Le tandem Lazaridis Balsillie n'est plus. Pfoooshhhh! Liquidé ! Depuis hier, l'Ontarienne Research In Motion (RIM) est dirigée par un seul homme, Thorsten Heins, un ex de chez Siemens Communications qui commandait, jusqu'en août dernier, la division matériel et ingénierie et, depuis, la division produits et ventes. Le nouveau PDG se dit très enthousiaste face à la tâche qui l'attend, dont les lancements prévus du Playbook 2, d'ici deux mois, et du BlackBerry 10, quelque part en automne.
Pour sa part Mike Lazaridis est rétrogradé au rang de VP et il agira comme conseiller auprès de Thorsten Heins. De plus, il siégera au CA. Quant à son alter ego, Jim Balsillie, on ne le retrouvera plus qu'au CA. Bon vent, messieurs !
Reprenons cette nouvelle en termes maritimes. Jugeant ne pas avoir besoin d'un pilote, les deux capitaines (sic) d'un paquebot se fient à leur officier mécanicien pour naviguer le long des côtes italiennes. Et là, crac!, le Léviathan des mers se troue la coque sur des récifs pourtant connus et devient une épave qui entreprend de se submerger.
Affolé par le désastre et le nombre de victimes qui ne cesse de grossir, l'armateur dégomme les deux capitaines et demande au chef mécanicien à qui il avait récemment confié la vente des billets, d'assumer le commandement. Son commentaire, au nouveau capitaine, quand on lui fait remarquer que son bateau gît sur le flanc et risque, en tout temps, de glisser vers le fond ? « Je suis très enthousiaste (I'm very excited) devant les nouvelles destinations que nous allons offrir aux amateurs de croisière d'ici l'automne ». Comme si les fenêtres de la timonerie étaient teintes en rose.
Mais vous savez quoi ? Ça va probablement marcher. Sur quoi je me base ? Tapez-vous la vidéo que RIM vient de rendre disponible (je vous la colle ci-après). Ne trouvez-vous pas que Thorsten Heins ressemble au Harper des débuts, celui qui était mince, celui de qui on riait quand avec son fonds de commerce « Reform » il s'imaginait capable de devenir premier ministre du Canada. Or, non seulement l'est-il devenu, mais il dirige un gouvernement majoritaire, que ça nous plaise ou non. Observez le nouveau PDG. Même allure que Harper, même ton stressé, même coupe de cheveux dans le style moumoute. Si une image vaut mille mots ...
Est-ce que cette nomination va faire taire les rumeurs d'acquisition dont RIM est l'objet depuis l'automne dernier ? Je l'ignore. Mais si, comme l'affirme Thorsten Heins, la dette de l'entreprise est négligeable, que la tirelire corpo est garnie d'environ 1,5 milliard $, que le chiffre d'affaires du dernier trimestre (5,2 G$) représentait une hausse de 24 % et que la clientèle avait cru de 35 % au cours de la dernière année, la situation est loin d'être inquiétante et RIM est loin d'être couchée sur le flanc; elle est à peine embourbée dans les hauts fonds. En fait, une bonne marée la dégagera sûrement.
Alors, il est où le problème ? Pourquoi a-t-on nommé un nouveau capitaine ?