C'est fou la visibilité que les chefs cuisiniers ont par les temps qui courent. Les émissions de cuisine se multiplient, les télé-réalités et les chaînes spécialisées se concurrencent à grand coup de chefs vedettes, que l'on pense à Gordon Ramsay, Jamie Oliver, Bobby Flay, Martin Picard, Stephano Faita, Chuck Hugues, Daniel Vézina et j'en passe. Je me demande jusqu'où ça va aller, est-ce vraiment nécessaire de voir Gordon Ramsay faire une info-pub de sa série de chaudrons, ou de le voir engueuler ces apprentis cuisiniers qui ne sont pas foutus de sortir des plats pour 20 personnes en moins de deux heures dans sons émission Hell's Kitchen. Ce n'est pas vrai non plus que Jamie Oliver fait son marché avec son scooter à tous les jours, une star de la télé ne fait pas son marché en scooter.
Pour ma part j'ai été juge sur une émission de Ça va chauffer sur TVA et j'ai adoré l'expérience, c'est certain que lorsque la télévision te fait signe, il serait ridicule de dire non. Je trouve cependant que nous devons marcher sur des oeufs, ce que nous affirmons comme chef doit se refléter dans nos établissements respectifs, sinon notre crédibilité en prendrait pour son rhume.
Je me demande si trop c'est comme pas assez, je me demande si être la saveur du jour ne nous nuiras pas à moyen terme. Je me questionne à savoir , si c'est bon pour le métier de faire des chefs instantanés, moi je pense que pour être chef on doit avoir passé des heures derrières les fourneaux à suer, à gérer des bons de commande, à gérer des employés, à gérer des fournisseurs et à gérer une clientèle qui peut être ardue par moment.
Ce n'est malheureusement pas le nombre d'apparitions à la télé, le nombre de collections de casseroles ou le nombre de livres de recettes publiés qui font les vrais chefs cuisiniers. Ici je ne parle pas juste pour moi mais de tous ceux qui travaillent encore dans leurs établissements à raison de 75 heures par semaine, se faire dire par une cliente « Ricardo lui, il cuit son lapon de cette façon ». Tout d'un coup les téléspectateurs deviennent des critiques gastronomiques, pour qui un restaurant 5 étoiles devrait être déclassé parce que l'agneau, un soir donné, était trop salé.
Les sites Internet où les gens peuvent laisser des commentaires, souvent anonymes, ou les blogueurs culinaires nous rendent également la tâche de plus en plus ardue. Depuis quelques années notre marge de manoeuvre est quasi inexistante, que se soit un service un peu trop long, une nappe un peu froissée ou une erreur d'orthographe sur le menu, il n'y a aucun pardon. Par contre dans certains restaurants de type familial, ça semble correct que la moitié de la soupe soit renversée dans la soucoupe plutôt que dans le bol prévu à cet effet, c'est aussi normal que les verres à vin soient sales, que les vins soient servis chauds ou que les assiettes soient tellement ébréchées qu'elles coupent plus que les couteaux à steak. Faites le tour des sites Internet ou des blogues gastronomiques et vous trouverez rarement des commentaires sur ce type d'établissement. Malheureusement, pour ceux qui se rabattaient sur le prix, qu'ils prennent le temps de calculer ce que coûte un repas complet dans un établissement de milieu de gamme, versus une grande table, côté rapport-qualité prix il n'y a pas pratiquement pas de différence.
Le constat est le suivant, profitez de vos expériences auprès des chefs, visitez-les dans leurs établissements, achetez leurs livres de cuisine, échangez avec eux de leur mode de vie et vous verrez dans leurs yeux que c'est la passion qui les animent. Imaginez en plus si vous êtes de ceux qui ont l'esprit ouvert et qui apprécient la restauration bien faite.
Ah oui, j'oubliais cette restauration a un prix........