Solliciter un conseil stratégique n'est plus
réservé aux grandes entreprises des centres urbains. De plus en plus
d'organisations établies en région, PME en croissance, organismes publics,
OBNL, font appel à un accompagnement pour clarifier leurs priorités et
structurer leurs décisions. Pourtant, beaucoup mènent très bien leur réflexion
à l'interne, et la question honnête n'est pas « faut-il un consultant? » mais «
qu'est-ce qu'un regard externe apporte que l'équipe ne peut pas se donner
elle-même, et à quel moment ça vaut le coût? ».
Ce texte compare les deux options sans en
disqualifier une, décrit à quoi ressemble concrètement un mandat de conseil
stratégique, et identifie les moments où le regard externe fait la plus grande
différence.
Ce
que la réflexion interne fait bien
Une organisation qui mène sa propre réflexion
stratégique a des avantages réels. Elle connaît son marché, ses clients et ses
contraintes mieux que n'importe quel intervenant. Elle ne paie pas
d'honoraires. Et les orientations qui en sortent sont, par construction, celles
de l'équipe, ce qui favorise l'adhésion.
Beaucoup d'organisations réussissent ainsi,
surtout quand la direction a l'habitude de l'exercice, qu'un conseil
d'administration actif joue le rôle de contrepoids, et que l'environnement est
stable. Une entreprise qui a fait le même exercice trois fois, avec de bons
résultats, n'a pas de raison de changer de formule parce qu'un cabinet le
suggère.
Là
où la réflexion interne bute
Trois pièges reviennent quand tout se fait en
vase clos.
La reproduction, d'abord. Les mêmes personnes,
avec les mêmes angles morts, arrivent aux mêmes conclusions d'une année à
l'autre. Sans confrontation, il devient difficile de remettre en question des
façons de faire ancrées, même quand elles ne servent plus l'organisation. Une
activité historique qui ne génère plus de valeur reste au plan parce que
personne n'ose la nommer.
L'adhésion, ensuite. Une réflexion menée par la
seule direction manque souvent d'appui du reste de l'équipe ou du conseil, qui
n'y ont pas participé. Le plan est adopté, pas approprié.
Le temps, enfin. Sans échéancier imposé de
l'extérieur, les rencontres de réflexion stratégique sont les premières
reportées quand l'agenda se charge. L'exercice s'étire sur des mois, parfois
des années, et certaines conclusions sont dépassées avant d'être finalisées. En
région, où les mêmes personnes portent la stratégie et les opérations, ce piège
est le plus fréquent.
Ce
qu'un regard externe apporte
Un intervenant externe apporte d'abord de la
distance : la capacité de poser les questions que l'équipe n'ose pas poser,
souvent par respect hiérarchique ou par crainte de bousculer une dynamique
établie. Dans bien des organisations, les enjeux stratégiques sont connus
depuis longtemps; ce qui manque, c'est quelqu'un qui peut les nommer sans
conséquence sur sa place autour de la table.
Il apporte ensuite une perspective comparative.
Avoir accompagné plusieurs organisations semblables permet de reconnaître des
angles morts récurrents et de proposer des pistes éprouvées ailleurs, sans les
copier-coller. Il apporte enfin un cadre et un calendrier : des rencontres
fixées, une méthode qui distingue les choix véritablement stratégiques, où
jouer, comment gagner, de la gestion courante qui envahit toujours les
discussions.
Ce que le regard externe n'apporte pas, il faut
le dire aussi : il ne connaît pas le marché local mieux que la direction, il ne
décide pas à sa place, et il ne remplace pas la volonté de suivre les priorités
une fois le mandat terminé.
À
quoi ressemble un mandat
Un mandat stratégique pour une organisation de
taille moyenne s'étale généralement sur huit à douze semaines.
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Le diagnostic, pendant les premières
semaines : entretiens avec la direction, revue des données financières et
opérationnelles, parfois quelques échanges avec des clients ou des partenaires
clés.
-
La synthèse et la priorisation, en un ou
deux ateliers avec la direction et, s'il y a lieu, des membres du conseil.
C'est là que se prennent les décisions structurantes : quels marchés, quelles
activités mises de côté, quelles capacités à développer.
-
Le plan d'action, avec des
responsables identifiés et des échéanciers réalistes compte tenu des
ressources.
-
Le suivi, à trois ou six mois, pour
valider que la mise en œuvre progresse. C'est l'étape qui distingue un
accompagnement durable d'un exercice ponctuel, et c'est celle que les
organisations négligent le plus souvent au moment de négocier le mandat.
Un plan qui traîne dans un classeur n'a pas
rempli sa fonction. L'enjeu n'est pas seulement de bien réfléchir, mais de
structurer la réflexion pour qu'elle débouche sur des décisions suivies, avec
une reddition de comptes régulière au conseil ou à la direction.
Les
deux options côte à côte
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Réflexion interne
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Regard externe
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Connaissance du marché
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Excellente
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À construire pendant le diagnostic
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Distance critique
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Faible, mêmes angles morts
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Élevée, questions inconfortables
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Adhésion de l'équipe
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Forte si l'équipe participe, faible si la direction décide seule
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Renforcée par les mécanismes de consultation
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Respect de l'échéancier
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Fragile, rencontres reportées
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Tenu par le calendrier du mandat
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Coût
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Temps de l'équipe
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Honoraires, plus temps de l'équipe
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Pertinence
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Environnement stable, direction expérimentée
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Moment charnière, blocage, première démarche
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Les
moments où le regard externe compte le plus
Le bon moment n'est pas la crise. Beaucoup
d'organisations attendent qu'un problème devienne visible avant d'agir, alors
que l'exercice rapporte davantage en amont : avant un changement de direction,
avant une expansion, ou simplement de façon périodique pour vérifier que les
priorités correspondent encore au marché.
Certains moments s'imposent d'eux-mêmes. Une
acquisition. L'arrivée d'un nouveau partenaire financier, qui voudra voir une
réflexion structurée. Un changement important dans le marché desservi. Un
désaccord persistant entre associés ou entre le conseil et la direction, où un
tiers peut cadrer la discussion sans prendre parti. Dans ces situations,
l'accompagnement structure la réflexion et rassure aussi les parties prenantes
sur le sérieux de la démarche. Les études de cas que
publient les cabinets montrent d'ailleurs que les mandats les plus utiles sont
rarement ceux où l'organisation allait bien; ce sont ceux où une question
restait sans réponse depuis trop longtemps.
Un exercice qui vaut ce qu'on y investit
Le rôle d'un conseil stratégique n'est pas de
fournir des réponses toutes faites, mais de structurer un processus qui oblige
l'organisation à choisir. Que la réflexion soit menée à l'interne ou avec un
accompagnement, sa valeur dépend de la rigueur qu'on y met et de la volonté réelle
de suivre les priorités qui en ressortent. Les organisations qui en tirent le
plus sont celles qui abordent l'exercice avec humilité, prêtes à remettre en
question des façons de faire établies plutôt qu'à confirmer ce qu'elles
pensaient déjà savoir, et c'est vrai quelle que soit la formule choisie.