par Gilles Larivière
Une dernière chronique...
Si je me souviens bien, j'ai débuté cette chronique dans notre journal communautaire au début de l'année 2008. Au fil des ans, j'ai écrit une vingtaine de chroniques. Sachant bien qu'il est plus facile d'assimiler les connaissances quand on peut les constater de nos propres yeux, je voulais partager mes observations et mes découvertes sur la faune ailée qui se retrouve exclusivement autour de chez nous. Après avoir traité d'environ 30 espèces d'oiseaux, les nouveaux sujets qui concernent notre entourage se font de plus en plus rares. Comme j'ai toujours voulu éviter que mon approche devienne trop théorique, le moment est venu de mettre fin à cette série de chroniques. Ce texte clôturera donc nos fidèles rendez-vous des trois dernières années.
Mon intérêt pour l'ornithologie ne cessera pas pour autant. En cette période de l'année je ne manquerai pas l'occasion d'assister aux rassemblements spectaculaires d'oiseaux qui se préparent à rejoindre leurs quartiers d'hiver. Autant il est exaltant d'observer l'activité frénétique des oies des neiges dans la région de Danville ou de Victoriaville à l'automne, autant il est apaisant d'entendre et de voir les formations organisées d'outardes survoler nos maisons. Que dire d'un regroupement d'étourneaux sansonnets perchés sur les fils électriques en attendant d'exécuter à l'unisson, le ballet aérien le plus incroyable? Conscient que la migration est très éprouvante pour les oiseaux, je m'émerveille toujours des prouesses exceptionnelles qu'ils réalisent. Le plus bel exemple demeure le long trajet que parcourt notre plus petit oiseau migratoire, le colibri, pour passer l'hiver en Amérique du Sud. C'est incroyable de voir comment l'univers des oiseaux est réglé comme une horloge. Pourtant, même si le cycle temporel est répétitif, je ne m'en lasserai jamais; d'autant plus que le temps de la migration peut aussi nous amener la visite d'oiseaux que nous n'avons pas l'habitude de voir chez nous.
Le monde aviaire me fascine à un point tel que les oiseaux sont une source d'inspiration dans ma carrière de sculpteur. Je me permets donc, dans cette dernière chronique, de vous parler des oiseaux qui font partie de mes œuvres ou qui les ont inspirées. Les matériaux qui servent à la réalisation de mes sculptures sont le bois et le métal. Ça semble contradictoire quand on pense que l'oiseau nous parait léger et fragile; mais l'utilisation de matériaux lourds et solides me permet de jouer avec les oppositions pour exploiter la valeur symbolique du sujet et pour mettre en évidence sa résistance et sa capacité de survie. Dans mes premières œuvres, j'ai utilisé des sujets puisés dans la mythologie grecque; ce qui m'a progressivement amené à travailler avec des symboles plus universels comme la colombe qui représente la paix, entre autres. Une de mes sculptures réalisée en 1986, intitulée « Sottise volante » représente justement une colombe; mais cette dernière est chevauchée par un personnage et porte sous sa poitrine une ogive nucléaire. Par cette œuvre, je voulais évoquer l'absurdité du comportement de l'être humain qui prône la paix dans le monde, mais qui fait la guerre ou encourage secrètement les conflits par intérêt financier.
Mes nouvelles œuvres contiennent encore des symboles porteurs de messages, mais lorsque j'y intègre des éléments qui ont rapport aux oiseaux, je demeure plus près de leurs caractéristiques formelles et de leurs habitudes vie. Lorsque j'emploie du bois ou du métal, pour réaliser un oiseau, un œuf ou un nid, j'utilise surtout des matériaux récupérés ici et là, de la même manière que l'oiseau construit son nid avec ce qu'il trouve dans l'environnement. Parmi plusieurs de mes sculptures récentes on retrouve donc des oiseaux et des œufs faits avec de vieux clous, ainsi que des nids fabriqués avec du vieux bois, des bouts de fil barbelé ou de chaîne. La création artistique me permet toute la liberté de traiter de mes sujets en faisant cohabiter la réalité et l'imaginaire, le sérieux et l'humour. J'aime exploiter les oppositions et les contradictions pour accentuer le caractère d'un sujet ou d'une thématique. Ainsi, il ne faut pas s'étonner de voir dans mes œuvres: un merle au plumage de clous perché sur son nid de métal, un très petit chat qui monte la garde auprès d'oisillons aussi gros que lui, ou encore un œuf à la coquille solide comme une armure. Ma toute dernière œuvre est destinée au jardin patrimonial de Bishopton. Vous pourrez y voir un oiseau, symbole de l'air, perché en haut d'une sculpture composée d'autres éléments symboliques. Dans les mois à venir, je vais consacrer mon temps à terminer un projet inspiré des martinets ramoneurs.
En terminant, je tiens à remercier tous mes lecteurs. Ce fut un plaisir de partager ma passion pour l'ornithologie avec vous. Profitez bien de tout ce que nous offre la nature. N'oubliez pas que même si l'effervescence de la nidification est terminée, les observations d'automne sont très intéressantes et que l'hiver est une belle période pour observer nos amis à plumes.