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Elizabeth Nadeau Par Elizabeth Nadeau
enadeau@estrieplus.com

Jeudi, 21 janvier 2016

Edwin Moreno : parcours d’un réfugié impliqué



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Edwin Moreno (centre), entouré de quelques membres du c.a. de la Fédération des communautés culturelles de l'Estrie (FCCE).

Edwin Alberto Moreno est arrivé au Canada le 7 décembre 2005, six mois après avoir entamé les démarches pour immigrer. Ce court délai s'explique parce que comme bien d'autres avant lui, il a osé critiquer un gouvernant et s'est vu forcé de devenir un réfugié politique.

Edwin Moreno a quitté sa Colombie natale parce que sa vie a été menacée à la suite de sa dénonciation de la corruption de la mairie de Tame, une ville située dans le nord-est du pays. Alors directeur et producteur d'une émission de nouvelles à la radio, Edwin Moreno est aussi un journaliste qui jouit d'une certaine crédibilité. Le problème, c'est que les politiciens corrompus de Tame sont appuyés par les paramilitaires, ou la guérilla, qui sèment la peur partout en Colombie à l'époque.

« C'était une région difficile pour des questions sociales, politiques et sécuritaires », raconte M. Moreno, rencontré par Estrieplus.com dans les locaux de la Fédération des communautés culturelles de l'Estrie (FCCE). Il en est le président depuis l'an dernier.

« À l'époque, les paramilitaires exerçaient une influence considérable sur les politiciens. Quelques citoyens se sont organisés pour entamer un processus démocratique révocatoire, c'est-à-dire qui mène à la destitution d'un politicien. Tous les outils existent, mais jamais un processus ne s'est rendu à terme. Ils voulaient tout de même essayer. On en voulait au maire pour sa façon de gouverner et de traiter les gens. »

L'histoire débute en février 2005. Le journaliste commence à interviewer des gens qui dénoncent les agissements des politiciens. Au même moment, des appels menaçants commencent à entrer à la station. Des poèmes sont aussi écrits dans des pamphlets folkloriques distribués partout en ville, menaçant les gens impliqués dans le mouvement révocatoire. L'un des poèmes menace directement la vie d'Edwin Moreno. Un jour, il est arrivé en retard à une réunion des gens du mouvement.

« Une chance que je suis arrivé en retard parce que deux paramilitaires sont arrivés, l'un s'est posté à l'entrée l'autre a tiré sur tout le monde. Parce que l'arme du soldat s'est enrayée, une seule personne a été tuée et il se trouve que c'était notre porte-parole. Le message était clair. »

À partir de ce moment, Edwin Moreno se déplace escorté par la police et dort dans un périmètre de sécurité autour du poste de police de Tame. D'autres membres du mouvement sont dans la même situation, qui durera une quinzaine de jours.

« Je me disais, je vais attendre que les choses se calment. Un jour, j'ai reçu quelqu'un qui m'a dit que des voitures de taxi étaient stationnées à l'entrée du périmètre et qu'à leur bord se trouvaient des gens qui voulaient me tuer. Ils attendaient que je sorte de la zone de sécurité. »

Edwin jouissait d'une crédibilité et du soutien populaire puisque tous les samedis, il organisait les « chaudrons communautaires ». Avec d'autres, il arrivait dans un quartier et en faisait le ménage. La journée se terminait avec une grande soupe communautaire pour tout le monde. Chaque personne ne devait apporter qu'une pomme de terre : le reste de la nourriture était commandité. Même l'armée le soutenait dans ses activités. Devant la popularité de l'action, le maire a commencé à organiser le même type d'événement, mais en obligeant les employés municipaux à travailler. Et les paramilitaires étaient toujours présents.

