nausées, céphalées violentes et autres inconforts les ont tiraillées sans répit.
«Depuis notre retour, soulignait Mme Blais, on voit que ce que nous avons fait, c'est tout un exploit. Plus on en parle, plus on le réalise», ajoutait-elle. Pour sa part, Mme Côté est restée surprise quand, à l'écoute des enregistrements qu'elle a envoyés, elle entendait dans sa voix, les efforts qu'il lui fallait faire pour parler. «Quand on arrêtait pour s'installer et se reposer, le simple fait de penser qu'il fallait téléphoner nous affectait, témoignait-elle. Écrire, c'était facile, mais téléphoner demandait beaucoup de force à ces altitudes».
Les deux excursionnistes de la MRC sont satisfaites du défi qu'elles ont réalisé. Pour elles, s'investir dans la campagne de financement de la Parolière valait tous les sacrifices. Mme Côté se remémorait la dernière rencontre avec les responsables et quelques bénéficiaires de l'organisme. Toutes les grimpeuses ont reçu un bracelet d'amitié et une reproduction d'une toile d'une des femmes qui avaient utilisé les services de la Parolière. «La symbolique contenue dans cette toile, les vingt-deux étoiles qui brillaient, les représentant, le texte qui l'accompagnait nous a toutes émues au plus haut point. Ce geste nous a donné un coup de fouet supplémentaire, même si nous étions toutes partantes».
Les phrases prononcées à la Parolière avant leur départ leur ont permis d'accepter les irritants de l'ascension. «En d'autres circonstances, il y a bien des choses qui nous auraient choquées, mais les paroles de ces femmes qui ont eu la vie dure nous ont ramenées à l'essentiel: manger, boire, respirer». La solidarité au sein de notre groupe de grimpeuses s'est ajoutée aux encouragements reçus à la Parolière. «C'est tout ça qui a fait que nous avons atteint le sommet et dépassé l'objectif fixé à 100 000 $ de 35 000 $.
Les deux grimpeuses tenaient à remercier les femmes de la Parolière qui les ont tant supportées et toutes les personnes qui les ont aidées, encouragées, soutenues et qui ont contribué à faire de la campagne de financement un succès. Elles soulignaient l'implication de la ville de East Angus qui leur a donné la chance d'utiliser leur site pour décrire au quotidien la progression de leur quête. Elles suggèrent aux gens de visiter le http://kilimandjaro.ville.east-angus.qc.ca pour revivre les éphémérides de cette expédition.
D'un commun cri du cœur, elles ont terminé l'entrevue en souhaitant à tout le monde de réaliser leurs rêves et de ne pas hésiter à prendre les moyens pour y arriver.
Photo :
Manon Côté et Isabelle Blais devant l'affiche de leur expédition.