La semaine dernière, le magazine Forbes publiait une entrevue réalisée auprès du docteur Geordie Rose, le patron de D-Wave Systems, une firme britanno-colombienne qui fait dans les ordinateurs quantiques (merci à mon ami François pour le lien). À lire ce chercheur, on apprend que son entreprise a des trucs impressionnants à montrer et, en se documentant pour comprendre ce qu'il dit, on apprend que le phénomène est international.
En fait, les projets quantiques sont relativement nombreux et pourraient aboutir commercialement. Peut-être pas demain, mais sûrement à temps pour fêter la mort du dernier PC de la planète utilisant encore Windows XP.
C'est quoi un ordinateur quantique ? C'est une machine qui se sert d'un concept de physique très pointu où, pour résoudre des calculs complexes, on applique des phénomènes propres à la mécanique quantique, une science centenaire basée sur l'intrication quantique et la superposition. En pratique, cela permet, par exemple, de retrouver une balle cachée dans un cabinet comptant un million de tiroirs avec une moyenne de mille essais au lieu de cinq cent mille comme le veut la normale (algorithme de Grover).
Pour faire simple, par analogie avec le bit d'information qu'on a actuellement dans nos PC, l'unité utilisée pour chiffrer l'information quantique est le qubit. La différence ? Lisez ces explications piquées sur le site Techno-Science.Net :
« La mémoire d'un ordinateur classique est faite de bits. Chaque bit porte soit un 1 soit un 0. La machine calcule en manipulant ces bits. Un ordinateur quantique travaille sur un jeu de qubits. Un qubit peut porter soit un 1, soit un 0, soit une superposition d'un 1 et d'un 0 (...). L'ordinateur quantique calcule en manipulant ces distributions. On n'a donc pas trois états en tout, mais une infinité. De plus, l'état de plusieurs qubits réunis n'est pas seulement une combinaison des états respectifs des qubits. (...) La puissance de calcul théorique d'un ordinateur quantique double à chaque fois qu'on lui adjoint un qubit. Avec 10 qubits, on a 1024 états superposables, et avec n qubits, 2n. »
La société du docteur Rose a suscité la controverse dans les milieux scientifiques dès 2007 en annonçant un ordinateur « commercial » de 16 qubits avec puces Europa (photo en haut de l'article) ne fonctionnant qu'en milieu cryogénique. De quossé ? Citons à nouveau Techno-Science.Net :
La machine quantique « doit être totalement isolée du monde extérieur pendant la phase calcul, toute observation perturbant le processus. On ne la laisse communiquer à l'extérieur qu'avant (introduction des données) et après (lecture des résultats, ou plus exactement du résultat) ; l'isolement thermique total ne peut exister, mais si l'on arrive à le maintenir le temps du calcul, celui-ci peut avoir lieu sans « interférence ». Ce phénomène « d'interférence » est appelé « décohérence », c'est le principal obstacle à la réalisation d'ordinateur quantique. »
Cet ordi de D-Wave s'est montré capable de résoudre des énigmes de Sudoku, ce qui lui valut quelques remarques ironiques. La fabricante canadienne annonça alors une machine à 512 qubits, puis un autre à 1024 qubits.

Un champ d'application par excellence pourrait être celui où les ordis doivent apprendre. Par exemple, explique le docteur Rose, c'est le cas en génétique où la machine doit établir des corrélations entre les données du génome et les traits, ou la santé, d'une personne. C'est le cas également en traduction où l'ordi doit apprendre à maîtriser les subtilités linguistiques ou syntaxiques d'un auteur dans une langue pour les rendre dans une autre. C'est le cas aussi de la reconnaissance de certains détails dans des scènes captées (p. ex. reconnaissance de véhicules) ce qui pourrait donner naissance à des applications pour bidules mobiles. Et ainsi de suite.
Vais-je pouvoir m'amuser avec un ordi quantique avant de m'envoler rejoindre les copains tavernicoleurs au paradis des vieux pigistes ? Peut-être, à moins que la malédiction d'Alzheimer ou la damnation de la démence sénile ne me frappent. Le quantique s'en vient aussi vrai que le Cantique des Cantiques a toujours été. Mais de très épineuses et nobélisantes questions scientifiques restent à être élucidées.
Bref, à suivre sans s'énerver le poil des jambes.
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Nelson Dumais - www.nelsondumais.com