Rénover un
immeuble construit avant 1990 comporte un risque que beaucoup de propriétaires
sous-estiment : la présence d'amiante dans les matériaux. Ce minéral, utilisé
pendant des décennies pour ses propriétés isolantes et ignifuges, ne devient
dangereux que lorsque ses fibres sont libérées dans l'air, ce qui arrive
précisément pendant des travaux de démolition ou de rénovation mal encadrés.
Pour un propriétaire d'immeuble commercial, institutionnel ou à logements,
l'enjeu dépasse la sécurité d'un seul chantier : il touche le registre qu'il
doit tenir, la responsabilité envers les travailleurs et les occupants, et la
valeur de l'actif.
Ce texte
explique où l'amiante se cache, ce que le cadre québécois impose aux
propriétaires, ce qui se passe réellement quand un matériau revient positif, et
pourquoi la caractérisation des matériaux susceptibles de contenir de
l'amiante devrait figurer au premier budget d'un projet
plutôt qu'à la dernière ligne.
Où
l'amiante se trouve, et pourquoi on ne le voit pas
L'amiante a
été intégré à une gamme étendue de matériaux : calorifuges de tuyaux et de
chaudières, flocages, tuiles de vinyle et adhésifs, composés à joints, enduits
texturés, panneaux isolants, tuiles de plafond, bardeaux et revêtements. Il
était bon marché, efficace et résistant au feu, ce qui explique qu'on le
retrouve à plusieurs endroits dans un même bâtiment sans qu'aucun signe visible
le trahisse.
C'est ce qui
rend les travaux risqués sans caractérisation préalable. Percer un mur,
arracher un couvre-plancher, démolir un plafond peut libérer des fibres si le
matériau n'a pas été identifié. Contrairement à un risque électrique ou de
plomberie, il n'y a aucun avertissement avant que les fibres soient dans l'air.
Et deux immeubles de la même décennie, construits avec des matériaux du même
fournisseur, peuvent donner des résultats très différents, parce que la teneur
en amiante variait selon la gamme et le lot plutôt que selon l'année.
Ce
que le cadre québécois impose
La
réglementation en santé et sécurité du travail encadre l'amiante depuis 2013.
Un employeur qui occupe ou gère un bâtiment construit avant le 15 février 1990
doit faire inspecter les flocages et les calorifuges pour vérifier s'ils
contiennent de l'amiante, tenir un registre des matériaux qui en contiennent,
le mettre à jour et le rendre accessible aux travailleurs et aux entrepreneurs.
Avant tout travail susceptible d'émettre des fibres, il doit vérifier la
présence d'amiante dans les matériaux visés.
Ce registre
n'est pas une case à cocher. Il devient la référence pour tout entrepreneur qui
interviendra dans l'immeuble par la suite, ce qui évite de recommencer une
enquête à chaque projet et réduit le risque sur chaque chantier suivant. Un
immeuble dont le registre est à jour se rénove plus vite et se vend mieux; un
immeuble sans registre est un immeuble dont personne ne connaît le contenu des
murs.
La
responsabilité suit le propriétaire. En cas d'exposition de travailleurs ou
d'occupants, c'est l'absence de vérification préalable et de registre qui sera
examinée, pas la bonne foi. Pour un gestionnaire qui administre un immeuble
pour le compte d'un tiers, tenir ce registre fait partie de la diligence qu'on
attend de lui.
Quand
la caractérisation s'impose
Certaines
situations rendent la caractérisation incontournable avant les travaux.
-
L'immeuble a été construit ou rénové avant 1990,
ou son historique de construction est incomplet.
-
Les travaux prévus comprennent de la démolition, du
perçage ou du décapage, même sur une petite surface.
-
Aucun registre d'amiante n'existe, ou il n'a pas
été mis à jour depuis les dernières rénovations.
-
L'immeuble a changé d'usage, ce qui change
souvent les exigences applicables.
-
Des occupants signalent des matériaux abîmés,
qui s'effritent ou se détachent.
La
caractérisation menée par des professionnels identifie les matériaux à risque,
leur état et leur emplacement, ce qui oriente les mesures à prendre avant,
pendant et après les travaux. L'état compte autant que la présence : un
matériau intact et non perturbé pose souvent beaucoup moins de risque qu'un
matériau friable ou endommagé, et c'est ce qui décide de l'urgence.
Ce
qui se passe quand un matériau est positif
Trouver de l'amiante
n'implique pas nécessairement un chantier long et coûteux. Dans bien des cas,
un matériau en bon état peut rester en place et être géré : identifié au
registre, étiqueté, avec un plan pour le manipuler en sécurité s'il doit être
dérangé un jour. Les firmes spécialisées présentent généralement ces options au
propriétaire plutôt que de recommander d'emblée l'enlèvement complet, parce que
l'enlèvement lui-même crée une période de risque qui n'est pas toujours
nécessaire. La gestion en place coûte aussi nettement moins cher, ce qui en
fait une option réaliste pour un propriétaire qui veut traiter le risque sans
lancer un grand projet.
Quand
l'enlèvement s'impose, parce que le matériau est endommagé ou que les travaux
prévus le dérangeront directement, le processus suit des protocoles de
confinement stricts : zone scellée, équipement spécialisé, travailleurs formés,
et surveillance de la qualité de l'air avant la réouverture de l'espace. C'est
un travail qui ne se confie jamais à un entrepreneur général sans
qualification, quelle que soit l'apparence anodine du matériau.
Une
ligne budgétaire dès le premier jour
Un malentendu
fréquent explique pourquoi la caractérisation est sautée sur les petits projets
: l'entrepreneur qui soumissionne suppose que le propriétaire l'a fait faire,
et le propriétaire suppose qu'elle fait partie du mandat de l'entrepreneur.
Personne ne possède la tâche jusqu'à ce qu'un problème force la question,
généralement à mi-chantier.
Inscrire la
caractérisation au premier budget du projet, avant même d'embaucher un
entrepreneur, règle l'ambiguïté. Pour un propriétaire qui gère plusieurs immeubles,
tenir un registre simple de ce qui a été caractérisé, quand et avec quels
résultats, évite de repartir de zéro à chaque projet et réduit les coûts sur
l'ensemble du parc. Les firmes d'hygiène industrielle et d'environnement du
bâtiment, comme LCL
Environnement, qui offre la caractérisation et la
surveillance de chantier en condition d'amiante pour les bâtiments commerciaux,
institutionnels et résidentiels, travaillent souvent sur cette base de
portefeuille avec les gestionnaires immobiliers.
Une
précaution qui protège tout le monde
La
caractérisation avant les travaux ne représente qu'une petite fraction de
l'échéancier d'un projet, et elle prévient des conséquences graves pour les
travailleurs comme pour les occupants. Un propriétaire qui l'intègre à sa
planification évite aussi l'arrêt de chantier imprévu, l'équipe de
décontamination appelée en urgence et les tests d'air dans le reste de
l'immeuble, tout ce qui coûte plus cher et dure plus longtemps que le test qui
aurait identifié le risque avant qu'on ouvre le premier mur.