Ils viennent du Québec, de l'Afrique, de l'Europe de l'Est et d'Asie. Ils souhaitent travailler pour un salaire décent. Ils sont prêts à forcer et à faire de longues journées dans des conditions difficiles, isolés du reste du monde.
Les débroussailleurs ont inspiré Stéphanie Lanthier, enseignante à l'Université de Sherbrooke et documentariste. Elle présentera Les Fros, ce lundi soir 19 h, dans le cadre de la série Regards d'auteurs au Centre culturel. Fros est une vieille expression abitibienne qui désigne les étrangers. C'est aussi le titre d'une chanson de Richard Desjardins qui parle des travailleurs étrangers installés en Abitibi.
Ce qui frappe le plus avec le documentaire de Stéphanie Lanthier, c'est la fierté de ses hommes. Un brin philosophes et amusants. «Ce sont de véritables Hercules des bois! Pour eux c'est puissant et important de reconnaître leur travail. Ce film était l'occasion rêvée de le faire. Ils travaillent à force de bras, dans des conditions extrêmes. Pluie, neige, chaleur, froid et des insectes à profusion. Inévitablement, cela fait d'eux des hommes puissants et fiers. Ils sont aussi très drôles! Il y a beaucoup d'humour dans le film.»
La réalisatrice a gagné la confiance des travailleurs et cela fait place à des confidences touchantes et surprenantes. «À force de travailler isolés, loin de leurs proches, ils ont beaucoup de temps pour penser à la vie, à leurs parcours. Quand la caméra arrive, pouf! Ça sort! Gérard nous parle de sa vie personnelle, Anthony de son arrivée au Québec en paquebot. Ils entendent parler du bois en arrivant ici et l'argent qu'ils auront en six mois de travail les incite à tenter leur chance. L'appel du bois c'est comme un El Dorado.»
Un travailleur peut faire 40 000$ en six mois de boulot. Plusieurs essaient, certains réussissent. Gérard, un des participants du film, a 63 ans et fait ce métier depuis 19 ans. Le bois le calme et lui donne une grande liberté qu'il ne trouve nulle part ailleurs. « Gérard incarne la souche québécoise du film! Sa vie était olé olé! Le métier de débroussailleur le calme et il en a besoin pour bien fonctionner. Son boulot l'a sauvé. La sève lui coule dans les veines»
Un portrait de notre terre d'accueil
Leur vision de notre province et de notre culture nous pousse vers une réflexion intéressante sur ce que nous sommes et ce que nous souhaitons. Un grand nombre de travailleurs étaient vétérinaire, infirmier, électricien, professeur de chimie. En arrivant au Québec, leurs diplômes ne sont pas reconnus et ils se retrouvent à couper du bois dans le nord québécois. Une autre belle occasion de se pencher sur cette réalité. «Nous devons réfléchir sur notre identité. Anthony nous dit de prendre soin de notre langue française, de crier au monde entier que nous parlons français!» C'est aussi très inspirant d'être témoins de la grande solidarité entre les travailleurs. «Il n'y a pas de compétition entre eux, ils sont tous là pour la même raison : faire de l'argent. Si un des gars est pris sur le bord du chemin, les autres vont l'aider. Si un autre craque, les autres seront là pour le ramasser. Il y a une grande fraternité. C'est un beau message. C'est ce que le Québec d'aujourd'hui devrait être, tolérant et ouvert.»
Pour découvrir ces travailleurs passionnants et reconnaître ce travail exigeant, rendez-vous lundi 19 h, au Centre culturel de l'Université de Sherbrooke. Une belle soirée avec la cinéaste Stéphanie Lanthier qui passera beaucoup de temps avec Renée Martel dans les prochains mois. L'artiste country sera à l'honneur dans son prochain documentaire.