Nos p'tits : l'éveil des sens et l'attachement
Que de fois on se penche et on regarde notre poupon en se demandant « Que se passe-t-il dans son univers de 2 mois? À quoi pense-t-il? Comment vit-il son arrivée dans notre monde? Que puis-je faire pour l'aider dans son développement? ».
Marjolaine Bergeron
Consultante en relations humaines
Le poupon s'éveille petit à petit à la vie et établit ses premières relations significatives, lesquelles seront la base de sa personnalité. Observons-le. Repu et calme après son boire, il regarde ce qui se passe tout autour de lui. En fait, il ne regarde pas, il voit. Il voit passer des tableaux, des images qui changent plus ou moins rapidement. Et souvent, ce sont les mêmes qui reviennent : un visage qui bouge et qui sourit en lui parlant, un sein, un biberon, un mobile. Il entend des sons, une voix douce, forte, un air de musique. Il sent de bonnes odeurs comme la peau de papa, le parfum discret de grand-maman, le sein chaud de maman. Sa peau aime être touchée doucement, que ce soit par les mains, l'eau tiède, les vêtements chauds, la doudou et les bras forts de son père qui change la couche. « Ce n'est pas pareil comme maman, mais il fait bien ça. Il me sécurise ».
Mais son monde n'est pas toujours confortable : un bruit sec et fort le fait sursauter, un biberon trop froid a moins bon goût, un rot qu'il n'a pas fait lui donne des gaz. Pour exprimer son inconfort, il manie tout un registre de sons et de gestes : il chigne, il pousse des cris aigus de douleur, il pleure d'inconfort et d'insécurité. Même le soleil l'incommode et lui fait fermer les yeux. Et si par malheur maman ne sourit plus, c'est la catastrophe! Il tente de la séduire pour rétablir la communication : sourire, grimaces, gestes de tout son corps, pleurs, tout pour faire revenir son « amie ».
Toutes ces sensations, tous ces tableaux sensoriels et répétitifs forment petit à petit sa sécurité. Il développe un attachement à la figure maternelle, la personne la plus présente et la plus significative pour notre poupon et ce n'est pas obligatoirement la mère. Ce lien affectif très puissant lui permettra d'abord d'explorer autour de lui, puis le conduira à l'autonomie. Le psychanalyste Érik Érikson appelle cette première année de développement socio-affectif, le « stade de la confiance versus la méfiance ». Plus il vieillit, plus il maintient son attention sur ce qui l'entoure : tableaux, sons. C'est ainsi qu'il découvre et perçoit son environnement. Petit à petit, il s'adapte à notre monde et devient « intelligent ». Pour Jean Piaget, ce sera le premier stade, le stade sensori-moteur.
Dans quelques mois, il se déplacera et agira sur son environnement, ce que nous verrons dans la prochaine chronique.