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Elizabeth Nadeau Par Elizabeth Nadeau
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Mercredi, 17 février 2016

Survivre à la leucémie de son enfant



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Le couple Faucher-Gagné a bien failli ne pas survivre à la maladie de Frédérick, leur fils de sept ans. Aujourd'hui, ils ont une toute autre vision de la vie.

Le 29 août 2014, à 16h, Nathalie Faucher et Jean-Pierre Gagné se sont rendus au CHUS Fleurimont. Convoqués par leur médecin de famille, ils allaient apprendre que leur fils de sept ans, Frédérick, souffrait d'une leucémie.

« Avant le diagnostic, je pensais sans prétention qu'on avait une bonne communication comme couple, se souvient Nathalie. Je me disais qu'on devait se concentrer sur le protocole de traitement, que le médecin devait cesser de gaspiller de la salive sur les difficultés contre lesquelles il voulait nous mettre en garde. On a vite compris que le bouleversement allait affecter notre relation bien au-delà de ce qu'on pensait. »

La publicité de la Société canadienne du cancer décrit parfaitement le bouleversement de l'annonce de la leucémie chez leur garçon.

« Ça fait mal, tu te sens réellement projeté par l'arrière, affirme Jean-Pierre. Tu ne sais pas si tu auras la chance de garder ton fils ou si la vie te l'enlèvera. C'est un bouleversement intense que l'on vit différemment d'une personne à une autre. »

« C'est comme une vague de « mais qu'est-ce qui se passe? » Comme couple, comme famille, nous avons toujours eu une petite vie rangée, nos enfants vont dans une bonne école, ils n'ont jamais été gardés plus de 48 heures, notre famille passait en premier, notre couple était important », souligne Nathalie Faucher. Bref, c'est être submergés par l'injustice de la situation.

Les enfants d'abord
Nathalie et Jean-Pierre se sont d'abord préoccupés de la santé de Frédérick. Puis d'Antoine, âgé de huit ans à l'époque.

« Mes garçons ont 15 mois de différence et n'avaient jamais été séparés plus de 24 heures. Heureusement, nous avons eu un couple d'amis, qui ont une fille de l'âge d'Antoine et avec qui il était à la garderie, qui a pris en charge Antoine quand nous en avions besoin », souligne Nathalie.

Dans un couple et comme parents, il y a des rôles qui s'installent. Dans leur cas, Jean-Pierre était Patch Adams et Nathalie, la Mère supérieure.

« Nous sommes mariés depuis treize ans. Avec la maladie, c'est comme si les rôles qui pouvaient au départ être équilibrés s'amplifiaient et devenaient deux extrêmes. Mais c'est correct parce qu'ils viennent à s'équilibrer », affirme Nathalie.

Les deux parents sont travailleurs autonomes : elle est psychoéducatrice et lui, orthothérapeute. Nathalie a cessé de travailler et Jean-Pierre a mis les bouchées doubles pour subvenir aux besoins de la famille.

« Des subventions pour être aux côtés de son enfant malade, ça n'existe pas. Ce que le gouvernement fédéral offre comme soutien est loin de couvrir un salaire, d'autant plus que nous nous sommes installés un mois durant à Montréal pendant les traitements », explique-t-elle.

Nathalie et Jean-Pierre en sont arrivés à parler de divorce, un bon soir: rien n'allait plus.

« Nous vivions des conflits comme jamais et un rien pouvait faire exploser quelque chose dont nous avions pourtant discuté quelques jours auparavant », se souvient-elle.

« Il existe un mot pour décrire tout ça : un raz-de-marée d'émotions. Tous les aspects de la vie sont touchés dans une crise comme celle-là : la famille, le couple, les finances. Comment tu gères tout ça par la suite est une question d'attitude. Nous avons eu une attitude optimiste là-dedans et ça a aidé, même si on ne savait pas comment cet épisode se terminerait, relate Jean-Pierre. Je n'ai pas de difficultés à croire que des couples implosent dans une situation comme celle-là. »

Ils ont pu compter sur beaucoup de support pour les aider à passer au travers de la leucémie de Frédérick. Même que les parents des camarades de classe du petit venaient quatre jours par semaine avec leur progéniture. Repas et divertissement les accompagnaient toujours. Comme le plaisir a toujours eu beaucoup de place dans la famille des Faucher-Gagné, ce support aura été plus que bénéfique pour tout le monde.

Et maintenant?
« La pensée magique que ça n'arrive qu'aux autres, ça n'existe plus pour nous, affirme la maman. Pour passer au travers en tant que couple, ça prend beaucoup d'empathie, une chose qui est extrêmement difficile à avoir. Quand tu es émotionnellement impliqué dans autant de stress, d'injustice, toutes les émotions sont poussées à l'extrême. Il faut de la compassion pour l'autre, même si on se dit parfois qu'il ne reconnaît pas ce que l'on vit, mais oui. L'autre personne vit la même chose. »

Selon Jean-Pierre, passer au travers d'une crise comme la maladie d'un enfant permet d'apprendre à ne pas juste communiquer pour communiquer, mais d'établir une communication constructive. Cela permet aussi d'être plus forts au sortir du bouleversement.

« On est plus forts comme couple et on prend maintenant les choses à un autre niveau, explique-t-il. Les petits désagréments de la vie, on n'en fait plus de cas. J'apprécie ce que j'ai. On apprend à regarder ce qu'on a, on l'apprécie et on n'en veut pas plus. J'ai une autre vision de la vie et je suis loin d'être malheureux qu'elle ait changé! J'apprécie aujourd'hui l'essentiel : ma femme et mes enfants. J'ai conservé mes valeurs et je les ai concrétisées. »


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