Misère ! La lecture d'un communiqué de Bell Média Numérique vient de me rendre marabout. Mais comme il fait beau, je devrais avoir digéré ce mauvais brouet une fois ma chronique mise en ligne.
Figurez-vous que cette engeance de la famille Bell Canada vient de réaliser une enquête auprès des abonnés de son réseau mobile. Il en découle un rapport intitulé « 4e Portrait annuel des médias mobiles » où on apprend que la téléphonie portable dite intelligente constitue une plate-forme commerciale par excellence. Sa raison d'être n'est plus de communiquer ou travailler ou s'amuser, mais d'apprécier les offres publicitaires et de dépenser des sous.

Voici les principales conclusions de l'étude :
* 82 % des usagers croient que le mobile est une bonne façon de prendre connaissance de nouveaux produits et de nouvelles marques; * 80 % croient que ça peut les influencer à mener des recherches sur un produit ou un service; * 71 % croient que ça peut changer leur perception d'un produit ou d'un service; * 65 % croient que ça peut les inciter à acheter un produit ou un service. |
Voici comment Bell explique sa démarche : « Le Portrait des médias mobiles canadiens a étudié les habitudes et les préférences d'utilisation des consommateurs par appareil, par système d'exploitation et par consommation de contenu, ainsi qu'en fonction de l'heure et de l'endroit de l'utilisation parmi les propriétaires canadiens d'appareils mobiles âgés de 16 à 64 ans, dans toutes les provinces du pays. Des optiques d'analyse en fonction de l'âge, du sexe et de l'emplacement géographique ont été appliquées aux données afin de garantir aux marques collaborant avec l'équipe des Ventes de Bell Média Numérique l'accès à des données hautement pertinentes et exploitables au sujet de leurs segments de clientèle cibles (sic), d'une manière qui est conforme aux pratiques existantes de planification ».
Si vous portez attention à la dernière phrase, vous venez de comprendre l'essence du plan d'affaires de Bell Mobilité : garantir à des annonceurs l'accès à des données hautement pertinentes et exploitables générées par les abonnés de Bell. Cela signifie vouloir faire du fric en permettant à des « partenaires » d'en faire en leur vendant une talle bien mesurée de consommateurs rupins repus ravis.
Autre perle : « Les utilisateurs (...) lancent (...) un message aux marques canadiennes pour qu'elles rendent plus de contenu accessible aux appareils mobiles. Lorsqu'on leur demande ce qui les inciterait à utiliser davantage l'Internet mobile, les principales raisons fournies par les répondants avaient toutes trait à des problèmes qui seraient résolus par des sites mieux optimisés pour les appareils mobiles : des sites mieux conçus pour la navigation mobile; des sites mobiles plus conviviaux; et davantage de sites mobiles. »
Faites-vous la relation entre les deux phrases de ce paragraphe ? Si oui, vous venez de comprendre que, selon Bell, les usagers veulent des sites optimisés pour le mobile pas parce que ça se lit mieux ou que la navigation est plus simple, mais parce ça permettrait de mieux afficher le contenu commercial des marques partenaires. Dieu du ciel !
Je sais. Il y a belle lurette que les vraies valeurs ont foutu le camp. La vie d'aujourd'hui, la vraie et son lourd pendant cybersocial, ne s'évaluent plus qu'en gigaoctet, gigahertz, carats ou options. Mais, il y a des limites à prendre les gens pour des citrons à presser. Non ?
Ô lassitude !
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