Je suis en train de vous écrire cette chronique avec un gros Mac sous Lion, la toute récente version 10.7 (20 juillet) du Mac OS X. Ce qui signifie que j'ai surfé la vague du progrès en laissant chérubins, séraphins et autres archanges zigonnant sur le Nuage installer à ma place une version charnière du système d'exploitation. Pendant trois ou quatre heures, mon Mac s'est téléchargé une copie de Lion et se l'est bidouillée. Moi ? J'en ai profité pour faire autre chose; je vous rappelle être en vacances jusqu'à la semaine prochaine.
Le prix pour cette félicité infonuagique n'est que de 30 $ CAN (ou 50 $ en version Serveur) et on a le droit d'en faire bénéficier cinq machines différentes (kin toé Microsoft !). Aucun lecteur de CD/DVD requis ! Le MacBook Air est désormais le roi de la route ! Par contre, ceux qui habitent un territoire non desservi par la haute vitesse Internet peuvent se rendre dans une boutique Apple et se télécharger 10.7 sur place. Sinon, ils peuvent attendre l'automne alors qu'Apple le rendra disponible sur clé USB moyennant 69 $.
La populaire fabricante parle de 250 nouvelles fonctions et nous les présente ici. J'en ai fait le tour rapidement et certaines m'ont laissé de glace. Prenez «Misison Control» Iillustration c-haut), une façon d'avoir une vision d'ensemble de tout ce qu'on a d'ouvert. Génial dans le cas d'un MacBook ou d'un iMac ! Mais moi, je teste Lion dans un MacPro qui dispose de trois moniteurs. Dans mon cas, cette nouveauté n'est donc qu'un « gugusse kioute ».
Reste que d'autres nouveautés m'ont intrigué. Par exemple, j'ai perdu dix minutes à essayer de me sortir du nouveau mode d'agrandissement dans «Accessibilité». J'avais bêtement zoomé dans Safari selon ce nouveau mode et je n'étais plus capable de revenir au Bureau. C'est alors que je me suis rappelé la bonne vieille combinaison « Command-Q », truc efficace que j'utilisais déjà en 1984 ...
J'ai ensuite branché un pavé numérique (TrackPad) Bluetooth et je me suis amusé avec le potentiel tactile (zoom par pincement, défilement horizontal, etc.). Vous écrire que cela a augmenté ma productivité serait vous mentir. Par contre, je me suis juré d'y revenir dès que je me serai cassé une jambe et que j'aurai beaucoup de temps pour m'occuper.
Il faut dire que le produit est majeur et qu'en faire le tour prend du temps. Il y a des comportements nouveaux qu'il va me falloir apprivoiser. Et comme pour toute nouveauté, rien ne semble limpide d'entrée de jeu, surtout que de nombreuses fonctions requièrent la présence d'un deuxième Mac lui aussi soumis au Roi Lion. C'est le cas d'AirDrop où deux Mac lionisés peuvent s'échanger des fichiers par WiFi sans midi à quatorze heures réseau. Autrement dit, je vais y revenir de temps à autres.

On télécharge Lion à partir de la boutique en ligne d'Apple. L'opération peut être très longue. C'est comme qui dirait, « y a du monde à messe ! »

Quand on est prêt, on lance l'installation et la bête nous apparaît. Le Nuage a pris le contrôle.

Ça s'installe. Et c'est fini.
Pourquoi avoir attendu cinq jours avant de vous entretenir de ce produit ? Pourquoi ne fais-je pas partie de ce million d'utilisateurs qui, dans les premières 24 heures du lancement, ont acheté et téléchargé l'inquiétant minet ? Principalement parce que je suis quelqu'un de cybernétiquement prudent. Avant de me lancer dans la savane, je me suis d'abord documenté sur l'état de la grogne dans les campements. À plus forte raison qu'une certaine fatalité me caractérise. Si c'est pour foirer quelque part, ça foirera chez moi ! Certains amateurs de lions se sont en effet plongés, sans trop de préparation, dans les premiers safaris. Leurs déboires sont abondants et bien racontés dans les forums d'aide, dont celui du soutien technique d'Apple.
Cette fois, mon rituel fatum s'est manifesté, cela va de soi, mais il l'a fait sans aucune sévérité. Il l'a fait d'une façon qui ne se compare pas aux malheurs dénoncés par certains sur la Toile. Tant et si bien que ce matin, je n'ai pas envie de tout effacer et de retourner en arrière sous Snow Leopard, la version précédente du Mac OS X. Au contraire, j'ai le goût d'approfondir.

Oui Apple a déjà livré des SE moins problématiques, non Lion n'est pas un paquet de bogues. C'est une mise à niveau majeure qui nécessite qu'on la traite comme telle. Le problème, c'est que Cupertino la présente comme quelque chose de simple et pas onéreux que l'on télécharge et installe en deux ou trois clics. Les nouveaux venus en ce giron pourront être tentés, voire alléchés. Les vieux de la vieille comme moi vont se méfier et redoubler de prudence.
On ne passe pas de 10.6 (Snow Leopard) à 10.7 (Lion), comme on l'a fait de 10.6.6 à 10.6.7. Dans le premier cas, on fait face à une mise à niveau, dans le second, à une simple mise à jour. Passer de Snow Leopard à Lion, c'est comme troquer Windows XP contre Windows 7. Passer de 10.6.6 à 10.6.7, c'est comme recevoir le paquet de rustines hebdomadaires en provenance des serveurs de Microsoft.
En ce sens, il faut savoir ce que l'on fait et il faut se prémunir contre le malheur. Si tout merde, il faut pouvoir revenir au « statu quo ante bellum » de Snow Leopard sans rien n'avoir perdu. Cela signifie qu'il faut préalablement avoir vérifié si la Time Machine avait vraiment bien fait son boulot. Car la seule façon de se débarrasser du lion pour revenir au gros léopard blanc, c'est de reformater son disque et de redémarrer avec 10.6 sur DVD.
Il faut savoir également que 10.7 Lion est le premier système d'exploitation Mac qui n'entend plus parler la langue des vieux processeurs PowerPC, ces puces Motorola qui articulaient le Mac avant son virage Intel. Méchante méchante, la compagnie Apple ? Non. Ça fait au moins un an qu'on le sait, qu'on a eu le temps de se préparer en conséquence. Et si on n'entend pas encore se départir de ses vieux G4 et G5 sous architecture Motorola, on n'a qu'à rester sous 10.6, une excellente version du Mac OS X. Windows XP qui fêtera bientôt son dixième anniversaire est encore très populaire dans l'univers du PC.

