(prise de vue: Guy Ahier)
Les situations impossibles arrivent parfois dans un décor stupéfiant. Voici l'inénarrable récit de l'une d'elles. Le cadre ? Dix jours de tournage vidéo en Gaspésie dans un contexte tellement serré que la marge de manœuvre est pratiquement nulle.
Pour économiser du temps, il avait été convenu que sur une base quotidienne, l'on procéderait à l'acquisition des images tournées dans un ordinateur portatif. Le drame ? La caméra était une Canon avec sortie numérique FireWire 400 (IEEE 1394a-s400) et l'ordi, un MacBook Pro dont le connecteur était un FireWire 800 (IEEE 1394b-s800).
Si vous êtes familier avec le grand cirque des standards industriels, vous savez déjà que contrairement à ce qu'on retrouve en giron USB, les versions 400 et 800 de la norme IEEE 1394 sont physiquement incompatibles. Enfer, damnation et autres imprécations moins livresques !
Jour 2, au chaud dans un des casse-croûte qui tiennent encore le coup à Chandler, nous décidâmes, entre les deux premiers tournages du matin, d'aller visiter les deux boutiques de matériel électronique de l'endroit dans l'espoir que l'une d'elles n'ait une interface 400/800 sur tablette. On peut rêver, non ? Mais ce fut poche d'ours, même si chez Stéréo Plus ont fit des pieds et des mains pour essayer de nous dépanner !
Pourtant, en fin d'après-midi, alors que nous revenions de Grande-Rivière sur la 132 en direction de Chandler le caméraman me demanda d'arrêter devant, Bernard Électronique, une boutique de réparation de télévisions dont la dame du presbytère visité deux heures plus tôt nous avait parlé. « Sait-on jamais, » dit-il. Convaincu que l'on perdait notre si précieux temps, j'obtempérai quand même et, pendant trois quart d'heure, nous eûmes droit à un cours sur le commerce audiovisuel en région éloignée.

(prise de vue: Guy Ahier)
Mais comme s'il eut voulu impressionner les indécrottables Montréalais que nous étions sûrement, le sieur Bernard accomplit, là, devant nous, la partie un du miracle. Il nous griffonna sur un bout de papier les coordonnées d'un certain Alain Chabot, bidouilleur itinérant spécialisé dans les choses Mac.
Au téléphone, une dame, que son âme soit bénie, accomplit alors la partie deux. Elle me dit que son monsieur était sur la route et me donna son numéro du cellulaire. Je vous jure ! Encore mieux, une voix masculine, celle dudit Chabot, répondit. Là, tenez-vous bien, il m'informa, partie trois, qu'il se trouvait cinq arpents plus loin, de l'autre bord de la 132 (c'est pourtant très grand la Gaspésie...) et, partie quatre, me confirma avoir avec lui, là, présentement, en main, le bidule interfaçant qui nous manquait si cruellement !
À ce point-ci de mon récit, je vous soupçonne de ne plus me croire tant les probabilités ont cessé de se pouvoir ! Mais continuez quand même de me lire; le meilleur est à venir !
M. Chabot était chez une cliente en train de vaquer à l'entretien de ses Mac, une boutique de lingerie fine dont la raison sociale (on ne peut plus évocatrice) était « La Nuit Blanche Enregistré ». Il n'y a pas de « e » muet au mot « enregistré », mais j'ose croire que si on enregistre en mémoire nos nuits blanches, c'est que la lingerie était très fine, non ?
Bref, le gaillard apparut dans un décor surréaliste de bobettes chatoyantes, de jaquettes coquines et de soutien-gorge outrecuidants, en brandissant, sourire déployé, notre bidule, un petit bout de plastique noir tout con mais combien essentiel. Il nous en coûta 20 $, soit à peu près le prix qu'on aurait payé dans une boutique vraiment bien garnie de Montréal.
En prime, il me vendit (20 $) l'interface HDMI-iPad que je n'avais pas trouvée chez Future Shop en décembre dernier (mais ça c'est une autre histoire !) et me donna un cordon de raccordement USB pour iPhone ou iPad. Tout cela dans une boutique propice à l'œuvre de chair !
Que conclure sinon que désormais, à chaque fois que je passerai devant un étal de lingerie fine, j'abandonnerai mon surmoi, le temps d'une méditation sur ... la nature des miracles.
Belle, mon histoire, non ?
Si jamais vous voyagez en Gaspésie avec un Mac, gardez en mémoire le nom d'Alain Chabot. Il habite Gaspé. Peut-être saura-t-il vous dépanner ou, à tout le moins, vous étonner.
Une bonne année à vous tous ! Et merci de continuer à me lire.