« Quelques jours plus tard, j'ai déménagé à Bogota, la capitale de la Colombie. J'étais protégé, mais je n'étais plus rien, je n'avais plus de travail. Je voulais attendre que les choses se calment et retourner chez moi. Un jour, j'ai croisé des paramilitaires et ils m'on sourit. J'ai paniqué. Un ami m'a appelé pour me dire que j'étais recherché. J'étais considéré comme responsable de l'arrestation de plusieurs paramilitaires de Tame. Ils me cherchaient. »

Edwin n'est pas seul : il est soutenu par la Fondation pour la liberté de presse (Flip), la Fédération internationale des journalistes en Colombie (CESO FIJ) et par l'Association démocratique pour les droits de l'homme en Colombie. Avec elles, il prend la décision d'entamer les démarches pour sortir du pays. En août, il passe l'entrevue d'immigration et le 7 décembre 2005, il atterrit à Montréal.

S'impliquer dans sa communauté
Edwin Moreno n'a pas attendu pour commencer à s'impliquer dans sa nouvelle communauté. Déjà, il animait la fête colombienne à Sherbrooke le 30 décembre devant 400 personnes. Comme il lui fallait des diplômes pour être journaliste, Edwin a plutôt décidé de faire un baccalauréat en sciences politiques à l'Université de Sherbrooke, et il terminera sa maîtrise sous peu.

« Je voulais m'impliquer comme je le faisais avant d'arriver, affirme-t-il. La politique m'a toujours passionné. En 2013, j'ai tenté ma chance aux élections municipales contre Robert Pouliot dans l'arrondissement Mont-Bellevue. J'ai obtenu un résultat spectaculaire même si je n'ai pas gagné. »

Spectaculaire parce pour la première fois, un immigrant obtient 33 % des voix, un résultat que personne n'a réussi à avoir contre « Bob » Pouliot depuis 1979. En 2009, il avait gagné par acclamation.

« Je sais que la majorité des personnes qui ont voté pour moi sont des Québécois de souche parce que les communautés culturelles ne sont pas allées voter, affirme Edwin. Pour moi, c'est important. Personne ne voulait confronter M. Pouliot et un immigrant sorti de nulle part l'a talonné. »

Être déterminé à faire sa part
Le sujet de sa maîtrise consiste en la participation électorale des communautés culturelles à Sherbrooke et il est convaincu que le conseil municipal comptera au moins un conseiller issu des communautés culturelles. D'ailleurs, il se représentera en 2017.

« Quand je me fais dire non, je me dis " Ok, on va attendre. " et que je travaillerai encore plus fort pour que ce non se change en oui. Quand ils ne sont pas élus, les politiciens d'ici se disent déçus des citoyens. C'est quoi cette attitude? Moi je leur dit qu'ils doivent continuer à travailler et à parler. Avec cette attitude, jamais ils ne gagneront. »

Et surtout pas en ne sortant sur la place publique qu'une année avant le vote. Edwin Moreno assure que ce n'est pas sa manière de faire de la politique : « Ma façon, elle sera différente. Je suis toujours surpris de voir que la majorité des candidats non-élus deviennent fâchés et qu'ils disent ne plus rien vouloir de la politique. Moi, j'ai d'autres choses à faire qu'être fâché. Ça me chicotte chaque fois que je vois cette situation. »

Selon lui, il existe à Sherbrooke un grand problème de participation citoyenne. « La meilleure manière de s'intégrer, c'est de participer aux activités de la communauté, l'emploi, l'éducation... Les moyens sont multiples. Il faut faciliter l'intégration des nouveaux arrivants, mais aussi faciliter l'intégration de la communauté à ces derniers. Nous sommes tous des Sherbrookois à part entière. »

Edwin Moreno est très déterminé à s'impliquer et à travailler pour les moins nantis et la vie lui a permis de le faire de différentes façons. Actuellement, c'est comme président de la FCCE. Il se sert notamment de ce rôle pour participer activement à l'arrivée prochaine des réfugiés syriens à Sherbrooke.

« Il faut être solidaires », conclut-il.


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