Quelle ne fut mon émotion, l'autre jour, quand un taupin de Fedex me transmit l'ultime preuve de bonté que pouvait manifester à mon endroit la bonne fée Telus, celle qui, depuis Rimouski, préside à la distribution de petits bonheurs à des pigistes comme moi. Sans me méfier, j'ouvris l'enveloppe capitonnée et, je vous jure, en extirpai la boîte blanche d'un Nexus S sous Android 2.3.3 ! Un instant, j'eus le réflexe de jeter mon iPhone dans le tas de compost que j'étais en train de remuer, mais avant que je puisse même en évaluer l'hypothèse, mon ado se précipita sur la merveille signée Google/Samsung et disparut en ricanant dans la forêt, par petits bonds nerveux, telle une bête traquée par un pékan.
Il paraîtrait que les ados mâles perçoivent, sans nécessairement les voir, la présence de Nexus S et, quand cela arrive, ils perdent tout contrôle. On en aurait entendu hurler à la lune. Je peux comprendre cela, bien qu'à cette période de ma vie - Dieu merci c'est encore ainsi - c'était plutôt les filles qui me rendaient gaga.
Quand mon gaillard réapparut, deux heures plus tard, ce fut pour me dire qu'il avait fait le tour du bidule, qu'il avait mis son compte Facebook à jour, qu'il avait fait des photos de sa godasse droite et qu'il l'avait transmise à ses contacts, qu'il avait envoyé des textos SMS partout (« hé, j'ai un Nexus S »), qu'il s'était ouvert un compte et qu'il avait téléchargé des apps du Android Market Place. En prime, il avait téléphoné ici et là (« Devine dans quoi j'te parle ? »). Plus tard, il reprit possession de l'appareil pour, cette fois, perdre son précieux temps adolescent dans Angry Bird.
« Pis ? » lui demandai-je en contenant mon envie de lui arracher la tête. « Ben, pis, euh..., c'est chill ». Il s'écrasa alors sur le divan du salon et attrapa une BD. « Chill ? - Ouin ! - Que c'est que tu veux dire ? - Euh c'est ... euh ... c'est cool ! »
Je saluai ce bel effort de traduction intergénérationnel et compris que le petit sacripant avait maîtrisé le Nexus de A à Z sans avoir eu le besoin de lire le manuel ou d'aller quérir de l'aide sur la Toile. Évidemment, c'est un ado et, c'est connu, les ados sont des mutants au sujet desquels aucun géant de l'informatique n'a encore publié de Software Development Kit (SDK) afin de mieux étudier les liens entre leur ADN et certains jeux de circuits.
Pour en revenir au Nexus S, il est aisé de comprendre l'enthousiasme dont je viens de faire état. Google qui ne l'a pas eu facile avec le Nexus One, entend faire oublier sa déconfiture avec ce nouveau modèle apparu au printemps dernier. Je vous parle d'un processeur Hummingbird de 1 GHz, d'une mémoire RAM de 512 Mo, d'un écran « Amoled » légèrement concave de 4 pouces en diagonale à 800 x 480, alias la « Contour Display », d'un châssis de 2,48 pouces par 4,87 par 0,42, d'une capacité de stockage de 16 Go, d'une caméra de 5 mégapixels derrière et d'une VGA sur le devant, le tout, articulé par Gingerbread la version 2.3.3 d'Android.
Côté communication, le bidule est particulièrement bien nanti. Outre la puce NFC devant permettre la communication instantanée entre machines, on remarque les ressources HSPA (900, 2100 et 1700 MHz), GSM-EDGE (850, 900, 1800, 1900 MHz), WiFi 802.11b/g/n, Bluetooth 2.1+EDR et A-GPS. Comme il se doit, on retrouve également une boussole, un gyroscope et un accéléromètre.
Un mot sur la batterie. J'ignore à quel point Telus l'avait chargée avant de m'envoyer le Nexus S. Mais le soir même, après que mon ado l'eut amené au bois et, deux heures plus tard, confisqué à nouveau pour, cette fois, disparaître dans le salon, il a fallu placer l'appareil sur la charge. Depuis, je m'en suis servi moins d'une heure par jour et il ne s'est pas encore vidé. Le fabricant parle d'une vingtaine d'heures d'autonomie.
