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Elizabeth Nadeau Par Elizabeth Nadeau
enadeau@estrieplus.com

Lundi, 4 janvier 2016

Réfugiés : parlons de l’« après »



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Crédit photo: UNICEF/Alessio Romenzi

Professeur titulaire à l'École de travail social de l'Université de Sherbrooke, Michèle Vatz Laaroussi s'intéresse à l'intégration des réfugiés en région telles que l'Estrie. Le flux prochain de réfugiés Syriens dressera plusieurs défis sur le chemin des migrants et des Sherbrookois, selon la spécialiste.

Tout d'abord, elle affirme qu'il est impératif d'éviter d'opposer réfugiés et immigrants économiques : si le statut à l'arrivée est différent, les besoins seront nécessairement les mêmes une fois le processus d'intégration entamé.

« Il faut essayer de faire en sorte qu'on avance ensemble comme communauté et qu'une communauté culturelle ne se sente pas différente de l'autre dans son traitement par la société d'accueil », affirme Mme Vatz Laaroussi. Elle souligne par ailleurs que l'arrivée de réfugiés syriens n'a en soi rien de nouveau pour la région.

« L'Estrie est une des régions recevant des migrants depuis longtemps et qui a reçu plusieurs vagues de réfugiés. Depuis les premières vagues de réfugiés vietnamiens, haïtiens, depuis plus de 50 ans, la région accueille ces personnes contraintes de quitter leur milieu de vie. Depuis une vingtaine d'année, il y a les réfugiés dits publics, c'est-à-dire qu'ils sont soutenus par l'État, et qui s'installent dans un certain nombre de villes déterminées par les services et les infrastructures disponibles pour l'accueil. En Estrie, il n'y a rien de nouveau mais il y aura assurément un besoin en ressources et on devra les retenir dans la région. »

Selon la professeure, c'est tout « l'après » qui doit être rigoureusement pris en charge par les différents intervenants, notamment en vue d'un accompagnement social et professionnel. Il y aura également un travail à faire de concert avec les entreprises et le milieu pour la connaissance des compétences des réfugiés pour que lorsque viendra le temps de les intégrer au marché de l'emploi, qu'on puisse leur proposer des emplois à leur juste valeur.

« En général, les gens aiment bien la région pour le milieu de vie, les logements à un prix abordable, les conditions de vie qu'on peut y trouver et la facilité du transport, explique Mme Vatz Laaroussi. Mais s'ils ne trouvent pas d'emploi, qu'il n'existe pas de réseaux de proximité et qu'ils perçoivent de la fermeture de la part de la communauté d'accueil, ils quitteront l'Estrie. »

Le plan de Trudeau est réaliste
Selon Michèle Vatz Laaroussi, le plan d'accueil de 25 000 réfugiés d'ici la fin de février 2016 est réaliste puisque le Canada accueille plus de 250 000 immigrants annuellement. Le flux prochain de Syriens ne représente que huit à dix pourcent de plus.

« Les infrastructures sont là, mais il faudra des ressources supplémentaires. Le Canada est un pays d'immigration, de réinstallation. Peut-être qu'ils repartiront tous aussi lorsque la situation sera stabilisée en Syrie. Si cette guerre se termine, on estime que le principal souci des réfugiés sera de retourne chez eux, de reconstruire leur pays et leurs vies. Peu de gens souhaitent réellement de partir définitivement et c'est normal. Tant mieux! »

Le phénomène a d'ailleurs été observé avec les Kosovars. En effet, ceux-ci seraient presque tous retournés à la fin de la guerre. Leur arrivée au Canada avait été aussi médiatisée que celle des Syriens et pour cause : une partie des Kosovars avaient été évacués sous les bombardements occidentaux.

« Des Serbes étaient arrivés toute juste avant, rappelle Mme Vatz Laaroussi. Eux étaient vus comme les méchants dans ce conflit et en ont voulu au Canada d'avoir reçu les Kosovas aussi. Plusieurs des pays limitrophes du Kosovo avaient aussi accueilli des réfugiés. Le problème dans le cas des Syriens, c'est que les pays voisins vivent actuellement avec autant de population locale que de réfugiés, ce qui cause une situation épouvantable au plan économique, social et politique. »


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