Les mots à taper dans Google pour bien saisir ce dont il est question dans cette chronique sont « Oil Slick », « Galaxy » et « Samsung ». Depuis l'été, en fait depuis le lancement de la superbe tablette Galaxy 10.1 du géant coréen, ces termes nous renvoient à une détestable anomalie qui fait rager bien des utilisateurs un peu partout au monde. On dirait une « bulle » d'air ou de liquide qui vient se former sous la couche extérieure de l'écran, une « bulle » qui peut se ramifier, s'agrandir, se promener et réagir à la pression des doigts.
Mais ce n'est pas une vraie bulle, c'est plutôt une illusion. On tend en effet à associer ce phénomène à celui de l'anneau de Newton qui, comme on le sait tous, est le résultat d'une interférence entre deux ondes lumineuses qui se croisent sur une surface de verre, une sorte d'illusion d'optique qui nous donne une image moirée. Mais la presse spécialisée préfère plutôt parler de « Oil Slick » (marée noire) pour qualifier ce qui, depuis la fin de l'été, est devenu un mini désastre de relations publiques. La (les) bulle(s) ressemble(nt) parfois à des gouttelettes d'or noir ayant fui de quelque part.
Image empruntée à Wikipedia; en cliquant, vous vous rendez sur la fiche (anglaise au lieu de française parce que plus complète). Sur cette photo, on voit très bien l'effet (les lignes mauves) de l'interférence lumineuse.
À parcourir les nombreux forums, on apprend que ce bogue peut se manifester après quelques heures d'utilisations ou qu'il est présent d'entrée de jeu ou qu'il n'a pas encore donné signe de vie (touchons du bois) ou qu'il ne le fait qu'en cas d'utilisation prolongée de la tablette.
On apprend qu'il est possible de le faire disparaître temporairement en soufflant de l'air chaud dans les prises de raccordement du Galaxy ou en plaçant ce dernier dans un frigo pour au moins une demi-heure ou en le tournant à l'horizontale ou à la verticale pour que l'image se refasse. En fait, les recettes semblent abonder, mais aucune ne semble arriver à régler le problème pour de bon (à ce qu'il semble, personne n'a encore essayé de se tenir sur une seule jambe, les bras en croix, à minuit tapant par soir de pleine lune, au centre d'une croisée de chemins ruraux, avec une poule morte sur la tête).
Quant à Samsung, elle fait celle qui ne reconnaît pas le problème en attendant que la grogne ne s'étouffe. « Jean Charest, sort de ce corps ! » a-t-on envie de dire. Le problème, c'est que les plaintes vont en augmentant et qu'elles ne semblent pas liées à un lot particulier de Galaxy 10.1. Elles proviennent de l'Europe, de l'Asie, des Amériques et même de Montréal. À preuve, voici ce que vient de m'écrire monsieur X, un habitué de ce blogue qui préfère cacher son identité montréalaise : « J'ai acheté ma Galaxy 10.1 à la fin d'août et j'ai commencé à subir le problème deux mois plus tard. Je l'ai envoyé à la réparation, gratuitement, par UPS. Deux semaines plus tard, je n'avais toujours pas de nouvelles de « Service Absolut », les sous-traitants qui réparent.
J'ai dû téléphoner Samsung et le jour même, on m'a renvoyé la tablette, cette fois par Purolator. Sauf que la tablette m'est revenue endommagée (photo ci-contre.). Ils disent que c'est dans le transport. Allez savoir. Le coin droit supérieur est bossé, strié, et j'ai dû appuyer sur la vitre pour la rentrer comme il faut.
Quelques jours plus tard, le problème (Oil Slick) est réapparu. Autre appel à Samsung (enfin, plusieurs...) : leurs ingénieurs ne sont pas au courant ou ne reconnaissent pas le problème que tant de gens éprouvent. S'ils ne le reconnaissent pas, le problème n'existe pas. Simple. Ils ne veulent pas échanger la tablette. Je dois la retourner à la réparation.
Or, sur le bordereau du travail effectué par Service Absolut, tout ce qui est écrit c'est (en anglais): Cleaning. Ils n'ont rien réparé. Bien sûr, puisque le problème n'est pas reconnu par les ingénieurs de Samsung, donc le problème n'est pas répertorié dans leur base de données, donc ils ne peuvent réparer.
Mais je dois l'envoyer à la réparation quand même. Au moins 3 fois, semble-t-il, avant que quelqu'un autorise un échange. À ce stade, je crois que je préférerais un remboursement. M'est avis que je vais devoir m'obstiner et perdre beaucoup de temps avec eux. »
Ça ressemble un peu à notre politique provinciale, ne trouvez-vous pas ? Samsung, c'est l'ennemie principale d'Apple, du moins dans la guerre des brevets. C'est une multinationale énorme qui, avec Android (vanille et Honeycomb) représente une alternative digne de ce nom. Or, justement, Apple qui domine ce marché fou fou vient de lancer un iPhone 4s avec des problèmes documentés : batterie qui se décharge trop vite, Siri (dont je vous ai parlé) qui n'est qu'en beta pas au point, qui ne connaît pas la géographie canadienne, qui ne comprend pas certains accents dont celui du français québécois, l'appareil photo qui refuse parfois de fonctionner, etc. Avant, il y avait eu le iPhone 4 et ses problèmes d'antenne qu'Apple avait tardé à reconnaître (pour utiliser des termes polis).
Je sais que le iPhone n'est pas une tablette comme la Galaxy, mais la marque Samsung aurait pu en profiter pour ravir des parts de marché à la marque Apple. Tout cela s'est passé en pleine rentrée scolaire, période se traduisant généralement en une augmentation significative des ventes. Hélas, ce que l'on apprend en tapant « Galaxy 10.1 » dans Google, c'est qu'il y a un problème désagréable et qu'il serait préférable d'attendre avant d'acheter. Pourquoi quitter Apple pour Samsung, si c'est aussi pire en Corée qu'en Californie ?
Si j'étais monsieur Samsung, je fouetterais ma R&D jusqu'à ce que je connaisse les tenants et aboutissants de ce bogue, je trouverais la mesure correctrice, je rappellerais à mes frais (car j'en aurais les moyens) les Galaxy 10.1 vendues à ce jour, je les réparerais sans râler et, dans le colis de retour, j'ajouterais une carte cadeau permettant d'acheter pour 50 $ de gugusses dans la boutique en ligne Android. Cela fait, je clouerais les responsables sur une porte de grange.