Pour les amateurs d'informatique, s'amuser dans Linux est un beau passe-temps gratuit. Quelle que soit la distribution, c'est-à-dire la saveur, que l'on installe, quelle que soit l'interface utilisateur, Gnome ou KDE, on arrive toujours à naviguer avec Firefox, à écrire dans OpenOffice ou LibreOffice, à écouter dans Banshee ou Amarok, voire à taponner dans Compiz, le générateur d'effets visuels. Le fait de passer ainsi d'une distribution à l'autre explique pourquoi on finit toujours par comprendre comment, dans l'ensemble, grosso modo, ça fonctionne.
Car, dans le fonds, Xandros c'est de la même farine qu'OpenSUSE qui ressemble à Mandriva qui, quelque part, a le look de Linux Mint qui, lui, tient d'Ubuntu, etc. Selon les cas ou selon les versions, on en arrache pour configurer le réseau ou certains périphériques ou la carte ATI ou la nVidia, on éprouve des difficultés à obtenir de l'aide en français sur un point précis, on se casse la tête avec les commandes à taper qui ne seront pas les mêmes, on se fait expliquer des trucs qui, comme il se doit, ne marchent jamais dans notre cas, etc. Mais, au bout de quelques heures (quand même pas des jours), on y arrive, on est tout content et on passe à une autre saveur. Pour le plaisir !

C'est ce qui m'amène à Ubuntu 11.04, alias le Chic narval (Natty Narwhal), un système d'exploitation fabriqué par Canonical. C'est un produit facile et rapide à installer, un système d'exploitation agréable qui reconnaît le matériel en place sans faire d'histoire. Pour peu que l'on ait bourlingué avec les versions précédentes d'Ubuntu, on lui reconnaît très vite des airs de famille. Mais il ressemble aussi aux autres systèmes d'exploitation modernes.
Pour tout dire, Ubuntu 11.04 est, en apparence, assez différent d'Ubuntu 10.10, la version précédente. Cela constitue une difficulté d'apprentissage aussi grande que si on était familier avec OpenSUSE ou OpenSolaris. Ce ne serait peut-être même pas exagéré de dire que c'est du même ordre de difficulté que de passer de Windows 7 au Mac OS X ou l'inverse.

Cela à cause d'Unity, une coquille graphique juxtaposée à Gnome sur laquelle monsieur Ubuntu, Mark Shuttleworth, fait plancher ses troupes depuis un an. Pour l'instant, cet agréable produit n'est pas imposé, il n'est que placé par défaut; il est très simple de revenir à «Gnome pur» si on le souhaite (barre de tâches sur l'interface de connexion), à preuve, l'illustration de gauche ci-haut.
Le problème c'est qu'il se pourrait qu'elle devienne la seule possibilité lors d'une prochaine version, possiblement celle d'octobre prochain (Ocelot onirique). Alors, il y a du monde qui râle: Unity serait en mouture typiquement 1.0, une bricole hâtivement déboguée, une interface qui permettrait de faire à peine la moitié de ce que Gnome facilite, une bébelle pour matantes, un produit inférieur à Gnome 3 et patati et patata.
Évidemment, comme toujours, on finit par trouver ce que l'on cherche. Ainsi les précieux menus «System / Preferences» ou «System / Administration», c'est-à-dire le «Control Center», se retrouvent désormais au dernier élément du menu («System Settings») qui se déploie si on clique sur l'interrupteur (le symbole de Fermeture) à l'extrême droite de la bande de menus en haut de l'écran (illustration de droite, ci-haut). On fait ici dans la même logique que Microsoft qui, dans Win XP, avait placé plein de trucs utiles dont Fermeture, sous le menu Démarrer...

Mais il faut aussi faire certains deuils. Ainsi, dans mon cas, Unity ne fournit aucun tableau de bord pour configurer Compiz, une patente-à-gosses par vraiment essentielle, mais amusante. «R'garde, mon homme, c'que ça fait Linux ! Pété, hein ?» Il paraîtrait que Unity, ça serait Compiz configuré de cette façon et qu'il n'y aurait plus d'autres possibilités. Même en redémarrant en mode Ubuntu Classic (l'interface Gnome), les menus nécessaires ont disparu. Sauf que, dit-on, ça se bidouille et des gens arrivent à se configurer le fameux cube, pas sous Unity (mode Ubuntu), mais sous Gnome (mode Ubuntu Classic). Cela semble vrai, ce qui signifie que je vais finalement y arriver ... mais pas aujourd'hui !
Personnellement, j'aimais bien la facture des dernières versions et je me suis débarrassé d'Unity (phénomène de résistance au changement ?). Ainsi configuré, Ubuntu 11.04 pète le feu et me convient parfaitement: ma machine Linux est un Core 2 Duo avec 6 Go de RAM et 512 Mo de mémoire graphique. En une demi-journée d'essais variés, je ne suis pas tombé sur un bogue imparable, tout m'a quasiment semblé propre et invitant. En fait, presque tout.
De petits irritants subsistent. Par exemple, épluchez mes prises d'écran et vous découvrirez un mélange anglais-français que je n'arrive pas, pour l'instant, à régler. Mais le plus étrange semble être la façon dont le nouvel Ubuntu s'acquitte des mises à jour dont on le gave. Il peut s'ensuivre des dizaines de fermetures d'écran, des gels de souris ou de grandes noirceurs dont on ne peut se débarrasser qu'en redémarrant le PC avec le doigt sur l'interrupteur électrique. Mais au retour, tout semble baigner dans l'huile.
Cela dit, je vous avoue que si j'avais à préparer un PC gratuit avec le Chic narval pour des amis peu portés vers l'informatique et ses arcanes, je laisserais Unity. Ainsi, ils pourraient faire tout ce qu'ils veulent sans se casser la tête, un peu comme à partir du Bureau du Mac OS X ou de Windows 7, avec «docks» d'applications, «dashs» de gugusses utiles, «Windows snapping» sur les rebords de l'écran, icônes du «Software Centre» encore plus kioutes que celles d'OpenSUSE, etc.

Cela pour dire qu'à mon avis, si vous utilisez Ubuntu sur une base professionnelle de productivité, ne vous sentez pas obligé de courir vous procurer le Narval; les versions 10.4 (Lynx lucide) ou 10.10 (Suricate fantasque) sont très bien. Mais si, malgré tout, vous y tenez, laissez tomber Unity. À défaut, vous allez perdre inutilement votre temps à vouloir reconstruire vos vieilles habitudes.
Par contre, si, comme moi, vous aimez vous amuser avec Ubuntu, téléchargez la 11.04 et installez-la. Vous aurez du plaisir à en faire le tour jusqu'à ce que vous décidiez de vous passer, probablement, d'Unity. Pour le moins, vous serez aguerris quand apparaîtra la version 11.10. Mais d'ici là, je parie que Canonical aura fait ses devoirs et publié plein de rustines ou de mises à niveau rendant l'expérience encore plus utile et agréable. À suivre !
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Nelson Dumais - www.nelsondumais.com