Dans mon cas, le prix à payer a été plutôt modeste. Dans un contexte où la très grande majorité des logiciels a fonctionné du premier coup, p. ex. le coffret CS 5.5 d'Adobe ou ma vétuste version de Toast Titanium (Roxio), j'ai quelques titres qui ont testé mon gros nerf. Même que certains ont cessé de fonctionner pour de bon. Par exemple, Mac The Ripper, un produit servant à «archiver» les DVD films a vu son icône se recouvrir d'un symbole d'interdiction (illustration ci-contre). Idem pour Ideal Solitaire, un coffret de jeux de patience. Dans ces deux cas, rien n'indique que leurs fabricants vont lancer une version Intel.
D'autres logiciels ont cessé de ronronner en tout ou en partie, mais j'ai pu trouver une version sympathique à Lion en visitant leur alma mater. C'est le cas notamment des pilotes Display Link, une ressource Mac permettant de me raccorder un troisième moniteur à une borne USB, ou encore de Vmware Fusion, un logiciel de virtualisation, dont la nouvelle version 3.1.1 gratouille allègrement la crinière du gros félidé.
Du côté impérial, la panoplie bureautique Office 2008 a bossé comme avant sans nécessiter de retouches nécessaires. Mais un copain m'a dit hier que chez lui, Office 2004, un coffret conçu à l'époque pour les PPC, refusait de se déployer. Quant à Office 2011, il semblerait que ce produit tienne la route malgré certains messages négatifs le concernant sur la Toile.

On voit ici ma version de OpenSUSE sous VMware Fusion 3.1.

Ici, Photoshop CS 5.5. Tout a fonctionné du premier coup. NDLR: Le monsieur chauve sur la photo, c'est mon grand-papa, le proprio du chafaud à l'arrière-plan.
Excel 2008 a bien fonctionné lui aussi sans avoir à ajuster quoi que ce soit.

IMovie 11 a nécessité du bricolage sommaire dans « Preferences » avant de pouvoir me livrer son art.
Là où, paradoxalement, j'ai eu le plus de tracas, c'est avec iPhoto et, surtout iMovie. Rien à chialer quant aux autres modules de iLife 2011. La base de données de iPhoto semble avoir subi certains contrecoups. Le petit travail de bénédictin auquel je m'étais livré l'hiver dernier, c'est-à-dire l'identification des visages, semble avoir laissé le gros chat de glace. Une bonne partie de l'info s'est retrouvée volatilisée. Va me falloir aller bizouner dans la Time Machine quand j'aurai un peu de temps.
En ce qui a trait à iMovie, mon module préféré, il a bêtement refusé de se déployer, se contentant d'énerver la roulette multicolore. Comme il n'y avait aucune mention de ce programme dans les préférences (p. ex. «nom_du_Mac/Bibliothèque/Preferences/com.apple.iMovie09.plist»), je ne savais pas trop quoi détruire. J'ai fini par prendre une chance et par foutre toute mention de iLife09, 08 et 07 (y en avait...) aux ordures. Le résultat fut satisfaisant et mes problèmes sont instantanément disparus. Évidemment, les utilisateurs qui ignorent ce subterfuge absolument pas transparent, risquent de continuer à psalmodier leur cybercomplainte antiLion pendant un petit bout de temps.
Cette manipulation démontre ici qu'il n'est jamais génial d'installer un SE en mode mise à niveau sur un autre; le vieux spaghetti demeure. L'idéal est de tout effacer, d'installer une version propre du système, de réinstaller ses applications et de remettre ses données au bon endroit. Évidemment c'est plus long, mais, sur Mac, c'est quand même moins compliqué et moins long que sur une machine Windows.
Par ailleurs, je n'ai pas ressenti ce soi-disant ralentissement que certains déplorent; il semblerait que leur Mac ne soit plus aussi vif qu'au temps de Leopard ou de Snow Leopard. Croyez-moi, il n'y a rien de tel dans mon cas. Le MacPro que j'ai utilisé n'est peut-être pas récent (illustration ci-contre), mais il est quand même costaud (illustration ci-contre). C'est un double quadricoeur Xeon de 3.2 GHz, dont la RAM, de la vielle DDR2 à 800 MHz, totalise 8 Go et la carte graphique, une nVidia GeForce surannée, est une 8800 GT de 512 Mo.
À mesurer l'ampleur du chialage, force est d'admettre qu'il y a des problèmes et que chez Apple, c'est le branle-bas de combat. J'entends d'ici le son des fouets. Ce qui signifie que, dans les prochaines semaines, comme ce fut toujours le cas depuis les débuts du Mac OS X, des tas de correctifs seront apportés au gros minet africain et que pour la rentrée, le pire aura été « patché ». À ce moment, plus personne n'arrachera sa chemise sur la place publique.
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Nelson Dumais - www.nelsondumais.com