Quant à son appareil photo, étant habitué à celui du iPhone 4, je n'ai pas été impressionné. Jugez-en plutôt ci-après. Les photos du chat et du bourdon sont de mon ado, les autres de moi. Pas de quoi gagner le Pulitzer. Mais n'oublions pas qu'il s'agit d'un téléphone !


Pour tout dire, le Nexus S est vif et nerveux. On n'attend jamais. Clic, pouffff ! et c'est parti. Le démarrage y est à des années-lumière plus vite que ce à quoi m'a habitué mon iPhone. Le machin Google/Samsung a une gueule pas possible qui donne envie de le prendre et de s'en servir. L'effet concave de l'écran ? Possiblement.
Évidemment, Android 2.3.3 Gingerbread y est pour beaucoup, Ici, l'ergonomique est à son meilleur et tout ce qu'on peut avoir envie de faire avec un téléphone intelligent est possible, simplement et rapidement. Vraiment ?
Par tout à fait. Mais comme Madame Telus a été bonne pour moi, je vais l'écrire gentiment. C'est que, voyez-vous, je suis chroniqueur informatique et, à ce titre, il me faut pouvoir vous présenter des prises d'écran quand je vous parle d'un produit ayant une interface graphique. Sur le iPhone, rien n'est plus simple; même sur le BlackBerry. Mais sur Android, la vieille culture stalinienne euh ... linuxienne persiste.
En effet, pour faire une prise d'écran, on doit « rooter » son téléphone et aller sur la Android Market Place se télécharger une app comme « Screenshot » (1). À défaut, on doit installer le SDK correspondant à la version d'Android de son téléphone, ce qui n'est pas de la tarte. Subodorant que ma bonne fée rimouskoise me gronderait si je « rootais » son appareil (2), j'ai eu recours à la seconde méthode, un processus assez long, merci, surtout pour quelqu'un en vacances.
Évidemment, puisque tel est mon lot, rien n'a fonctionné. Pire, je n'ai jamais pu faire reconnaître le Nexus par ma machine Windows 7 (64 bits). Ce n'est pas que je n'ai pas essayé. J'ai notamment suivi mot à mot deux tutoriaux disponibles sur la Toile et j'ai eu recours, in extremis, à l'utilitaire USBDeview. J'ai vérifié sur un Mac et dans ma boîte Linux, même calvaire. Le système sait qu'une patente à gosses lui est raccordée, mais n'arrive pas à la reconnaître. Si on télécharge les pilotes Samsung, ça ne change rien. Voici quelques images de mes tribulations:





En ce sens, si ça ne va pas pour faire des prises d'écran dans le SDK, ça ne peut fonctionner pour synchroniser l'appareil dans un ordi. Fâcheux ! La seule explication que j'ai pu trouver est un problème de câble soulevé sur un des forums que j'ai consultés. Semblerait-il que plusieurs utilisateurs ont connu cette mésaventure. Mais disposant d'un câble semblable ici chez moi, je l'ai essayé et suis arrivé au même moche résultat. Le mystère demeure donc entier et mon humeur, elle, arbore le type « enflammée dans la région ano-rectale ». J'ai transmis l'état de mon ire à la madame de Rimouski et elle devrait me revenir. Auquel cas, je vous expliquerai plus tard le comment du pourquoi de mon problème.
C'est quand même frustrant, un appareil aussi remarquable ! Reste que, mis à part ce désagrément majeur qui, c'est évident, ne se manifeste que chez les victimes de la « Malédiction cybernétique » dont je suis une victime quotidienne depuis 1984, il n'y a rien à redire et bien au contraire. Les gens normaux seront ravis.
Le prix de cette merveille ? Avec un contrat de trois ans, Telus vous le « barguine » à 50 $. C'est 110 $ de moins que la géante pancanadienne vous demande pour un iPhone 4 équivalent. Et qu'a ledit iPhone que le Nexus, un concurrent plus vif, aussi complet et moins cher, n'a pas ? Seulement l'écosystème Apple iOS, ce riche environnement caractérisé par les iTunes Store et App Store. Sont-ce là des atouts essentiels ? À vous de juger.
(1) On dit sur la Toile qu'il y aura, bientôt, des apps qui offriront ce petit service sans devoir « rooter » le bidule.
(2) Antidote insiste pour que j'écrive « rotais devant son appareil »
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Nelson Dumais - www.nelsondumais.com